Bruno Julliard : « On a perdu beaucoup de temps »

Gel des fermetures de classes dans le primaire en 2012, personnalisation des parcours au collège, développement des passerelles entre enseignements général et professionnel... Le président de la République a récemment multiplié les annonces sur l'éducation. Mais pour Bruno Julliard, responsable des questions d'éducation au Parti socialiste, il s'agit d'abord d'un constat d'échec.

D’une manière générale, comment analysez-vous la multiplication des annonces et l’implication du président de la République ?

C’est de l’agitation, et cette agitation est révélatrice d’une panique car les questions éducatives constitueront, je le pense, un des sujets majeurs de la campagne présidentielle. C’est aussi la traduction d’un échec important des gouvernements successifs de Nicolas Sarkozy et du caractère désastreux de ses choix éducatifs. De la fin de la semaine des quatre jours à la formation des enseignants, en passant par  le gel annoncé des fermetures de classes dans le primaire, sur pratiquement tous les points, le président de la République est en effet obligé de revenir sur ce dont il était parfois lui-même à l’origine, voire d’en prendre le contrepied.

Plus en détail, que vous inspire l’annonce de Nicolas Sarkozy de ne fermer aucune classe dans le primaire en 2012 ?

Il s’agit déjà d’un bel exemple de retour en arrière par rapport à ce qu’il avait lui-même décidé auparavant ! Parmi les choix éducatifs désastreux du chef de l’État, figure effectivement en bonne place la suppression, totalement idéologique et irresponsable, d’un fonctionnaire sur deux prenant sa retraite. Mais cette promesse de gel est d’abord un mensonge, dans la mesure où l’objectif est irréalisable. Le budget 2012 prévoit environ 16.000 nouvelles suppressions de postes. Or, dans le secondaire, on touche l’os ! Il ne sera donc tout simplement pas possible de ne pas supprimer de postes, et par conséquent de ne pas fermer de classes, dans le primaire. La manœuvre est d’ailleurs assez cynique car enseignants, parents et élèves ne pourront s’en rendre compte qu’à la rentrée 2012, donc après les élections présidentielles.

Que pensez-vous des propositions sur le collège ?

Là non plus, je ne vois pas comment parvenir à « une personnalisation des parcours scolaires » et à un « collège pour tous » avec les 16.000 suppressions de postes programmées pour 2012. C’est donc encore une promesse sans grand lendemain. En revanche, sur le fond, il y a du vrai et du positif dans ce qui est dit. Je suis très favorable à l’individualisation des parcours, ou à la multiplication des passerelles entre enseignements général, professionnel et technologique. Le terme de « collège pour tous » est utilisé par beaucoup d’acteurs du monde éducatif. Sur le papier, ces déclarations vont dans le bon sens. Le problème, c’est que l’on ne peut que constater que le collège est, jusqu’à présent, le grand oublié des politiques éducatives du gouvernement alors qu’il est l’un des maillons faibles de notre système éducatif.

Quel est votre avis sur l’évolution du discours sur la formation des enseignants et les rythmes scolaires ?

Ces deux marches arrière prouvent que l’on ne peut pas s’engager de façon idéologique sur des sujets aussi complexes, contre l’avis de la plupart des professionnels concernés. Lorsque la seule volonté politique est de réduire les coûts, cela se traduit par un désastre pédagogique. Je pense même que la suppression de la formation professionnelle initiale des jeunes enseignants a été la régression la plus grave imposée par le gouvernement. Je la mettrai même devant les suppressions de postes ! C’est dramatique pour les jeunes profs et cela constitue un message de dévalorisation absolue du métier des enseignants, qui devient l’un des seuls au monde ne demandant aucune formation particulière !

Finalement, que ressort-il de tout cela à vos yeux ?

Je pense que nous avons perdu beaucoup de temps. Les comparaisons internationales montrent que nous avons accumulé un retard important, notamment pour ce qui est de l’école primaire. Par rapport à la moyenne des pays de l’OCDE, nous dépensons 15% de moins par élève dans le primaire, mais plus de 10% de plus pour un lycéen des filières générales. C’est bien la démonstration que notre système favorise plutôt l’élite et ceux qui présentent déjà les meilleures dispositions.

5 commentaires sur "Bruno Julliard : « On a perdu beaucoup de temps »"

  1. hispanique  1 juillet 2011 à 12 h 59 min

    Des propos en vue des électionsSignaler un abus

    Répondre
  2. Nicolote2grasse  1 juillet 2011 à 23 h 37 min

    Bien qu’étant de gauche moi-même, j’ose me demander quelle crédibilité a ce monsieur concernant les affaires scolaires, lui qui n’a jamais enseigné, ne sait pas ce qu’est être responsable d’une classe … Je l’assimile à tous ces technocrates parisiens qui prennent des décisions à la place des autres sans en connaître véritablement ni les enjeux ni les conséquences. Pour exemple, à quoi serviraient vraiment, si ce n’est à de la garderie gratuite, deux semaines supplémentaires de classe pour des enfants alors qu’ils suffoquent de chaleur et de fatigue dans les classes aussi bien en juillet qu’en août ? (c’est que nous, nous n’avons pas de clim dans les classes …)Signaler un abus

    Répondre
  3. chleuss  2 juillet 2011 à 14 h 58 min

    Espérons que le PS mettra fin au fichage des enfants par Base élèves et le nouveau Livret personnel de compétences. Quant au socle commun! C’est vraiment le « machin » qui ne sert à rien.Signaler un abus

    Répondre
  4. BAPTISTE  3 juillet 2011 à 12 h 09 min

    Bien gentil notre secrétaire national du PS à l’EN ! Assez d’accord avec ses analyses.
    Il serait encore plus crédible s’il se donnait la peine de répondre aux courriers et courriels qu’on lui transmet sur son domaine de compétence (?)…..Hélas, je n’ai jamais pu avoir de retour à mes suggestions sur les évolutions à proposer sur le système éducatif dans le second degré !!
    André Batignes
    Proviseur honoraireSignaler un abus

    Répondre
  5. Notsag  5 juillet 2011 à 12 h 47 min

    Des économies ? Quand elles sont proposées par un consultant expert auquel on a fait appel pour effectuer une recherche doit-on catégoriquement refuser ses conclusions ? ….Alors que celles-ci sont vérifiables sur le terrain ?

    C’est pourtant le cas du rapport Francois Grin, qui a été mis au placard;
    Et pourtant ce rapport était tout à fait vérifiable sur le terrain simplement en prenant la peine de se déplacer un peu, ou tout simplement en faisant quelques simples recherches sur le WEB.

    Dans ce domaine précis, nos amis anglo-américains n’ont pas eu à faire appel au professeur F.Grin. Ils en ont fait l’économie ! Sachant que tous les pays s’acharnent à vouloir parler aussi bien leur langue, pourquoi donc devraient-ils faire des dépenses dans ce domaine ?
    Voilà une démonstration de BON SENS n’est-ce pas ?
    GRSignaler un abus

    Répondre

Partagez votre avis

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée .

Captcha *

Modération par la rédaction de VousNousIls. Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.

Recherche dans les archives

Vous