06.09.2011

"Habemus Papam": Michel Piccoli, en pape, toujours émerveillé par le cinéma

A 85 ans, Michel Piccoli, pape effaré et déso­rienté dans "Habemus Papam" de Nanni Moretti (sor­tie mer­credi), prend chaque nou­veau rôle comme un com­men­ce­ment: "C'est un éter­nel début, ce métier".

"Je suis un éter­nel étudiant, je prends tout ce qui arrive et je suis tou­jours en état d'étonnement devant ces métiers du théâtre ou du cinéma", confie-t-il à l'AFP.

Quand Nanni Moretti, tru­blion du cinéma ita­lien, fait appel à lui pour jouer ce pape qu'effraie, sou­dain, l'écrasante res­pon­sa­bi­lité de sa tâche, il lui demande de faire des essais — en ita­lien qui plus est. Comme à un jeune premier.

"Ca me plai­sait ça, parce que ça signi­fiait recom­men­cer à zéro, ne pas se satis­faire du passé. Et nous nous sommes plus mer­veilleu­se­ment dans le tra­vail, avec très peu de mots et une grande atten­tion de part et d'autre", raconte Piccoli, dont la fil­mo­gra­phie concur­ren­ce­rait presque l'épaisseur des Evangiles (plus de 200 films).

Après avoir étreint les plus belles femmes du monde — B.B., Catherine Deneuve, Romy Schneider...- l'acteur plonge avec délices dans les affres de son rôle soli­taire — qui aurait pu lui valoir le Prix d'interprétation à Cannes en mai der­nier (fina­le­ment attri­bué à Jean Dujardin).

Son pape, ter­ro­risé après son élec­tion, refuse de paraître au bal­con du Vatican et reflue vers l'ombre des cou­loirs comme à l'intérieur de lui-même. Appelé à la res­cousse, un psy­cha­na­lyste (joué par Nanni Moretti — qui a recons­ti­tué au pli près le conclave des car­di­naux en robes pourpres) ne suf­fit pas à l'apaiser. Mais finit par confes­ser cette assem­blée de vieux mes­sieurs, décon­fits et déso­rien­tés par la dis­pa­ri­tion du sou­ve­rain pon­tife qui s'est enfui dans l'anonymat des rues de Rome.

"Piccoli a com­pris son per­son­nage mieux que moi, il a jeté un regard de com­pas­sion sur ce pape et ces vieux car­di­naux", remarque Nanni Moretti.

Piccoli, lui, se sou­vient s'être "efforcé d'être le moins acteur pos­sible, et le plus pos­sible cet homme ahuri, aux abois. Alors qu'un pape, c'est la repré­sen­ta­tion superbe d'un homme à la pen­sée extrê­me­ment tra­vaillée, riche, pas­sion­nelle et com­ba­tive, qui a quand même un mil­liard de fidèles sous ses ailes".

"Il fal­lait res­ter le plus étonné, angoissé, perdu et trou­blé qu'un homme de cette géné­ra­tion et de cette impor­tance ose afficher".

"C'est un homme qui, avant tout, a un grand sens de la dignité de sa tâche et non pas de sa gloire", résume l'acteur en une for­mule qui pour­rait par­ler de lui.

Aujourd'hui encore, Michel Piccoli sai­sit tous les rôles avec le même appé­tit, jouant pour des gloires cou­ron­nées comme pour les talents en deve­nir qu'il aide par­fois, comme pro­duc­teur, à accou­cher de leurs projets.

"Je ne suis pas inti­mi­dant du tout, ni inti­mi­deur. Je tra­vaille avec les gens qui me pas­sionnent, que ce soit un jeune Belge ou un vieux Resnais, ça m'est égal".

Comparé à ses débuts, il remarque qu'il y a sou­vent "moins de temps et moins d'argent pour faire les films".

"Mais quelques cinéastes ont encore le talent d'avoir le public, et donc l'argent. Et ce n'est pas moi qui vais pour­suivre le débat entre films com­mer­ciaux et films intello", s'énerve-t-il soudain.

"Cette guerre franco-française me débecte: si c'est com­mer­cial, c'est qu'il y a du talent quelque part, non? qu'est-ce-que c'est que cette méchan­ceté, cette que­relle entre les intel­li­gents et les intellichiants".

Son vrai regret, à lui, c'est qu'en France, "où l'on fait plus de 200 films par an, il n'y ait pas la place, ni sur­tout le temps, pour que tous ces films soient vus".


 

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