12.09.2011
1 réaction

François Rabaté : "Les profs de collège travaillent beaucoup plus qu'avant"

Le réa­li­sa­teur de docu­men­taire François Rabaté, ancien pro­fes­seur agrégé de Lettres et ex-rédacteur en chef du maga­zine télé­visé « Cas d'école », a posé sa caméra pen­dant plu­sieurs mois au col­lège Pilâtre-de-Rozier, un établis­se­ment « moyen » du 11e arron­dis­se­ment de Paris. Au tra­vers de son film « Salle des profs », dif­fusé mardi 13 sep­tembre à 20h35 sur France 5, il donne à voir la réa­lité du métier d'enseignant, en fai­sant tom­ber les idées reçues. Entretien.

Pourquoi avoir choisi de cadrer exclu­si­ve­ment sur les enseignants ?

Je vou­lais réa­li­ser un film sur le quo­ti­dien des profs. Car si tout le monde a déjà été dans une classe, on connaît moins ce qu'il y a autour, avant et après les cours. Les élèves sont hors-champ ou mas­qués par une vitre floue, mais ils ne sont pas absents et on les entend ! Je tenais aussi à fil­mer dans un établis­se­ment repré­sen­ta­tif, c'est-à-dire ni sen­sible ni élitiste. Un lieu où les parents diplô­més acceptent de sco­la­ri­ser leurs enfants.

Avez-vous été sur­pris par ce que vous avez vu ?

Les profs de col­lège tra­vaillent beau­coup plus qu'avant. Quand j'enseignais, à la fin des années 70 et dans les années 80, les ensei­gnants tra­vaillaient moins et étaient moins stres­sés par les réunions. Un ensei­gnant a cette réflexion révé­la­trice dans le film : avant, tous les anni­ver­saires étaient fêtés, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui. La deuxième chose c'est que les dis­ci­plines « cano­niques », comme le fran­çais et les maths, ont peu évolué. Peut-être trop peu... C'est tout le contraire pour l'histoire-géo, en tout cas dans ce col­lège, qui uti­lise beau­coup les nou­veaux sup­ports, les tableaux numé­riques inter­ac­tifs. Les profs d'EPS sont de super péda­gogues, sans doute parce qu'ils ont de la socio­lo­gie et de la psy­cho­lo­gie dès leur pre­mière année de STAPS. Il fau­drait, me semble-t-il, leur confier davan­tage les clés des établis­se­ments car ils ont une vision juste et com­plète des élèves.

Les ensei­gnants se plaignent sou­vent d'être seuls face aux pro­blèmes. Là dans cette salle des profs, on parle et on échange beaucoup...

... oui mais in fine tous sont seuls devant leurs élèves. C'est sans doute la limite de mon film : les profs qui appa­raissent à l'écran ont accepté d'être sui­vis. Ce ne sont donc sûre­ment pas les plus mau­vais, ni les plus en difficultés...

Beaucoup des profs fil­més dénoncent un manque de recon­nais­sance, les réformes impo­sées sans concer­ta­tion et qui dis­pa­raissent du jour au len­de­main. Comment expliquez-vous ce malaise ?

C'est assez éton­nant et j'ai jus­te­ment voulu mon­trer ce para­doxe : d'un côté l'Education natio­nale fait l'objet d'enjeux assez lourds, c'est un sec­teur très tour­menté. Et en même temps, l'école a peu changé. A un détail près : il y a une nor­ma­li­sa­tion des ensei­gnants. Il n'y a plus le prof « Camif » avec son duffle-coat et ses grosses chaus­sures. Ils sont intel­li­gents, en lien avec leur époque, et font atten­tion à leur image. Il y a par­fois de la fami­lia­rité mais tant mieux. En Allemagne aussi il y a de la désin­vol­ture de la part des élèves !


« Salle des profs » demain sur France 5

« Salle des profs », est un film de 52 minutes réa­lisé par François Rabaté et pro­duit par Sunset presse/France Télévisions. Il sera dif­fusé mardi 13 sep­tembre à 20h35 sur France 5 dans le cadre de l'émission « Le monde en face » pré­senté par Carole Gaessler. A voir ou à revoir sur France5.fr

Une ensei­gnante sta­giaire se désole d'être obli­gée de faire de la dis­ci­pline. Qu'est-ce qui coince ?

Il faut rela­ti­vi­ser : quand j'étais prof, il n'y avait pas non plus de for­ma­tion péda­go­gique. Comme on pas­sait l'agrégation, on consi­dé­rait qu'il n'y avait pas besoin d'enseigner la péda­go­gie. De ce point de vue, rien n'a changé. Je pense que c'est dès la pre­mière année de fac qu'on devrait être sen­si­bi­lisé à la pédagogie.

Un prof d'histoire-géo bat en brèche une idée reçue selon laquelle les élèves d'aujourd'hui sont moins culti­vés qu'il y a 20 ans. Partagez-vous son point de vue ?

Les col­lé­giens connaissent plein de choses, davan­tage qu'il y a 20 ans. En même temps leur cadre de réfé­rence est plus fra­gile. Beaucoup n'ont par exemple aucune réfé­rence de data­tion et sont lar­gués en histoire !

On voit aussi qu'il y a débat entre les profs, notam­ment sur la méthode d'évaluation à pri­vi­lé­gier pour évaluer les élèves. Parviendra-t-on un jour à un consensus ?

Il faut poser la ques­tion aux syn­di­cats d'enseignants ! Dans l'enseignement, on choi­sit d'être prof parce que la pro­fes­sion offre une pos­si­bi­lité d'être seul maître à bord. Les syn­di­cats se heurtent donc à une dif­fi­culté : celle de par­ve­nir à satis­faire tout le monde dans un milieu qui, il faut bien le recon­naître, est par nature très individualiste.

Finalement, dans cet établis­se­ment du 11e, le posi­tif l'emporte : les profs aiment leur métier, leurs élèves le leur rendent bien. L'école va-t-elle si mal que cela ?

Les dif­fi­cul­tés existent mais les ensei­gnants n'ont pas abdi­qué à tirer les élèves vers le haut. Le sys­tème sco­laire fran­çais n'est pas catas­tro­phique ! On nous rebat les oreilles avec le malaise des ensei­gnants mais je n'ai pas voulu être dans la dra­ma­ti­sa­tion qui est le fond de com­merce des médias. Ne pas être dans la cari­ca­ture fait qu'on écoute mieux les cri­tiques des profs quand ça va mal.

Charles Centofanti

-

Vous souhaitez réagir sur cet article :

Open-close

Modération par la rédaction de VousNousIls.

Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.

Vos réactions :

Open-close
Phébus
le 7 octobre 2011

Aucun inté­rêt. Ca ne dit rien ou TOUT: 'il faut lais­ser les clefs du col­lège aux profs d'EPs!!!!!!!!!!! et peut être qu'après les élèves pour­raient com­men­cer à faire des études au lycée...???

Signaler un com­men­taire inap­pro­prié

1 réaction