08.07.2011
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Eric Barbazo : "Le baccalauréat restera entaché de suspicion"

Entre les fuites avé­rées à l'épreuve de mathé­ma­tiques de la série S, les soup­çons de triches sur l'épreuve d'anglais et les modi­fi­ca­tions des barèmes de nota­tion, l'édition 2011 du bac­ca­lau­réat n'aura déci­dé­ment pas été un long fleuve tran­quille. Eric Barbazo, pré­sident de l'Association des pro­fes­seurs de mathé­ma­tiques de l'enseignement public, nous livre ses sen­ti­ments sur le pré­cieux sésame.

Avec près de 77 % de réus­site à l'issue des écrits, considérez-vous que l'édition 2011, mar­quée par des soup­çons de fuite dans plu­sieurs épreuves, a été bradée ?

On ne peut pas affir­mer que le bac a été bradé. Les résul­tats glo­baux sont conformes à ce qu'ils étaient les années pré­cé­dentes. Par contre, le bac­ca­lau­réat 2011 est enta­ché d'une sus­pi­cion de bri­co­lage et d'inégalités entre les élèves. Les choses ne se sont pas pas­sées comme elles auraient dû nor­ma­le­ment dans un exa­men de cette impor­tance. La ges­tion de la crise a été mau­vaise. Le pro­blème pro­vient d'un dys­fonc­tion­ne­ment de l'administration, de la chaîne qui consiste à émettre les sujets, à les impri­mer et à les dis­tri­buer. Or, ce sont les élèves qui en ont pâti dans la manière dont ont été trai­tées les copies.

La solu­tion choi­sie par Luc Chatel pour contrer la fuite sur un exer­cice de mathé­ma­tiques dans la série S n'était pas la bonne selon vous ?

La res­pon­sa­bi­lité était pour l'Etat d'annuler cette épreuve et de la réor­ga­ni­ser et non pas de faire un bri­co­lage au der­nier moment, sans concer­ta­tion, sur le barème. L'épreuve de mathé­ma­tiques de ter­mi­nale S est l'une des trois ou quatre dis­ci­plines majeures de cette série, c'est donc un pro­blème extrê­me­ment grave qui s'est posé et ce n'était pas aux élèves d'en subir les consé­quences. Si l'épreuve avait été annu­lée et réor­ga­ni­sée immé­dia­te­ment, et si le ministre avait ouvert des concer­ta­tions, il aurait eu une très grande majo­rité d'avis allant dans ce sens. Matériellement, cela aurait été pos­sible si la déci­sion avait été prise très rapi­de­ment. C'est-à-dire dans la jour­née du mer­credi 22 juin, lorsque le ministre a fait sa décla­ra­tion. Les élèves étaient alors encore dans les centres d'examen, donc ils auraient pu être re-convoqués. Les sujets de secours sont pré­sents dans tous les centres d'examen. Tout était donc conforme à la réor­ga­ni­sa­tion de l'épreuve.

Êtes-vous favo­rable, comme l'a sug­géré Luc Chatel dans une inter­view accor­dée à Libération, au ren­for­ce­ment du contrôle continu dans la nota­tion du baccalauréat ?

Si l'on doit trans­for­mer cet exa­men et le moder­ni­ser, et nous pen­sons à l'APMEP qu'il faut le faire, il faut que cela se fasse serei­ne­ment en concer­ta­tion avec l'ensemble des acteurs et notam­ment avec les asso­cia­tions de pro­fes­seurs. Nous ne pen­sons pas que l'intégration du contrôle continu soit une bonne méthode car la fraude sera cer­tai­ne­ment aussi impor­tante, sinon plus. Et celui-ci risque de sou­le­ver de nom­breux pro­blèmes de dis­pa­ri­tés entre les établis­se­ments, d'inégalités d'évaluation des élèves par les ensei­gnants, ou encore, de mise sous pres­sion des ensei­gnants dans cer­tains lycées...
En revanche, d'autres pistes pour­raient être étudiées. La place de l'oral, par exemple, dans cer­taines dis­ci­plines. On pense aux langues vivantes qui pour beau­coup sont encore évaluées à l'écrit, ce qui n'est pas for­cé­ment la meilleure solu­tion. Les temps de cor­rec­tions du bac pour­raient égale­ment être écour­tés, ce qui per­met­trait d'améliorer l'organisation. Lorsqu'on voit que 3 000 copies n'ont pas trouvé cette année de cor­rec­teurs, il y a là aussi un véri­table dys­fonc­tion­ne­ment. Les ensei­gnants de pre­mière et de ter­mi­nale pour­raient être mobi­li­sés.
Autre piste à étudier : la mise en place d'un dis­po­si­tif de contrôle en cours de for­ma­tion dans cer­taines dis­ci­plines, dans lequel les élèves ne seraient pas évalués par leur propre pro­fes­seur. Il n'y aurait donc aucun pro­blème de sub­jec­ti­vité. Celui-ci pour­rait être mis en place sous forme d'oral pour les dis­ci­plines mineures ou option­nelles de cer­taines séries.

Quelle est la leçon à tirer de cette édition du baccalauréat ?

On s'aperçoit que la poli­tique du gou­ver­ne­ment qui consiste à faire de plus en plus d'économies là où il ne fau­drait pas en faire, a de très graves consé­quences de dys­fonc­tion­ne­ments de l'administration dans l'organisation des exa­mens. Les exemples ont été nom­breux cette année et ne concer­naient pas uni­que­ment le baccalauréat.

Stéphanie Marpinard


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chatsy974
le 9 juillet 2011

Le Bac 2011 sera aussi cré­dible que celui de 1968!Au fait,en quelle année ces "déci­deurs" ont-ils décro­ché le leur?

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