21.09.2011
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Journée du refus de l'échec scolaire : la souf­france des familles au coeur du débat

Pour la qua­trième année consé­cu­tive, un débat entre spé­cia­listes de l'éducation a ponc­tué la Journée du refus de l'échec sco­laire. Cette année, il avait pour thème "la souf­france des familles" d'élèves en difficulté.
Emmanuel Davidenkoff de l'Etudiant et le chercheur en éducation Pierre Périer

Emmanuel Davidenkoff, directeur de la rédaction de l'Etudiant, et Pierre Périer, chercheur en éducation à Rennes-II.

Dans le cadre de la 4ème jour­née du refus de l'échec sco­laire aujourd'hui, un débat a été orga­nisé à Paris. Animé par Emmanuel Davidenkoff, direc­teur de la rédac­tion de l'Etudiant, il avait pour thème la souf­france des familles confron­tées à l'échec scolaire.

Parmi les inter­ve­nants, on comp­tait notam­ment le neu­ro­psy­chiatre Boris Cyrulnik, signa­taire l'an der­nier de la péti­tion pour la sup­pres­sion des notes, Thibaut Renaudin, secré­taire géné­ral de l'Afev, Pierre Périer, socio­logue et cher­cheur en éduca­tion à Rennes-II, ou encore le direc­teur géné­ral de l'enseignement sco­laire Jean-Michel Blanquer.

42% des parents inquiets pour la réus­site sco­laire de leur enfant

Les chiffres du baro­mètre annuel de l'Association de la fon­da­tion étudiante pour la ville (Afev), asso­cia­tion d'étudiants assu­rant du sou­tien sco­laire dans les quar­tiers popu­laires, ont été révé­lés à cette occa­sion. Si ces chiffres sont plu­tôt "stables" par rap­port aux années pas­sées, ils n'en sont pas moins alarmants.

Sur 750 enfants de quar­tiers popu­laires inter­ro­gés, 73% aiment un peu, pas trop ou pas du tout aller à l'école. 57% d'entre eux s'ennuient quel­que­fois, sou­vent voire tout le temps à l'école. La plu­part ont des dif­fi­cul­tés pour com­prendre ce que l'enseignant attend d'eux, et n'osent pas lever le doigt de peur de se trom­per. 78% des élèves se consi­dèrent d'eux-mêmes de niveau moyen ou faible. Pourtant, ils sont plus de 60% à dire que l'enseignant s'intéressent à eux et qu'ils apprennent des choses à l'école, donc il ne s'agit pas là d'une remise en cause de l'école.

Cette année, un volet de l'enquête a égale­ment pris pour cible les parents de 600 familles. Parmi ces parents d'origine modeste, 52% disent que s'ils en avaient les moyens, ils met­traient leurs enfants en école pri­vée. 44% de ces parents vont à toutes les réunions de l'école, mais 51% sou­hai­te­raient dis­cu­ter beau­coup plus sou­vent avec l'enseignant. 42% sont inquiets pour la réus­site sco­laire de leurs enfants. 59% des familles res­sentent le moment des devoirs comme dif­fi­cile, et 24% ne se sentent pas capables d'aider leurs enfants. Ces chiffres confi­ment que l'école occupe une place cen­trale dans la vie des familles — mais elle est égale­ment source de ten­sions, le deuxième sujet de dis­pute après le com­por­te­ment de l'enfant.

Un équi­libre à trouver

Comme le rap­pelle Thibaut Renaudin, secré­taire géné­ral de l'Afev, "les familles sont sou­vent en souf­france, parce qu'elles attendent beau­coup de l'école". Les parents dému­nis se sentent par­fois cou­pables de l'échec sco­laire de leurs enfants, dans un pays où la ten­sion sco­laire est très forte.

Le cher­cheur en éduca­tion Pierre Périer sou­ligne que cette forte pres­sion est "nor­male vu l'enjeu : l'école, c'est l'instrument domi­nant de la repro­duc­tion sociale, de l'ascenseur social, donc les familles d'origine modeste le prennent plus à coeur. La réus­site de l'enfant, c'est la réus­site de la famille." Il faut réus­sir à l'école pour échap­per plus tard au chô­mage, et c'est ce que les parents apprennent très tôt à leurs enfants. 80% des parents pensent que leur enfant réus­sira pro­fes­sion­nel­le­ment mieux qu'eux, ce qui accroît la pres­sion sur les résultats.

Le neu­ro­psy­chiatre Boris Cyrulnik observe que "quand il n'y a pas d'école, les enfants ne peuvent pas s'épanouir, car ils ne sont pas socia­li­sés." Toutefois, "quand il y a une telle pres­sion sur l'école, cela déve­loppe l'angoisse de l'école, ce qui n'améliore pas les résul­tats sco­laires." Pour lui, il faut donc "trou­ver un équilibre".

Notes, devoirs, redou­ble­ments : des "aberrations"

Jean-Jacques Hazan, pré­sident de la FCPE, affirme que "ce ne sont pas les familles qui exercent une pres­sion sco­laire sur les enfants", mais le sys­tème éduca­tif. Afin de sou­la­ger cette pres­sion, il estime qu'il faut en finir avec les "trois aber­ra­tions péda­go­giques" que sont "les notes, les devoirs et les redou­ble­ments". Pour lui, les notes ne mettent pas en évidence ce que l'élève sait mais plu­tôt ce qu'il ne sait pas, les devoirs ne sont qu'une "sous-traitance" de l'école qu'une moi­tié des parents ne peut pas assu­rer, ce qui accroît les inéga­li­tés, et l'inefficacité du redou­ble­ment a été mise en évidence par plu­sieurs études.

Jean-Michel Blanquer, ancien rec­teur et DGESCO, plaide quant à lui pour une coopé­ra­tion entre les ensei­gnants et les familles, et rap­pelle l'efficacité de la "mal­lette des parents", expé­ri­men­tée depuis quelques années dans l'académie de Créteil. Cette "mal­lette" pro­pose aux parents d'élèves entrant en sixième des modules éduca­tifs, pour leur per­mettre de mieux com­prendre le col­lège, d'identifier leurs inter­lo­cu­teurs, et four­nit des conseils, notam­ment sur la façon d'aider les enfants le soir avec leurs devoirs.

Expérimenté à l'origine dans 50 établis­se­ments, ce dis­po­si­tif pour une meilleure inté­gra­tion des parents dans la vie de l'établissement est main­te­nant étendu à 1.300 col­lèges. Il a confirmé ses effets béné­fiques sur la vie sco­laire de l'élève (plus de pré­sence, meilleur com­por­te­ment, et une légère aug­men­ta­tion des résul­tats sco­laires). Jean-Michel Blanquer estime que des pro­grès sont pos­sibles si les parents et les ensei­gnants sont ani­més d'un même esprit de "co-éducation", ce qui est le cas dès lors qu'ils ont tous envie que l'enfant réussisse.


Quentin Duverger

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Jo2023
le 22 septembre 2011

Je ne peux qu'aller dans le sens de cet article. Toutefois j'aimerais rap­pe­ler le rôle fon­da­men­tal des parents dans la sco­la­rité des enfants. Ils sont clé dans le pro­ces­sus, dans leur rela­tion à l'école, dans les mes­sages qu'ils véhi­culent à la mai­son.
L'enjeu de l'éducation dans la France d'aujourd'hui est tel que je ne serai pas sur­pris que ce thème soit au coeur de la pro­chaine cam­pagne pré­si­den­tielle.
Jo

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