22.06.2011
1 réaction

L'eau va-t-elle manquer ?

Le défi­cit plu­vio­mé­trique est criant depuis le début de l'année et les prin­ci­paux indi­ca­teurs de séche­resse sont au rouge. Cette ten­dance est-elle durable ? Y a-t-il un risque de pénu­rie ? Décryptage avec Marillys Macé, direc­trice du Centre d'information sur l'eau, et Bernard Barraqué, direc­teur de recherches au CNRS et pré­sident du comité natio­nal fran­çais du pro­gramme hydro­lo­gique inter­na­tio­nal de l'UNESCO.

Bernard Barraqué et Marillys Macé

Existe-t-il un risque de pénu­rie d'eau ?

Bernard Barraqué : Tout dépen­dra de l'ampleur du chan­ge­ment cli­ma­tique. La séche­resse en cours est un événe­ment excep­tion­nel, mais il est pro­bable que les étés devien­dront plus longs et plus secs. En octobre 2006, à la demande du minis­tère de l'Agriculture et de la Pêche, l'INRA a remis un rap­port « Sécheresse et agri­cul­ture ». Il y appa­raît clai­re­ment qu'il faut envi­sa­ger de pro­duire d'autres cultures. Les agri­cul­teurs de Poitou-Charentes qui ont semé du maïs cette année ont pris le risque, bien qu'ils aient été pré­ve­nus dès le mois de mars !

Marillys Macé : L'eau ne peut pas man­quer en France, mal­gré les épisodes de séche­resse. La rai­son est simple : 100 mil­liards de m3 d'eau s'écoulent chaque année jusqu'aux nappes phréa­tiques, tan­dis que l'homme pré­lève 7 mil­liards de m3. Nous avons donc des réserves ! Le pro­blème c'est que l'eau se répar­tit mal dans le temps. Les pluies « effi­caces », c'est-à-dire celles qui rechargent les nappes, tombent entre octobre et avril. Quand on constate que le sol agri­cole est assé­ché, on parle de séche­resse. Les agri­cul­teurs ont actuel­le­ment besoin de beau­coup d'eau pour leurs cultures céréa­lières. Et puis le maïs est une culture très consom­ma­trice... Depuis les séche­resses de 2003 et 2005, 20% du ter­ri­toire a de réelles dif­fi­cul­tés. Ailleurs dans le monde, il existe de vraies ten­sions, notam­ment parce que nous sommes de plus en plus nom­breux sur la pla­nète et qu'il faut tous nous alimenter.


Biographies

Marillys Macé est direc­trice du Centre d'information sur l'eau (CI Eau) depuis jan­vier 2010. En 2004, elle tra­vaillait au sein de la direc­tion de l'eau au minis­tère de l'Ecologie, où elle pilo­tait la com­mu­ni­ca­tion des deux Consultations natio­nales du Public sur les enjeux de la direc­tive cadre euro­péenne sur l'Eau (DCE).

Bernard Barraqué est écono­miste et direc­teur de recherche au CNRS, spé­cia­liste de l'eau en France et en Europe. Auteur de « Peurs et plai­sirs de l'eau » (Hermann) et de « Les poli­tiques de l'eau en Europe » (La Découverte).

Pour travailler en classe

Une Fiche de res­sources péda­go­giques en ligne incon­tour­nables sur l'eau.

Que peut-on faire pour réduire les difficultés ?

Marillys Macé : Tous les acteurs de l'eau et les pou­voirs publics s'accordent à dire qu'il faut chan­ger les com­por­te­ments. Mais il faut du temps et ne pas se voi­ler la face : les plus gros efforts doivent se concen­trer sur les col­lec­ti­vi­tés locales, les entre­prises et l'agriculture. En ce qui concerne les agri­cul­teurs, on essaie d'instaurer par exemple une ges­tion col­lec­tive avec un quota d'eau à res­pec­ter par grou­pe­ment d'exploitants. La mise en place est en cours depuis décembre 2006 et la loi sur l'eau et les milieux aqua­tiques. L'idée de construire des réserves col­li­naires a fait son che­min. Cela inté­resse les agri­cul­teurs mais ça coûte beau­coup d'argent pour ache­mi­ner l'eau jusqu'aux cultures.

Bernard Barraqué : En France, il y a nor­ma­le­ment dans tous les dépar­te­ments une pro­cé­dure pro­gres­sive de pré­pa­ra­tion à la séche­resse qui com­porte trois seuils, avec des res­tric­tions pro­gres­sives fixées par le pré­fet. Le pro­blème c'est d'avoir une connais­sance pré­cise de la crise et que les gens écoutent le pré­fet. Dans l'Ouest cette année, les agri­cul­teurs n'ont pas tous joué le jeu. Mais, pour des rai­sons morales, on ne peut pas les for­cer à faire des écono­mies d'eau, si les golfs et même les col­lec­ti­vi­tés locales ne font pas non plus d'efforts... Il faut que les ser­vices publics mènent des poli­tiques offen­sives auprès des habi­tants. On en est loin mais c'est pos­sible : en Californie, on embauche des ani­ma­teurs pour aller chez les habi­tants et leur faire faire des écono­mies d'eau.

L'eau est-elle condam­née à deve­nir une mar­chan­dise rare et coûteuse ?

Marillys Macé : Rare non, j'espère que cela n'arrivera jamais en France. Coûteuse sans doute. L'eau a un coût car il faut la trai­ter. On peut influer sur son prix en pol­luant moins l'environnement, tout le monde plaide pour cela. D'autant plus qu'une eau pol­luée met plus de temps à reve­nir dans le cycle natu­rel... A l'échelle euro­péenne, la France se situe dans la moyenne avec un m3 d'eau fac­turé 3,07€. Autrement dit, un litre coûte en moyenne un tiers d'un cen­time d'euro.

Bernard Barraqué : Non, l'eau en tant que res­source natu­relle n'est pas une mar­chan­dise et nous pou­vons faire en sorte qu'elle ne le devienne pas ! Certains alter­mon­dia­listes mani­pulent l'opinion en fai­sant l'amalgame entre la res­source et le mar­ché de l'eau du robi­net. En Europe, la res­source n'est pas un bien de marché.

La qua­lité de l'eau du robi­net est-elle satis­fai­sante en France ?

Bernard Barraqué : Dans l'ensemble oui, hor­mis de petits ser­vices exploi­tant des cap­tages en mon­tagne, comme dans les Alpes. On peut trou­ver que l'eau du robi­net à Paris ou à Lyon a un goût de chlore mais elle est très bonne sur le plan bactériologique.

Marillys Macé : Oui, nous avons une très bonne eau qui res­pecte les cri­tères fixés par l'Organisation mon­diale de la santé (OMS) car les muni­ci­pa­li­tés et les dis­tri­bu­teurs y mettent les moyens. Dans le monde, il y a tou­jours cinq mil­lions de per­sonnes qui meurent chaque année par manque d'eau potable et deux mil­liards d'habitants qui n'ont ni eau potable ni sys­tème d'assainissement. Il faut donc rela­ti­vi­ser les quelques pro­blèmes qui font la « une » des jour­naux en France...

Quels conseils don­ner aux ensei­gnants pour sen­si­bi­li­ser leurs élèves à la pré­ser­va­tion de l'eau ?

Marillys Macé : Le rôle de l'école et des parents est fon­da­men­tal. Il est impor­tant de répé­ter de ne pas jeter de la pein­ture et des pro­duits chi­miques dans l'évier, de ne pas laver sa voi­ture avec de l'eau potable et du pro­duit vais­selle car tout cela génère une pol­lu­tion... Il faut expli­quer aux enfants d'où vient l'eau et il va y avoir des prises de conscience !

Bernard Barraqué : Il ne faut sur­tout pas confondre la morale et les pro­blèmes écono­miques graves liés à l'eau. L'important ce n'est pas de seule­ment répé­ter aux élèves qu'il faut fer­mer le robi­net pen­dant le bros­sage des dents, c'est sur l'agriculture qu'il faut dis­cu­ter. Les agences de l'eau ont mis en place des classes d'eau. Le pro­gramme s'étend sur l'année sco­laire, touche les dif­fé­rentes matières, et c'est for­mi­dable pour sen­si­bi­li­ser les plus jeunes à la pro­tec­tion de l'eau.

Charles Centofanti

-

Vous souhaitez réagir sur cet article :

Open-close

Modération par la rédaction de VousNousIls.

Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.

Vos réactions :

Open-close
vu de la terre
le 23 juin 2011

Oui il faut sen­si­bi­li­ser les enfants c'est impor­tant et c'est ce que je fais. J'ai créé un spec­tacle de sen­si­bi­li­sa­tion à l'environnement, je joue la Terre qui parle à l'humain. L'eau y a une part impor­tante. Je peux vous aider, Bernard et Marillys à trans­mettre ce mes­sage, mon spec­tacle est dis­po­nible, je le joue déjà dans les écoles pri­maires et suis prête à par­cou­rir toute la fran­co­pho­nie...
Merci pour cet article.
L'adresse de mon site: http://www.vudelaterre.fr
Nathalie Théret-Grauss............... la terre est grosse....

Signaler un com­men­taire inap­pro­prié

1 réaction