Justine Atlan : « En cas de harcèlement, les chefs d’établissements peuvent réclamer la fermeture de compte Facebook »

Le ministère de l’Education nationale a signé, le 6 juin dernier, une convention avec l’association e-Enfance, visant à prévenir le cyber-harcèlement entre élèves via les réseaux sociaux, et notamment Facebook. Justine Atlan, la directrice de l’association, nous en dit plus.

Justine Atlan, direc­trice de l'association e-Enfance

Justine Atlan, direc­trice de l’association e-Enfance

Dans quel cadre a été signée cette convention ?

Le ministère de l’Education nationale a organisé, début mai, les assises nationales sur le harcèlement à l’école. Lorsque l’on parle de harcèlement scolaire, il est évidemment aujourd’hui impossible de mettre de côté le cyber-harcèlement. En France, c’est encore un sujet tabou qui n’est pas du tout identifié dans les établissements. Le ministre a donc souhaité mettre un terme à ces dérives et faire en sorte que les enfants victimes, qui subissent de réels traumatismes, puissent être pris en charge rapidement.

Quelles sont les principales modalités de cette convention ?

L’association e-Enfance a été choisie par la Commission européenne pour opérer une « help-line » dédiée aux problèmes liés à l’utilisation d’internet par les mineurs. Le numéro Net écoute (1) reçoit chaque jour, depuis deux ans, des appels de parents, d’adolescents ou de professionnels de l’éducation confrontés à des problèmes de harcèlement en ligne, notamment sur Facebook. Dans le cadre du programme Safer Internet, l’Europe a obtenu que chaque « help-line » (2) ait un contact privilégié avec Facebook qui lui permette, dans des cas d’urgence, de pouvoir bloquer très rapidement les comptes incriminés. L’objet de la convention est donc de pouvoir faire bénéficier l’Education nationale de la procédure que nous avons mise en place. Les chefs d’établissement pourront désormais passer par notre association pour dénoncer le harcèlement d’un élève et réclamer la fermeture d’un compte Facebook.

Nous proposons également une intervention pédagogique dans les établissements pour alerter les élèves sur les risques d’internet et leur rappeler leurs droits et devoirs à travers l’utilisation des réseaux sociaux. L’objectif étant que les enfants prennent conscience de leurs actes.

Pourquoi Facebook n’a-t-il pas signé la convention ?

Facebook n’avait pas de raison de signer cette convention, puisqu’il ne fait rien de plus que ce qu’il faisait déjà via le programme européen. Facebook est un réseau social. Il ne peut pas s’engager sur des résultats, c’est-à-dire sur le fait qu’il n’y aura plus de cyber-harcèlement sur Facebook. En revanche, quand on s’inscrit sur Facebook, on s’engage à en respecter les conditions d’utilisation, dans lesquelles il est spécifiquement mentionné qu’on ne doit pas utiliser Facebook pour nuire à d’autres personnes, pour injurier, diffamer ou harceler. A partir du moment où vous ne respectez pas ces conditions d’utilisation, Facebook est en droit de vous exclure. Le contact privilégié que nous avons avec Facebook fonctionne très bien. Le fait de signer cette convention n’aurait donc rien changé.

Quels sont vos critères pour demander à Facebook une fermeture de compte ?

Lorsqu’un certain nombre de mesures ont été prises au niveau de l’établissement, c’est-à-dire que les élèves et les familles ont été convoqués pour faire cesser le comportement, et que malgré cela le harcèlement continue ; lorsque le profil ou le groupe incriminé est toujours en ligne malgré les demandes de suppression, nous demandons immédiatement à Facebook de bloquer le compte. La fermeture est extrêmement rapide puisqu’elle intervient dans les deux heures. Mais cette fermeture de compte ne doit pas être l’outil premier pour faire stopper le harcèlement. Notre objectif est avant tout d’avoir une vocation éducative et pédagogique et de responsabiliser le harceleur.

Que doit faire un élève harcelé ?

Un enfant victime de harcèlement sur internet ne doit surtout pas répondre en ligne au harceleur, car cela l’encouragerait. Il faut immédiatement le signaler à Facebook. Si le harcèlement se prolonge dans le cadre de l’école, il ne faut pas hésiter à aller à la gendarmerie ou au commissariat pour porter plainte ou déposer une main courante. Dans tous les cas, l’élève doit en parler à ses parents et au chef d’établissement et ne pas rester enfermé dans sa position de victime. L’avantage d’internet, en terme de harcèlement, est qu’il existe des preuves écrites. Des captures d’écran permettent de constituer un dossier et donc d’avoir des éléments permettant de prouver ce harcèlement.

Stéphanie Marpinard

Note(s) :
  • (1) Le numéro Net écoute (0820 200 000) est le numéro national pour répondre à toutes les questions sur Internet, le téléphone portable et les jeux vidéo. L’appel est anonyme et gratuit et ouvert du lundi au vendredi de 9 h à 19 h.
  • (2) Ligne d’entraide

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