01.08.2011

Syrie: appels à une réunion d'urgence de l'ONU, après la mort de 139 civils

Le pré­sident Bachar al-Assad a féli­cité lundi l'armée syrienne, au len­de­main de la mort de 139 per­sonnes dans une offen­sive mili­taire mas­sive qui a sus­cité de vives condam­na­tions inter­na­tio­nales et des demandes d'une réunion en urgence du Conseil de sécu­rité de l'ONU.

"Je salue chaque (sol­dat) et le féli­cite à l'occasion du 66e anni­ver­saire de la créa­tion de l'armée arabe syrienne (...) qui défend ses droits face aux plans agres­sifs qui nous visent", a affirmé M. Assad lors d'une allo­cu­tion, selon l'agence offi­cielle Sana.

"Vous tous repré­sen­tez l'orgueil et la fierté", a-t-il lancé fai­sant fi des réac­tions inter­na­tio­nales hor­ri­fiées après une des jour­nées les plus san­glantes depuis le début du mou­ve­ment de pro­tes­ta­tion le 15 mars.

"Je suis abso­lu­ment cer­tain que nous sommes capables (...) de faire échouer ce nou­vel épisode du com­plot bien ourdi, qui vise à mor­ce­ler la Syrie, en pré­lude à la divi­sion de la région entière en petits Etats qui se battent entre eux", a mar­telé M. Assad.

Depuis le début de la révolte, les auto­ri­tés accusent des "groupes armés" et des "ter­ro­ristes" de répandre le chaos dans le pays, en s'infiltrant parmi les mani­fes­tants et en usant de la violence.

Dimanche, lors d'une inter­ven­tion mas­sive dans les villes rebelles du pays, l'armée et les forces de sécu­rité syriennes ont tué 139 per­sonnes, dont cent à Hama, selon un décompte de l'AFP réa­lisé à par­tir de bilans de plu­sieurs orga­ni­sa­tions de défense des droits de l'Homme.

Le pou­voir tente depuis plu­sieurs semaines de sou­mettre Hama, théâtre d'immenses mani­fes­ta­tions contre le pou­voir. Cette ville est un sym­bole de la lutte contre le régime depuis la répres­sion en 1982 d'une révolte des Frères musul­mans, qui avait fait 20.000 morts.

Dimanche a été "l'un des jours les plus san­glants" depuis le début de la révolte, a affirmé le pré­sident de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane, joint par télé­phone en Grande-Bretagne.

Lundi, deux civils ont encore été tués à l'aube à Hama, a-t-il indiqué.

Depuis le début de la contes­ta­tion, la répres­sion a fait quelque 2.000 morts, dont plus de 1.600 civils, selon les ONG.

La télé­vi­sion publique syrienne, citant le minis­tère de l'Intérieur, a de son côté affirmé que "huit poli­ciers ont été tués lors d'affrontements dimanche à Hama avec des groupes ter­ro­ristes armés" qui ont "ouvert le feu sans dis­cri­mi­na­tion dans la ville pour ter­ri­fier les habitants".

"Toutes les infor­ma­tions fai­sant état de l'entrée de chars à Hama sont sans fon­de­ment", a-t-elle ajouté.

Le pré­sident amé­ri­cain Barack Obama s'est dit "hor­ri­fié" par les événe­ments en cours et a assuré que Washington allait cher­cher à iso­ler un peu plus Damas. L'Italie et l'Allemagne ont réclamé une réunion d'urgence du Conseil de sécu­rité de l'ONU, tan­dis que le chef de la diplo­ma­tie bri­tan­nique, William Hague, a demandé "davan­tage de pres­sion inter­na­tio­nale" sur la Syrie.

M. Hague a néan­moins rejeté la pos­si­bi­lité d'une action mili­taire sous l'égide des Nations unies.

Les "condi­tions ne sont pas réunies" pour une inter­ven­tion, a confirmé le secré­taire géné­ral de l'Otan Anders Fogh Rasmussen.

Le porte-parole de la chef de la diplo­ma­tie de l'Union euro­péenne, Catherine Ashton, qui avait qua­li­fié dimanche l'offensive de "mas­sacre", a annoncé que l'UE allait ren­for­cer ses sanc­tions contre Damas, de façon "imminente".

Cinq nou­veaux noms de proches du pré­sident Assad pour­raient être ajou­tés dès mardi à la liste des per­sonnes pri­vées de visas et dont les avoirs ont été gelés, a pré­cisé un diplo­mate euro­péen s'exprimant sous cou­vert de l'anonymat.

L'offensive syrienne a été égale­ment "vigou­reu­se­ment" condam­née par le secré­taire géné­ral de l'ONU, Ban Ki-moon, qui a rap­pelé au régime de Damas qu'il est res­pon­sable de "tous les actes de vio­lences com­mis" contre la population.

La Russie a appelé pour sa part le gou­ver­ne­ment syrien et l'opposition "à renon­cer aux pro­vo­ca­tions et à la répression".

"Le recours à la force, tant contre des civils que contre des repré­sen­tants des struc­tures étatiques, est inac­cep­table et doit ces­ser", a affirmé la diplo­ma­tie russe, dans son mes­sage le plus ferme adressé au régime syrien depuis le 15 mars.

Malgré la répres­sion, les pro­tes­ta­taires ne se résignent pas: après la prière du soir, des mani­fes­ta­tions noc­turnes ont eu lieu dimanche dans plu­sieurs villes notam­ment à Homs (centre) et à Douma, dans la région de Damas.


 

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