06.05.2011
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« L'école doit offrir une véritable éducation sexuelle, mais aussi non-sexiste »

La Région Ile-de-France, en par­te­na­riat avec l'Education natio­nale, les com­mu­nau­tés éduca­tives et les pro­fes­sions de santé, a pré­senté le 26 avril son « Pass' Contraception », qui per­met­tra à près de 160.000 jeunes d'accéder gra­tui­te­ment et de façon ano­nyme à une contra­cep­tion pen­dant quelques mois. Retour sur ce dis­po­si­tif avec Henriette Zoughebi, vice-présidente char­gée des lycées et des poli­tiques éduca­tives pour la Région.
Henriette Zoughébi, vice pré­si­dente char­gée des lycées et des poli­tiques éduca­tives pour la Région île-de-France (IDF)

Pourquoi avoir mis en place ce dis­po­si­tif « Pass' Santé Contraception » ?

Avec cette mesure, nous sou­hai­tons par­ti­ci­per à l'autonomie des jeunes filles et gar­çons. Or la maî­trise de la fécon­dité est un élément essen­tiel de cette auto­no­mie. Au lycée, chaque jeune se construit et com­mence une vie sexuelle active, c'est pour­quoi il était impor­tant d'accompagner les jeunes.

Ensuite, nous avons constaté que la ques­tion de l'égalité entre les filles et les gar­çons, loin d'être der­rière nous, est tou­jours d'actualité. Passer de la mixité à une vraie culture de l'égalité néces­site encore beau­coup de tra­vail, de dis­cus­sions et de nou­velles pos­si­bi­li­tés. Dans ce cadre, la ques­tion de la liberté et de la res­pon­sa­bi­lité des rela­tions sexuelles est extrê­me­ment impor­tante. Des lois existent, notam­ment pour le droit à la contra­cep­tion et à l'IVG (1) pour les jeunes mineures, qui ne sont pas com­plè­te­ment appli­quées faute de moyens. C'est pour­quoi la Région a décidé de prendre une res­pon­sa­bi­lité, à tra­vers un par­te­na­riat étroit avec l'Éducation nationale.

Comment avez-vous tra­vaillé avec le minis­tère de l'Éducation Nationale , et com­ment expliquez-vous ce revi­re­ment de Luc Chatel qui s'était opposé en 2009 à cette idée avan­cée en Poitou-Charentes ?

Nous avons tra­vaillé depuis le départ en co-responsabilité et concer­ta­tion avec l'Éducation Nationale. Nous avons ren­con­tré les rec­teurs et nous avons réa­lisé des pré­sen­ta­tions aux infir­mières et aux équipes éduca­tives. De la même manière, Laure Lechatellier (2) a ren­con­tré l'ordre des méde­cins, des phar­ma­ciens afin que le milieu pro­fes­sion­nel soit aussi inté­gré à ce dis­po­si­tif. Pour que le Pass Contraception arrive aux mains des jeunes, dans les lycées, l'Éducation Nationale devait être par­tie prenante.

La dif­fé­rence avec le pro­jet du Poitou Charentes tient notam­ment au fait que le Pass s'adresse aux filles et aux gar­çons. Si la contra­cep­tion c'est d'abord les filles, nous avons investi ce Pass d'une vraie dimen­sion éduca­tive. Les gar­çons ont des ques­tions dans le démar­rage de leur vie sexuelle active. C'est impor­tant qu'ils puissent ren­con­trer, hors de la vue de leurs parents, un pro­fes­sion­nel de santé. Ils ont aussi la pos­si­bi­lité d'avoir un stock de pré­ser­va­tifs. Nous n'avons pas voulu les exclure avec cette idée de res­pon­sa­bi­lité. Autre dif­fé­rence : nous met­tons à dis­po­si­tion des filles toute la palette des contra­cep­tifs dis­po­nibles en étant rem­bour­sés. Ce n'est pas une dis­tri­bu­tion de pilules ! Cela passe par un méde­cin, des ana­lyses si néces­saire, avec le souci d'une adap­ta­tion de la contra­cep­tion à leurs besoins. Un véri­table accompagnement.

En quoi le « Pass' Contraception » joue-t-il un rôle éducatif ?

Nous avons mis en place le dis­po­si­tif « Jeunes pour l'égalité », afin de sen­si­bi­li­ser les équipes éduca­tives aux ques­tions d'égalité avec des experts, des pro­fes­sion­nels. Ce tra­vail ira jusqu'à un tra­vail d'expression de ces jeunes contre le sexisme. A tra­vers de l'art plas­tique, du théâtre-forum, des ate­liers d'écriture, ate­liers radio... Nous sommes sur un dis­po­si­tif com­plet, avec un contenu éduca­tif fort.

La contra­cep­tion néces­site une démarche éduca­tive, car elle néces­site une véri­table com­pré­hen­sion. Le Pass' Contraception répond au fait qu'il y ait un nombre impor­tant d'IVG (13.000 chez les moins de 18 ans (3)). Cependant, aujourd'hui de moins en moins de gros­sesses non dési­rées arrivent à terme, ce qui est un pro­grès. L' IVG est un droit très impor­tant car tout le monde peut se tromper. 40% des femmes y ont recours dans leur vie, cela ne concerne pas uni­que­ment les jeunes filles. Il y a égale­ment des rap­ports sexuels non dési­rés et vio­lents. Les rai­sons pour les­quelles les jeunes ont recours à l'IVG sont mul­tiples et ce n'est pas parce que ce sont des « bécasses » ! C'est impor­tant de ne pas stig­ma­ti­ser. Nous don­nons plus de liberté aux jeunes, plus de res­pon­sa­bi­lité et plus de moyens d'accéder à leur autonomie.

Faudrait-il aller plus loin au sein des établis­se­ments (4), l'éducation sexuelle devrait-elle être inté­grée com­plè­te­ment à l'école ?

Normalement les cours d'éducation sexuelle sont obli­ga­toires de la mater­nelle à la fin du lycée, ce devrait être 3 séances chaque année pour les jeunes. Mais l'école mène ce tra­vail de manière inégale, se basant sur de bonnes volon­tés et les connais­sances des ensei­gnants. Si les pro­fes­seurs de SVT peuvent don­ner les détails scien­ti­fiques, ce n'est pas suf­fi­sant. L'éducation à la sexua­lité doit pou­voir faire la pro­mo­tion d'une culture du res­pect et expli­quer ce que c'est qu'être deux par­te­naires, et y faire réflé­chir les jeunes.

Avec ce pro­gramme, nous répon­dons aussi aux pré­oc­cu­pa­tions des vic­times d'homophobie au sein des établis­se­ments. C'est le droit pour cha­cun à être lui-même avec la sexua­lité qui lui convient. Il y a une impli­ca­tion qui va au-delà d'un simple Pass'. Aujourd'hui l'école ne fait pas tout ce tra­vail, car ça ne s'invente pas, ça ne se décrète pas. La culture du res­pect, ce n'est pas juste de le dire. Il faut écou­ter les jeunes, savoir rétor­quer... J'ai par­fois vu des ensei­gnants ne pas réagir à des insultes sexistes car ils sont sidé­rés et ne savent pas répondre. Cette infor­ma­tion doit être dis­po­nible. C'est un tra­vail de for­ma­tion, et aujourd'hui la for­ma­tion des ensei­gnants est gra­ve­ment mena­cée. L'enseignement se fait en classe, mais l'éducation se fait par­tout. Il est temps qu'il y ait une prise en compte plus collective.

Tous les jeunes ont accès  à des sites por­no­gra­phiques, à des publi­ci­tés scan­da­leuses... Cela néces­site que de l'école au lycée, il y ait une véri­table éduca­tion sexuelle, mais aussi non-sexiste. Je crois que le rôle de l'éducation est jus­te­ment de construire des rap­ports entre les êtres humains d'une autre qua­lité. Entre filles et gar­çons, femmes et hommes.

Propos recueillis par Élise Pierre


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Note(s) :
  • (1) La loi du 4 juillet 2001 (2001-588) relative à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) et à la contraception, précise à l’article L. 5134-1. - I. : « Le consentement des titulaires de l’autorité parentale ou, le cas échéant, du représentant légal n’est pas requis pour la prescription, la délivrance ou l’administration de contraceptifs aux personnes mineures ».
  • (2) Laure Lechatellier, vice-présidente chargée de l’Action sociale, des Formations sanitaires et sociales, de la Santé et du Handicap.
  • (3) Selon un rapport de l'inspection des affaires sociales, le nombre d'IVG augmente pour les plus jeunes : environ 13000 IVG (5,7%) concernent des jeunes filles de moins de 18 ans.
  • (4) La circulaire n°2003-027 du 17 février 2003 précise que: « Au sein des écoles et des établissements scolaires, tous les personnels, membres de la communauté éducative, participent explicitement ou non, à la construction individuelle, sociale et sexuée des enfants et adolescents ».

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sdly04
le 6 mai 2011

Une fois de plus je suis sidé­rée de voir à quel point le rôle des infir­mières sco­laires est ignoré. Pour ma part et l'ensemble des col­lègues de mon aca­dé­mie, nous orga­ni­sons, ani­mons ou co-animons des inter­ven­tions en éduca­tion à la sexua­lité. Moi-même, dans mon col­lège tous les élèves de 4ème et de 3ème ont eu 3h d'interventions en éduca­tion à la sexua­lité. Le décret pro­fes­sion­nel régis­sant notre pro­fes­sion nous recon­naît cette com­pé­tence. Pour moi-même et cer­taines de mes col­lègues, j'ai été for­mée pour inter­ve­nir en éduca­tion à la sexua­lité confor­mé­ment au réfé­ren­tiel.
Ce n'est pas parce qu'on est méde­cin, phar­ma­cien ou autre que l'on formé pour inter­ve­nir dans les classes. Les inter­ven­tions doivent cor­res­pondre et être en lien et s'ancrer aux pro­grammes d'enseignement, pour que ces inter­ven­tions aient du sens. Mais puisque les autres savent mieux faire que nous allez-y, ne vous gênez pas, met­tez les infir­mières sco­laires dehors mais assu­mez en plus des inter­ven­tions le suivi et l'écoute que nous dis­pen­sons tous les jours et en par­ti­cu­lier après nos inter­ven­tions dans les classes.

Signaler un com­men­taire inap­pro­prié

Une Ame
le 10 mai 2011

Les pre­miers res­pon­sables de l'éducation sexuelle des enfants sont les parents, pas l'éducation natio­nale. L'école est un orga­nisme sub­si­diaire à qui les parents délèguent l'éducation de leurs enfants. C'est une ingé­rance inad­mis­sible de l'éducation natio­nale dans la vie fami­liale de mettre en place un tel dis­po­si­tif sans aucune concer­ta­tion avec les parents d'élèves. La Région a consulté à peu près tout le monde, sauf les parents.

On est en plein tota­li­ta­risme étatique.

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