29.04.2011
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Philippe Meirieu : « Le consumérisme scolaire entraîne la suspicion »

« L'école fran­çaise est en panne », « les parents comme les élèves ont perdu confiance en l'institution... » Dans l'ouvrage "L'école et son miroir — Regards croi­sés sur l'école d'hier et d'aujourd'hui", le péda­gogue Philippe Meirieu échange avec le psy­cha­na­lyste Jean-Bertrand Pontalis sur sa vision de l'école, et ses espoirs pour l'avenir de l'institution.
Philippe Meirieu, pédagogue

Quelles sont les dif­fé­rences majeures entre « l'école d'hier » et « l'école d'aujourd'hui » ?

Tout dépend ce qu'on nomme « école d'hier » et « école d'aujourd'hui ». Pour cer­tains, « l'école d'hier » – qu'ils lient à leur propre jeu­nesse et à leur propre réus­site – était néces­sai­re­ment meilleure, car plus sélec­tive. Et, effec­ti­ve­ment, plus une école est sélec­tive, plus elle obtient de meilleurs résul­tats... Disons donc que « l'école d'aujourd'hui », en com­pa­rai­son à celle d'hier, démocratise l'accès à l'Éducation, sans pour autant garan­tir de bons résultats.

A cet égard, « l'école d'aujourd'hui » n'a pas encore com­plè­te­ment émergé, car nous avons trop cru qu'il suf­fi­sait d'en démo­cra­ti­ser l'accès pour démo­cra­ti­ser la réus­site. A ce jour, nous n'avons pas encore construit des modes de fonc­tion­ne­ment, des péda­go­gies, capables de prendre en charge et d'accompagner, de manière à la fois per­son­na­li­sée et col­lec­tive, tous les élèves. Ajoutons à cela des évolu­tions socio­lo­giques majeures qui imposent de repen­ser des ques­tions fon­da­men­tales, comme la lutte contre le zap­ping men­tal ou la construc­tion d'un cadre struc­tu­rant... et vous aurez une idée de l'importance des défis que nous avons à relever !

Dans L'École et son miroir, vous écri­vez : « Les parents comme les élèves ne sont plus dans la confiance aveugle à l'égard de l'institution sco­laire et des ses maîtres » : com­ment expliquez-vous ce changement ?

C'est une évolu­tion qui touche tous les domaines. Elle com­porte un volet inquié­tant : la méfiance sys­té­ma­tique à l'égard de maîtres et de l'institution sco­laire ; une forme de « consu­mé­risme » sco­laire qui amène les élèves et leurs familles à recher­cher le meilleur rap­port qualité/prix.  Cela entraîne la sus­pi­cion, la peur d'être lésé, la judi­cia­ri­sa­tion des rela­tions entre les acteurs de l'École... Je crains qu'on ne puisse reve­nir en arrière, même de manière autoritaire, car ceux-là même qui dénoncent ce phé­no­mène au plan socio­lo­gique et poli­tique adoptent ces com­por­te­ments quand il s'agit de leurs propres enfants. La véri­table ques­tion est : com­ment prendre en compte ces demandes indi­vi­duelles pour les trans­for­mer en exi­gence col­lec­tive ? Comment renouer le dia­logue entre les acteurs sur des bases construc­tives, autour de la recherche du bien com­mun et non au tra­vers de reven­di­ca­tions indi­vi­duelles ? Il s'agit bien de construire les condi­tions d'un nou­veau pacte sco­laire entre l'École et la Nation. Un pacte où la pro­messe sco­laire soit suf­fi­sante pour que cha­cun en accepte les règles.


L'école et son miroir

Dans L'école et son miroir — Regards croi­sés sur l'école d'hier et d'aujourd'hui paru le 3 mars der­nier aux Editions Jacob Duvernet, Philippe Meirieu, cher­cheur, pro­fes­seur, spé­cia­liste en sciences de l'éducation et en péda­go­gie, échange sur l'École, son passé, son pré­sent et ses carences avec Jean-Bertrand Pontalis, phi­lo­sophe, écri­vain et psy­cha­na­lyste.


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Vous écri­vez égale­ment que « l'école fran­çaise est en panne » : à quel(s) niveau(x) et pour­quoi ce constat ?

Notre école n'est plus un outil de pro­mo­tion sociale. Elle décou­rage les plus modestes et ne leur assure même pas le niveau mini­mum de réus­site qui leur per­met­trait de ne pas se sen­tir exclus. Et, sur­tout, notre école s'est « dés ins­ti­tu­tion­na­li­sée » : elle n'est plus une ins­ti­tu­tion, mais un ser­vice, un vaste ensemble de ser­vices de tous ordres où les indi­vi­dus cherchent la satis­fac­tion de leurs inté­rêts. Les établis­se­ments sont deve­nus des lieux de pas­sage peu ou mal struc­tu­rés, sans véri­table col­lec­tif, sans rituels forts, sans pro­jets clairs.

Que faudrait-il faire pour que ça change ? Quelles nou­velles mis­sions doit se fixer l'École ?

Je crois qu'il faut « ré ins­ti­tu­tion­na­li­ser » l'école : défi­nir un cahier des charges natio­nal rigou­reux sur les obli­ga­tions des établis­se­ments. Favoriser, dans cha­cun d'entre eux, un vrai tra­vail d'équipe et une prise en charge conti­nue appro­fon­die des élèves. Améliorer la péda­go­gie en la cen­trant sur le tra­vail effec­tif en classe...

Propos recueillis par Gérald Dudouet

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Jean Chol
le 1 mai 2011

Tout est résumé en forme dun aveu de cet expert "péda­go­giste" des années 90 : " A cet égard, « l'école d'aujourd'hui » n'a pas encore com­plè­te­ment émergé, car nous avons trop cru qu'il suf­fi­sait d'en démo­cra­ti­ser l'accès pour démo­cra­ti­ser la réus­site.". Ce "nous" est bien noté et il montre bien les 20 ans d'errance dans lequels Monsieur MEIRIEU nous a baladé au détri­ment des élèves destruc­tu­rés par ses pres­crip­tions déma­go­giques qui sont main­te­nant des citoyens fra­gi­li­sés dans lenou­veau contexte social et poli­tique actuel.
Jean Chol POIVRESSELLE

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akenaton
le 3 mai 2011

L'école n'est pas en panne. Elle n'a tout sim­ple­ment plus de pilote. Ou plus exac­te­ment tous les établis­se­ments sco­laires pos­sèdent leur propre pilote. Ce qui ne peut pas per­mettre une homo­gé­néï­sa­tion de la culture et une trans­mis­sion, construc­tion des connais­sances uni­ver­sel­le­ment recon­nues. Si Philippe Meirieu veut que l'école se ré ins­ti­tu­tion­na­lise, il est néces­saire de recou­rir au main­tien de la natio­na­li­sa­tion de l'éducation et à la recon­nais­sance de l'instruction chère à Condorcet.

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