17.06.2011
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"Des quotas dans les BTS et IUT et un véritable suivi pour enrayer l'échec à l'université"

Le séna­teur UMP, Christian Demuynck, a remis ce mardi 14 juin, à la ministre de l'Enseignement supé­rieur, Valérie Pécresse, un rap­port sur le décro­chage à l'université. Il nous livre ses prin­ci­pales recom­man­da­tions pour enrayer l'échec des étudiants. Entretien.
Christian Demuynck

Environ 75 000 jeunes sortent chaque année sans diplôme de l'enseignement supé­rieur, com­ment expliquez-vous un tel taux d'échec ?

Il existe tout d'abord un véri­table pro­blème d'orientation dans l'accès à l'enseignement supé­rieur. Lorsqu'on ana­lyse le cas des étudiants en situa­tion d'échec, on s'aperçoit que sur les 75 000 décro­cheurs, un tiers s'est ins­crit par défaut dans une filière, un tiers ne sait pas ce qu'il veut faire de son ave­nir, et le der­nier tiers n'a pas les bases aca­dé­miques pour pour­suivre des études. Pour amé­lio­rer leur orien­ta­tion, il faut abso­lu­ment qu'il y ait une connexion entre les pro­fes­seurs de lycées, les pro­fes­seurs d'universités et les entre­prises. Les élèves doivent savoir, dès la seconde, com­ment fonc­tionnent les entre­prises, quelles sont les for­ma­tions et quelles sont les com­pé­tences ou les qua­li­tés qu'il faut avoir pour entrer dans telles ou telles filières, en connaître les débou­chés...  De façon à ce que leurs choix soient faits en toute connais­sance de cause, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui.

Quelles sont les autres mesures à prendre pour enrayer cet échec ?

L'une des mesures majeures concerne les filières courtes. Il y a actuel­le­ment un dévoie­ment de ces filières car de nom­breux bacs géné­raux passent par les for­ma­tions courtes et vont à l'université une fois leur diplôme en poche. Ce qui péna­lise les déten­teurs de bac­ca­lau­réats pro­fes­sion­nels ou tech­no­lo­giques pour qui ces for­ma­tions avaient été créées à l'origine. Il fau­drait donc impo­ser des quo­tas : 60 % de bache­liers pro­fes­sion­nels ou tech­no­lo­giques dans les Sections de tech­ni­cien supé­rieur (STS) et 40 % dans les Instituts uni­ver­si­taires de tech­no­lo­gie (IUT).
A l'université, je pré­co­nise un véri­table suivi des étudiants. Il faut évaluer les jeunes, dès leur entrée en faculté, pour connaître leurs lacunes. Dans les uni­ver­si­tés de Toulouse et de Bordeaux, des expé­ri­men­ta­tions ont par exemple été mises en place. Les pro­fes­seurs font signer à leurs élèves, qui ont été préa­la­ble­ment évalués, un contrat, au tra­vers duquel ils s'engagent à suivre des for­ma­tions com­plé­men­taires dans les dis­ci­plines dans les­quelles ils n'ont pas le niveau. Cette évalua­tion doit être conti­nue tout au long de l'année, afin de véri­fier ceux qui décrochent, qui ne sont pas au niveau et leur pro­po­ser un cer­tain nombre de for­mules de soutien.

Dans votre rap­port, vous pré­co­ni­sez de « récom­pen­ser l'investissement péda­go­gique des enseignants-chercheurs et des pro­fes­seurs agré­gés déta­chés à l'université », qu'entendez-vous par là ?

Aujourd'hui, nous sommes dans un sys­tème où les enseignants-chercheurs sont plu­tôt des chercheurs-enseignants. La recherche est bien évidem­ment indis­pen­sable, mais ces der­niers ne sont pas for­cé­ment des spé­cia­listes de la péda­go­gie. Il faut donc don­ner aux pro­fes­seurs, qui ne se consacrent qu'à la péda­go­gie, la pos­si­bi­lité d'être promu et d'obtenir des primes comme en béné­fi­cient les cher­cheurs. L'objectif est de mettre en place les meilleurs moyens de trans­mettre le savoir. Il fau­drait, par exemple, géné­ra­li­ser la pré­sence des PRAG (1) au sein des universités.

Quel bilan tirez-vous du Plan licence et de la Loi sur l'autonomie des universités ?

Un bilan extrê­me­ment posi­tif. Je suis per­suadé que d'ici quelques années, en pour­sui­vant dans cette voie, l'université fran­çaise sera au niveau des meilleures uni­ver­si­tés mon­diales. Ces réformes ont per­mis de libé­rer les idées. De nom­breuses expé­ri­men­ta­tions sont mises en place au sein des uni­ver­si­tés qui ont désor­mais des marges de manœuvre bud­gé­taire. Les dota­tions sont égale­ment allouées en fonc­tion de la réus­site et du nombre de jeunes qui trouvent des emplois à leur sor­tie de l'université. Cela encou­rage à prendre des ini­tia­tives. Tous les pro­fes­seurs, les pré­si­dents d'université et les étudiants que j'ai ren­con­trés ont vrai­ment pris à bras le corps cette autonomie.

Stéphanie Marpinard


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Note(s) :
  • (1) Professeurs agrégés du secondaire affectés dans l’enseignement supérieur.

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