"Au revoir", l'obstination d'une Iranienne désireuse d'émigrer à tout prix

C'est l'histoire d'une superbe jeune femme au visage triste qui ôte méthodiquement son vernis dans le métro de Téhéran pour se rendre présentable aux yeux des autorités. Et de sa quête obstinée d'un visa pour partir, parce que "mieux vaut se sentir étranger dehors que dans son propre pays".
Le film "Au revoir", du cinéaste iranien Mohamed Rasoulof condamné à six ans de prison pour propagande hostile à l'égard du régime, sort le 7 septembre sur les écrans français. Il a été tourné dans des conditions acrobatiques, en semi-clandestinité.
Présenté en mai au festival de Cannes en l'absence du réalisateur assigné à résidence, il a reçu le prix de la mise en scène de la sélection parallèle, Un Certain Regard. L'épouse du cinéaste, âgé de 37 ans, était venue chercher le prix en son nom.
"Au Revoir" retrace dans un dégradé de gris et de bleu glacial, rythmé régulièrement par le bruit d'avions au décollage, les démarches d'une jeune avocate pour décrocher un visa de sortie. L'occasion de raconter la société urbaine contemporaine, le quotidien des femmes aussi, le sentiment d'oppression et d'enfermement.
Le film, tourné l'hiver dernier, a pu sortir d'Iran grâce à un réseau de complicités. Et son actrice principale, Leyla Zareh, avait pu gagner la Croisette pour le représenter.
"Ce n'est pas moi qui ai écrit le scénario, mais j'étais ravie de jouer ce rôle, de transmettre ce message", avait-elle expliqué à l'AFP, la tête à peine voilée de vert pâle.
De ce tournage pas comme les autres, elle dit garder surtout en mémoire cette "inquiétude à chaque instant qu'il (Rasoulov) soit de nouveau convoqué, ou arrêté".
Soutiens
Pour protéger le réalisateur, ajoutait-elle, "on a compris qu'il fallait qu'on participe tous, nous les acteurs et actrices d'Iran : certains, parmi les plus connus, sont venus même pour un tout petit rôle, juste pour le soutenir".
Le tournage n'a pas été interdit, puisqu'une bonne partie des scènes se passent en extérieur dans la capitale, mais les dialogues tournés en intérieur ne correspondaient pas exactement au projet déposé initialement, indique également le distributeur du film James Velaise (Pretty Pictures), qui en a acquis les droits internationaux au printemps.
Une copie DVD avait été montrée à Thierry Frémaux, le directeur délégué du festival de Cannes, qui avait choisi de le retenir en sélection officielle et ne l'avait annoncé qu'à l'avant-veille du Festival.
"Le film est arrivé d'Iran à Bruxelles dans les bagages d'une personne qui a eu la chance de ne pas être fouillée. On a eu très peu de temps pour effectuer le sous-titrage", a raconté James Velaise, qui correspondait alors avec Rasoulov par l'intérmédiaire d'une comédienne iranienne amie.
Mohamed Rasoulov a été condamné à six ans de prison en décembre 2010, accusé de propagande hostile au régime pour un film dont la seule perspective a hérissé les autorités, en même temps que son compatriote et aîné, le cinéaste Jafar Panahi (50 ans).
Tous deux ont fait appel et ont été assignés à résidence à Téhéran.
Pendant Cannes, les autorités iraniennes ont annoncé que Rasoulov, 37 ans, était désormais autorisé à quitter l'Iran. Ce qu'il n'a pas fait encore, aux dernières nouvelles.
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