31.08.2011

"Au revoir", l'obstination d'une Iranienne désireuse d'émigrer à tout prix

C'est l'histoire d'une superbe jeune femme au visage triste qui ôte métho­di­que­ment son ver­nis dans le métro de Téhéran pour se rendre pré­sen­table aux yeux des auto­ri­tés. Et de sa quête obs­ti­née d'un visa pour par­tir, parce que "mieux vaut se sen­tir étran­ger dehors que dans son propre pays".

Le film "Au revoir", du cinéaste ira­nien Mohamed Rasoulof condamné à six ans de pri­son pour pro­pa­gande hos­tile à l'égard du régime, sort le 7 sep­tembre sur les écrans fran­çais. Il a été tourné dans des condi­tions acro­ba­tiques, en semi-clandestinité.

Présenté en mai au fes­ti­val de Cannes en l'absence du réa­li­sa­teur assi­gné à rési­dence, il a reçu le prix de la mise en scène de la sélec­tion paral­lèle, Un Certain Regard. L'épouse du cinéaste, âgé de 37 ans, était venue cher­cher le prix en son nom.

"Au Revoir" retrace dans un dégradé de gris et de bleu gla­cial, rythmé régu­liè­re­ment par le bruit d'avions au décol­lage, les démarches d'une jeune avo­cate pour décro­cher un visa de sor­tie. L'occasion de racon­ter la société urbaine contem­po­raine, le quo­ti­dien des femmes aussi, le sen­ti­ment d'oppression et d'enfermement.

Le film, tourné l'hiver der­nier, a pu sor­tir d'Iran grâce à un réseau de com­pli­ci­tés. Et son actrice prin­ci­pale, Leyla Zareh, avait pu gagner la Croisette pour le représenter.

"Ce n'est pas moi qui ai écrit le scé­na­rio, mais j'étais ravie de jouer ce rôle, de trans­mettre ce mes­sage", avait-elle expli­qué à l'AFP, la tête à peine voi­lée de vert pâle.

De ce tour­nage pas comme les autres, elle dit gar­der sur­tout en mémoire cette "inquié­tude à chaque ins­tant qu'il (Rasoulov) soit de nou­veau convo­qué, ou arrêté".

Soutiens

Pour pro­té­ger le réa­li­sa­teur, ajoutait-elle, "on a com­pris qu'il fal­lait qu'on par­ti­cipe tous, nous les acteurs et actrices d'Iran : cer­tains, parmi les plus connus, sont venus même pour un tout petit rôle, juste pour le soutenir".

Le tour­nage n'a pas été inter­dit, puisqu'une bonne par­tie des scènes se passent en exté­rieur dans la capi­tale, mais les dia­logues tour­nés en inté­rieur ne cor­res­pon­daient pas exac­te­ment au pro­jet déposé ini­tia­le­ment, indique égale­ment le dis­tri­bu­teur du film James Velaise (Pretty Pictures), qui en a acquis les droits inter­na­tio­naux au printemps.

Une copie DVD avait été mon­trée à Thierry Frémaux, le direc­teur délé­gué du fes­ti­val de Cannes, qui avait choisi de le rete­nir en sélec­tion offi­cielle et ne l'avait annoncé qu'à l'avant-veille du Festival.

"Le film est arrivé d'Iran à Bruxelles dans les bagages d'une per­sonne qui a eu la chance de ne pas être fouillée. On a eu très peu de temps pour effec­tuer le sous-titrage", a raconté James Velaise, qui cor­res­pon­dait alors avec Rasoulov par l'intérmédiaire d'une comé­dienne ira­nienne amie.

Mohamed Rasoulov a été condamné à six ans de pri­son en décembre 2010, accusé de pro­pa­gande hos­tile au régime pour un film dont la seule pers­pec­tive a hérissé les auto­ri­tés, en même temps que son com­pa­triote et aîné, le cinéaste Jafar Panahi (50 ans).

Tous deux ont fait appel et ont été assi­gnés à rési­dence à Téhéran.

Pendant Cannes, les auto­ri­tés ira­niennes ont annoncé que Rasoulov, 37 ans, était désor­mais auto­risé à quit­ter l'Iran. Ce qu'il n'a pas fait encore, aux der­nières nouvelles.


 

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