09.09.2011
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Yann Samuell : dans mon film, je voulais un instituteur bienveillant

A l'occasion de la sor­tie du film "La Guerre des Boutons", Yann Samuell, son réa­li­sa­teur, nous accorde un entre­tien exclu­sif. Tout en étant resté très fidèle à l'oeuvre de Louis Pergaud, il nous explique pour­quoi il a fait le choix d'une cer­taine époque, et ajouté le per­son­nage de l'instituteur.

Comment est née l'idée d'adapter l'œuvre de Louis Pergaud ?

L'idée est venue du pro­duc­teur du film. Il m'a pro­posé de faire ce film, car j'avais déjà aupa­ra­vant fait des films liés à l'enfance(1). J'ai accepté, en me disant que ce ne serait pas pour faire un remake du film d'Yves Robert. Et j'ai lu le livre qui m'a enthou­siasmé, par son aspect tru­cu­lent rabe­lai­sien, et par la pos­si­bi­lité qu'il m'offrait d'y ajou­ter des thèmes qui me tiennent à cœur, tels que la place de la femme dans la société et l'ascension sociale.

Par rap­port au roman ori­gi­nal jus­te­ment, quelles sont les différences ?

Le livre se passe à la fin du 19e siècle, alors que l'action de mon film se déroule en 1957 (2). J'ai choisi cette époque pré­cise parce que c'est l'année du lan­ce­ment du Spoutnik dans l'espace.

A par­tir de ce jour-là, d'octobre 57, l'homme va cer­ner le monde, le tenir dans sa main, la com­mu­ni­ca­tion va entrer en jeu. Pour moi, c'est un moment char­nière, entre une époque tra­di­tion­nelle, un peu archaïque, rigide –où un fils de pay­san devait res­ter pay­san, et une société plus ouverte, plus moderne, où l'on n'est pas pré­des­tiné par le choix de ses parents.


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De plus, en arrière-plan, il y a la guerre d'Algérie, parce que je sou­hai­tais qu'il y ait une vraie guerre à laquelle par­ti­cipent les enfants de la géné­ra­tion d'avant, les frères aînés de ceux qui font la guerre des bou­tons. Eux aussi, au même âge, ont fait la guerre des bou­tons entre les deux vil­l­lages, mais main­te­nant, ils sont confron­tés à une guerre réelle et terrible.

J'ai pensé aussi que si je pla­çais l'action dans une époque trop recu­lée, le côté uni­ver­sel des pro­pos allait être fondu dans une recons­ti­tu­tion his­to­rique lourde. Et si je la pla­çais aujourd'hui, je déna­tu­rais tota­le­ment le roman de Pergaud, car on n'imagine mal de nos jours, des enfants de 12 ans sor­tant de l'école pour se battre sans que cela sombre dans le fait divers.

Tandis que dans le film, il s'agit d'un jeu, d'une guerre ini­tia­tique. C'était une époque de liberté, où les enfants pou­vaient res­ter dehors des heures, sans que les parents s'inquiètent.

Le film se passe dans les vil­lages de Longeverne et Velrans, comme dans le livre de Louis Pergaud. Ces vil­lages existent-ils vrai­ment et où s'est déroulé le tournage ?

Le roman se passe en Franche-Comté, alors que le tour­nage a eu entiè­re­ment lieu dans le Limousin, où se trouvent des cam­pagnes larges et accueillantes, en même temps mys­té­rieuses et à la por­tée des enfants. J'ai voulu aussi des lieux cohé­rents : le tour­nage s'est fait uni­que­ment autour d'un petit vil­lage, Biennac, pour créer une proxi­mité avec le livre où l'action se concentre autour de deux petits villages.

Une image extrê­me­ment posi­tive de l'école res­sort de votre film. L'instituteur appa­raît comme bien­veillant, et comme véri­table pilier de l'ascension sociale des enfants, dont il détecte et sou­tient les talents. Il est en même temps très proche d'eux, Maître Merlin étant lui-même l'ancien chef de la bande du vil­lage, et défen­dant ses élèves en allant jusqu'à se battre avec l'instituteur du vil­lage ennemi. Avez-vous volon­tai­re­ment insisté sur cet aspect ?

C'est une véri­table entorse au livre, car dans le roman de Louis Pergaud, la classe est faite par le curé, très rigide, et vrai­ment l'ennemi numéro 1. Je vou­lais que l'enseignant soit une figure pater­nelle, com­pré­hen­sive, et qu'il ait lui-même par­ti­cipé à cette véri­table guerre sécu­laire entre les deux vil­lages –dont on ne connaît même plus la raison.

J'ai eu moi-même des ensei­gnants qui m'ont mar­qué, deux en par­ti­cu­lier qui ont été des maîtres et ont su extraire le meilleur de nous-mêmes.

Sandra Ktourza

Note(s) :
  • (1) L'âge de raison, Jeux d'enfants
  • (2) Synopsis : 1957, un village dans le sud de la France. Une bande de garçons, âgés de 7 à 14 ans, menée par l’intrépide Lebrac, est en guerre contre les enfants du village voisin, leurs ennemis jurés.

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