20.07.2011
1 réaction

Philippe Candeloro : "j'ai adoré et détesté l'école"

Souvenirs, sou­ve­nirs… VousNousIls.fr demande à des per­son­na­li­tés de replon­ger le nez dans leur car­table. Pour lan­cer cette série, Philippe Candeloro, 39 ans, ancien cham­pion de pati­nage artis­tique, brosse un por­trait ému de l'école pri­maire et amer de ses années col­lège et lycée.

Philippe à l'âge de 7 ans

Avant de deve­nir double médaillé olym­pique et vice-champion du monde de pati­nage artis­tique dans les années 90, Philippe Candeloro a d'abord été le roi... des par­ties de billes à la récré. Né à Courbevoie (Hauts-de-Seine) en 1972, d'un père maçon et d'une mère comp­table, le pati­neur chou­chou des Français a passé son enfance à Colombes. Scolarisé à l'école Ambroise Paré, il découvre le pati­nage sur glace dès le CP : « Grâce à l'école, j'ai eu la chance de pou­voir aller une heure par semaine à la pati­noire muni­ci­pale. Mon entraî­neur de tou­jours, André Brunet, m'a repéré dès que j'ai enfilé mes patins ! »

Il a ensuite fallu convaincre ses parents d'intégrer une struc­ture ad hoc : « c'était une vraie sec­tion sport-étude. Nous étions cinq par classe, sur­tout des filles, avec une direc­trice et quatre répé­ti­teurs. Dès 7h, j'étais sur la glace et je fai­sais entre 5 et 6h de patin. J'avais aussi 3h de cours théo­riques. Nous étions pri­vi­lé­giés, j'ai adoré ! »

« Un mec en patins c'était une fillette »

Tout s'écroule à la fin du CM2 : l'Education Nationale estime que le sta­tut d'André Brunet, alors cadre d'Etat, est incom­pa­tible avec la ges­tion d'une école pri­vée. « C'était la catas­trophe », regrette le titi pari­sien, « d'un coup je me suis retrouvé lar­gué dans la plus mau­vaise des 6e du col­lège Henri-Dunant. » L'échec est d'autant plus cui­sant que les quo­li­bets fusent : « un mec qui fai­sait du patin c'était une fillette. Il a fallu que je me batte pour gagner le res­pect des caïds ». Les parents de Philippe Candeloro optent pour une 5e avec des cours par cor­res­pon­dance. Plus inté­ressé par les figures de style spor­tives que rhé­to­riques, il retrouve un établis­se­ment, le collège-lycée Robert Schuman (rebap­tisé col­lège Moulin Joly et lycée Guy de Maupassant aujourd'hui), en 4e. Mais Philippe sèche des cours qui, dit-il, ne l'intéressent pas, comme l'espagnol et le des­sin : « j'aurais aimé me concen­trer sur les maths et le fran­çais, et béné­fi­cier d'un amé­na­ge­ment pour pou­voir m'entraîner 6h par jour... Au lieu de ça, j'ai eu l'impression qu'on se payait ma tête : on me recol­lait en sports après l'entraînement. »

Chaque dif­fi­culté devient insur­mon­table : « Je me sou­viens d'un prof de fran­çais qui m'a humi­lié en me deman­dant de lire à haute voix. Comme je ne lisais pas beau­coup faute de temps, j'avais du mal et il m'a dit 'Vous, ce n'est même plus la peine de redou­bler, vous n'arriverez à rien dans la vie.' » Trente-cinq ans plus tard, le ser­mon reste dou­lou­reux. Philippe redouble sa 3e et se réins­crit au CNED avant de lâcher défi­ni­ti­ve­ment les cours, en seconde, pour se consa­crer à sa pas­sion. « En France, nous sommes nuls en sport-étude », critique-t-il. « On parle beau­coup du sport uni­ver­si­taire. C'est bien pour l'athlétisme mais pas pour le pati­nage. Quant à l'INSEP, on l'intègre à 16 ans, c'est trop tard pour deve­nir cham­pion ! En pati­nage, c'est à 8 ans que l'on pro­gresse le plus et rien n'est adapté. Je suis une excep­tion, j'ai fabri­qué mon patri­moine à la sueur de mon front. »

« Mon meilleur prof, Monsieur Dautrevaux »

Aujourd'hui consul­tant spor­tif, ani­ma­teur à la télé­vi­sion et, à par­tir de jan­vier 2012 sur les planches d'une comé­die théâ­trale « Le tour du monde en 80 jours », pro­gram­mée au Grand Rex à Paris avant une tour­née hexa­go­nale, Philippe Candeloro n'a rien perdu de son franc-parler : « Rien ne rem­place le ter­rain. Avec ma femme, on n'est pas énarques mais on est loin d'être cré­tins. On a appris par nous-mêmes, en voya­geant. Résultat : main­te­nant je touche ma bille en géo ! »

« Le prince de la glace » estime que l'école lui a tou­te­fois per­mis d'être en lien avec la vraie vie, « car c'est un échange de cultures ». Et là, les bons sou­ve­nirs chassent les mau­vais : « le meilleur de mes profs c'était Monsieur Dautrevaux en 3e, ensei­gnant de phy­sique chi­mie. Il par­lait tou­jours de sa grand-mère dans les énon­cés des exer­cices. C'était très concret et ça nous intéressait. »

Marié et père de trois filles, Philippe Candeloro suit toutes les polé­miques du moment. Les tri­che­ries du bac ? « Comme dans le sport, mieux vaut gagner à la loyale. Mais il ne faut pas se leur­rer, à mon époque cer­tains fai­saient déjà écrire leurs devoirs par d'autres pour décro­cher le bre­vet d'Etat. Au final, on finit tou­jours par être rat­trapé par ses erreurs. » En revanche, il voit d'un bon œil le pro­jet de réforme des rythmes sco­laires en pri­maire et au col­lège : « deux mois de vacances l'été c'est long. Certains gamins s'ennuient et puis c'est l'enfer dans cer­taines régions tou­ris­tiques. Je trou­ve­rais bien mieux d'instaurer des périodes de vacances tour­nantes comme en hiver. » Sans oublier de pri­vi­lé­gier les cours théo­riques le matin et manuels l'après-midi. Sinon, c'est Philippe Candeloro qui le dit, « il ne faut pas s'étonner que les jeunes ne sachent plus cou­per du bois et qu'on manque d'artisans ».

Charles Centofanti


-

Vous souhaitez réagir sur cet article :

Open-close

Modération par la rédaction de VousNousIls.

Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.

Vos réactions :

Open-close
sea
le 13 février 2012

Décidément cet homme est plein de bon sens. Jusqu'à pré­sent je ne l'ai pas encore pris en défaut... Un cham­pion qui nous a enchanté, qui nous fait rire et qui ne craint pas d'exprimer tout haut ce que cha­cun pense tout bas... Merci Philippe, ça ras­sure et conforte, conti­nue, et bonne vie à toi :-)

Signaler un com­men­taire inap­pro­prié

1 réaction