01.08.2011

Syrie: des chars pilonnent Hama, réunion d'urgence de l'ONU

Des chars de l'armée syrienne pilon­naient lundi soir un quar­tier de Hama, à quelques heures d'une réunion en urgence du Conseil de sécu­rité de l'ONU après une offen­sive mas­sive qui a déjà fait 104 morts depuis dimanche dans cette ville rebelle du centre de la Syrie.

"Dix chars sont en train de bom­bar­der d'une manière indis­cri­mi­née Dawar Bilal, un quar­tier rési­den­tiel à la péri­phé­rie de Hama", a déclaré un mili­tant sur place, joint par télé­phone, alors que le bruit des obus réson­nait der­rière lui en ce pre­mier jour de ramadan.

Selon Abdel Karim Rihaoui, chef de la Ligue syrienne des droits de l'Homme, des tirs nour­ris étaient enten­dus lundi soir dans tous les quar­tiers de Hama.

"L'armée pour­suit sa mis­sion dans la ville de Hama, en enle­vant les bar­ri­cades dres­sées par les groupes de sabo­teurs aux prin­ci­pales entrées de la ville", a pour sa part annoncé l'agence offi­cielle Sana, évoquant de "vastes affron­te­ments" contre des groupes bien orga­ni­sés, à l'armement sophistiqué.

L'armée et les forces de sécu­rité ont déjà tué 100 per­sonnes dimanche et quatre autres lundi à Hama, ainsi que 39 per­sonnes dans le reste du pays dimanche, selon un décompte de l'AFP réa­lisé à par­tir de bilans de plu­sieurs orga­ni­sa­tions de défense des droits de l'Homme.

Le pré­sident Bachar al-Assad a cepen­dant féli­cité lundi son armée à l'occasion du 66e anni­ver­saire de sa création.

"Vous tous repré­sen­tez l'orgueil et la fierté", a affirmé M. Assad selon l'agence offi­cielle Sana, fai­sant fi des réac­tions inter­na­tio­nales hor­ri­fiées après l'une des jour­nées les plus san­glantes depuis le début du mou­ve­ment de pro­tes­ta­tion le 15 mars.

Nous pou­vons "faire échouer ce nou­vel épisode du com­plot bien ourdi, qui vise à mor­ce­ler la Syrie, en pré­lude à la divi­sion de la région entière en petits Etats qui se battent entre eux", a mar­telé M. Assad, qui s'est aussi rendu lundi au che­vet de sol­dats hospitalisés.

Depuis le début de la révolte, les auto­ri­tés accusent des "groupes armés" et des "ter­ro­ristes" de répandre le chaos dans le pays, en s'infiltrant parmi les manifestants.

Située à 210 km au nord de Damas, la ville de Hama a été le théâtre d'immenses mani­fes­ta­tions contre le pou­voir ces der­nières semaines. Le pou­voir, qui s'en était retiré, cher­chait depuis à sou­mettre cette ville déjà sym­bole de la lutte contre le régime depuis la répres­sion en 1982 d'une révolte des Frères musul­mans, qui avait fait 20.000 morts.

Lundi, outre les morts à Hama, les forces de sécu­rité ont aussi tué deux per­sonnes, dont un enfant de 13 ans, à al-Boukamal (est), selon le pré­sident de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane, joint par télé­phone en Grande-Bretagne.

En outre, des habi­tants ont vu "plus de 80 chars et des équi­pe­ments mili­taires" se diri­ger vers Deir Ezzor (est), où 19 per­sonnes ont été tuées dimanche, fai­sant craindre "les pré­pa­ra­tifs d'une vaste opé­ra­tion mili­taire", a-t-il ajouté.

Les chars sont entrés dans al-Houla, au nord-ouest de Homs (centre), où des tirs nour­ris ont été enten­dus et 15 per­sonnes bles­sées, a expli­qué M. Abdel Rahmane. Ils ont aussi encer­clé Zabadani, à 60 km au nord-ouest de Damas, où l'armée a dressé des bar­ri­cades dans la ville, a déclaré M. Rihaoui.

La répres­sion n'a pas empê­ché les mani­fes­ta­tions. Des mil­liers de per­sonnes ont ainsi défilé dans les rues de Salamiyé, près de Hama, en sou­tien aux vic­times des violences.

Depuis le début de la contes­ta­tion, la répres­sion a fait quelque 2.000 morts, dont plus de 1.600 civils, selon les asso­cia­tions de défense des droits de l'Homme.

A New York, le Conseil de sécu­rité de l'ONU tien­dra lundi à 21H00 GMT des consul­ta­tions à huis clos sur la crise en Syrie, a indi­qué un porte-parole de la pré­si­dence du Conseil, dont l'intervention avait été sol­li­ci­tée par plu­sieurs puis­sances occi­den­tales, en par­ti­cu­lier par l'Union européenne.

"Il est temps pour le Conseil de sécu­rité de prendre une posi­tion claire sur la néces­sité de mettre fin à la vio­lence", a ainsi affirmé la chef de la diplo­ma­tie de l'UE, Catherine Ashton, après avoir annoncé un ren­for­ce­ment "immi­nent" des sanc­tions euro­péennes contre Damas.

Le pré­sident amé­ri­cain Barack Obama s'est dit "hor­ri­fié" par les événe­ments de dimanche et le chef de la diplo­ma­tie bri­tan­nique, William Hague, a demandé "davan­tage de pres­sion inter­na­tio­nale" sur la Syrie tout en reje­tant la pos­si­bi­lité d'une action mili­taire sous l'égide des Nations unies.

Amnesty International a appelé l'ONU à prendre immé­dia­te­ment "des mesures fermes pour endi­guer cette vio­lente cam­pagne de répres­sion": embargo sur les armes, gel des avoirs de M. Assad et d'autres res­pon­sables soup­çon­nés de crimes contre l'humanité, sai­sine de la Cour pénale internationale.

Parmi les pays plu­tôt proches de la Syrie, la Russie a appelé le gou­ver­ne­ment syrien et l'opposition "à renon­cer aux pro­vo­ca­tions et à la répres­sion", tan­dis que la Turquie a condamné les vio­lences et appelé le régime à enga­ger des réformes afin d'éviter une "inter­na­tio­na­li­sa­tion" de la crise.


 

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