06.09.2011

Mathieu Amalric se lance au théâtre avec Faust, une "vengeance contre la timidité"

L'acteur et réa­li­sa­teur fran­çais Mathieu Amalric sera Faust au théâtre au mois d'octobre à Paris dans une adap­ta­tion du Docteur Faustus de Christopher Marlowe, une toute pre­mière expé­rience sur les planches qu'il qua­li­fie de "ven­geance contre la timidité".

"J'ai tout fait dans le cinéma où je suis d'ailleurs beau­coup plus tech­ni­cien qu'acteur, mais pour­quoi je m'inflige cela ? Ca doit être une ven­geance contre la timi­dité de l'adolescence", lâche-t-il entre deux bou­chées de pros­ciutto et melon, en marge de la Mostra de Venise où il est venu pré­sen­ter "Poulet aux prunes" de la réa­li­sa­trice franco-iranienne Marjane Satrapi et de Vincent Paronnaud.

"On (Damien Odoul, Cécile Chatignoux, Pauline Jacquard, Fabrice Bénichou) jouera 24 fois comme la dam­na­tion ! J'ai mon texte tout le temps avec moi et j'apprends", ajoute-t-il avec un curieux mélange d'espièglerie et d'étonnement dans le regard et la voix.

Dès le 4 octobre, il inter­pré­tera le célèbre diable dans "Mefausti", une pièce de son com­plice et ami Damien Odoul, adap­tée du Docteur Faustus du dra­ma­turge élisa­bé­thain Christopher Marlowe, contem­po­rain de Shakespeare, au théâtre des Bouffes du Nord à Paris.

"C'est un cau­che­mar, mais au bout de deux semaines de répé­ti­tion, il y a quelque chose de l'ordre du plai­sir qui com­mence à me dépas­ser, comme je dépasse la timi­dité", confesse-t-il.

La timi­dité, "un truc de fête et de danse, de mec qui reste pla­qué contre le mur quand les autres invitent les filles", lâche-t-il. "C'est aussi ce qui donne une extra­sen­si­bi­lité et un état de rêve­rie per­ma­nent : on ne vit pas les choses, on les ima­gine et c'est encore mieux. Ca crée une forme d'observation du monde très spéciale".

"Mais pour faire du cinéma en tant qu'acteur, il faut cas­ser cette coquille. Au théâtre, avec le public, là juste devant... C'est casse-gueule", ajoute Mathieu Amalric, curieux d'expérimenter, "tou­jours". Lui qui est devenu en quelques années l'un des acteurs du cinéma fran­çais les plus en vue, réa­li­sa­teur doué, prix de la mise en scène à Cannes en 2010 avec "Tournée".

C'est Arnaud Desplechin, dit-il, qui lui a per­mis de "cas­ser la coquille" en le "récon­ci­liant avec (son) corps".

Il sou­rit à l'évocation d'une scène de "Rois et Reine" (2004) dans laquelle il impro­vise une cho­ré­gra­phie sur un mor­ceau de rap.

"Il n'y a pas de créa­tion en tant qu'acteur au cinéma, il faut être nu, tout lâcher".

C'est "avec plai­sir" qu'il a par­ti­cipé à "Poulet aux prunes", en com­pé­ti­tion à la 68e Mostra, "la pureté abso­lue comme dans un grand clas­sique du XIXe siècle, dans le mythe grec ou un mélo années 50, alors que la vie n'est faite que de com­pro­mis­sions, de cal­culs et de survie".

"Parce que Marjane cherche tou­jours le déca­lage. C'est quelqu'un qui vous embarque, qui est drôle, scatologique".

Mais c'est encore en tant que réa­li­sa­teur qu'il aime­rait se remettre au tra­vail au cinéma après le théâtre : "je crois que j'ai trouvé mon objet du désir", glisse-t-il, sans lâcher le mor­ceau, juste un indice : une cer­taine obses­sion pour un grand auteur du XIXe siècle...


 

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