18.05.2011
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"La série Kaamelott offre une excellente réflexion sur la bêtise", en cours de philo

Avec Philosophies en séries (t.2), Thibaut de Saint Maurice illustre les textes de phi­lo­sophes renom­més avec des exemples tirés de séries amé­ri­caines ou fran­çaises à suc­cès. Accessible au grand public, le livre four­nit en outre aux lycéens une excel­lente ini­tia­tion à la méthode de la dissertation.
Thibaut de Saint Maurice, professeur de philosophie en lycée et auteur de "Philosophie en séries".

Thibaut de Saint Maurice, professeur de philosophie en lycée et auteur de "Philosophie en séries".

Quelle a été votre moti­va­tion pour écrire "Philosophie en séries" ?

L'idée qui a ins­piré le pre­mier tome de Philosophie en séries, était, en uti­li­sant les séries télé­vi­sées comme exemples, de faire entrer la culture de masse dans les salles de cours. C'est la culture par­ta­gée par le plus grand nombre, et donc par les élèves, mais aussi par leurs pro­fes­seurs — sans qu'ils aient for­cé­ment conscience que ce soit bien de la culture.

Cela ne fait pas l'unanimité, mais ceux à qui ça déplaît sont les mêmes qui grin­çaient déjà les dents quand on a mis Warhol dans les musées, quand on a dit que les rockers étaient des artistes... Le pro­blème de la légi­ti­mité cultu­relle des séries ne se pose plus, ce sont aujourd'hui des objets de recherche uni­ver­si­taire. Les séries fonc­tionnent comme n'importe quelle œuvre d'art, à par­tir du moment où elles offrent plu­sieurs interprétations.


Philosophie en séries

Philosophie en séries de Thibaut de Saint Maurice, aux éditions Ellipses (12,50 €)
Tome 1 paru en juin 2009
Tome 2 paru en décembre 2010
Cliquez sur une cou­ver­ture pour l'agrandir et consul­ter la liste des séries.

Quels chan­ge­ments avez-vous appor­tés dans ce deuxième tome ?

Le pre­mier tome était ins­piré par l'idée de "faire cours" à par­tir de ces exemples, donc il avait une tona­lité assez péda­go­gique. Tous les thèmes abor­dés pro­ve­naient du pro­gramme de Terminale, et tous les textes étaient assez "clas­siques". C'était un livre qui pou­vait à la fois fonc­tion­ner comme un livre pour pas­sionné de série, pour aller plus loin, ou comme un manuel sco­laire aty­pique pour les élèves de Terminale ou de fin de Première.

Dans ce nou­veau tome, j'ai voulu par­tir de ce que les séries nous mon­traient, pour déve­lop­per leur arrière-plan théo­rique sans être tenu par les thèmes du pro­gramme offi­ciel. Par exemple, la série Kaamelott offre à mon sens une excel­lente réflexion sur la bêtise. C'est une série dont on peut ne pas voir toute la por­tée. On peut trou­ver que c'est bien écrit, que ça fait rire, qu'il y a de l'humour de situa­tion... Mais Alexandre Astier, le réa­li­sa­teur, avait un pro­jet glo­bal, une his­toire "com­plète" qui tenait la dis­tance au fil des sai­sons. Et c'est fina­le­ment une fable poli­tique, sur la dif­fi­culté de gou­ver­ner des hommes bêtes.

Alors que le bac de philo approche, qu'est-ce que votre livre peut appor­ter à des élèves de lycée ?

Mon livre n'est pas aussi rigou­reux qu'une dis­ser­ta­tion, mais il suit les mêmes prin­cipes. Pour chaque cha­pitre je suis parti d'une ques­tion au sujet d'une série, que j'ai pro­blé­ma­ti­sée, et j'offre une réso­lu­tion en deux ou trois par­ties. C'est une illus­tra­tion du che­mi­ne­ment d'une dissertation.

Encouragez-vous vos élèves à uti­li­ser des exemples tirés de séries au baccalauréat ?

J'encourage mes élèves à s'appuyer sur leur culture pour trou­ver des exemples, parce que c'est quelque chose qu'ils connaissent bien. Et il n'y a pas de culture auto­ri­sée ou de culture inter­dite. Sinon, ça vou­drait dire que la phi­lo­so­phie ne s'intéresse qu'à un cer­tain type de réel. La phi­lo­so­phie s'intéresse à tout le réel. Par exemple, on peut très bien avan­cer qu'un match de foot est une méta­phore de l'affrontement, de la guerre...

Mais l'exemple ou la réfé­rence cultu­relle, quel qu'il soit, ne doit pas se sub­sti­tuer à la réflexion phi­lo­so­phique. L'épreuve de phi­lo­so­phie au bac­ca­lau­réat reste une épreuve de phi­lo­so­phie et pas une épreuve de culture géné­rale. Elle com­porte des exi­gences assez clas­siques de contrôle de connais­sances et de maî­trise de la méthode. On peut s'intéresser à tout — tant qu'on le fait avec méthode, et qu'on déve­loppe une réflexion à par­tir de l'exemple.

Allez-vous conti­nuer à uti­li­ser les séries pour illus­trer vos cours ?

Je l'ai beau­coup fait en 2008–2009, 2009–2010... Il était temps de chan­ger un peu. Cette année je m'appuie davan­tage sur l'actualité, qui est tou­jours hyper-riche. Par exemple, la mort de Ben Laden est inter­ve­nue alors que je fai­sais un cours sur la Justice. Je suis parti de cet événe­ment, et de cette phrase incroyable d'Obama : Justice has been done ("La jus­tice a été ren­due"), pour tra­vailler sur le concept de la vengeance.

Propos recueillis par Quentin Duverger

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