Le collège expérimental qui bannit les notes et mélange les âges

Ouvert suite à la création du Conseil national de l’innovation pour la réussite scolaire, le collège expérimental Anne Frank, au Mans, ne note aucun de ses élèves et les laisse choisir leur programme, afin de permettre aux collégiens de retrouver le goût de l’école et le plaisir d’apprendre. Zoom sur ce collège à la pédagogie innovante qui fête ses 10 ans cette année.

« Quand j’étais instituteur remplaçant, à chaque nouvelle classe, les enfants s’empressaient de m’indiquer qui était le premier de la classe, et qui était dernier ou le plus dissipé ! ». Voilà notamment pourquoi Eric Demougin, coordinateur au collège Anne Frank au Mans (Sarthe), apprécie cet établissement expérimental où les élèves ne sont pas notés ni séparés selon leur âge, afin de permettre à l’élève de sortir des préjugés. Suite à la création du Conseil national de l’innovation pour la réussite scolaire,  le collège Anne Frank a été ouvert en 2001 à l’initiative de Marie-Danielle Pierrelée (1) et de parents d’élèves attirés par une nouvelle pédagogie pour leurs enfants, où l’enseignement est adapté au rythme et à la demande de chaque enfant.

Pas de note ni de sanction

Plus de classe définie par un même âge donc, mais des groupes qui se font et se défont en fonction des cours et selon des cycles. Chaque élève choisit sur le planning, avec l’aide de son tuteur, le cours qu’il souhaite suivre en respectant un cycle qui peut être de une à six semaines. Mathieu ne veut plus entendre parler des maths ? Il pourra ne pas suivre ce cours pendant plusieurs cycles, jusqu’au moment où, ayant repris assez confiance en lui, il acceptera de lui-même de retrouver le chemin des équations. « Certes le mur existe toujours, mais il a été reculé, le temps de trouver la force en soi pour le franchir », synthétise Eric Demougin.

Autre particularité fondamentale dans ce collège expérimental, l’absence de notation.  « Toute la violence, qui peut être perçue par l’élève avec les notes et surtout la comparaison avec les autres, est ainsi annihilée ». Les professeurs et les élèves, qui se tutoient entre eux, donnent des évaluations au cours et à sa compréhension et un bulletin trimestriel reprend ces indications. Pas de note au collège Anne Frank, pas de sanction, ni de règlement intérieur non plus. « Notre structure ne se base que sur l’acceptation par tous d’un vouloir vivre en commun qui se traduit par l’usage intensif de la médiation, et ça marche !»

Collège pour tous… dans des préfabriqués

Le collège Anne Frank accueille tous les collégiens : en difficultés scolaires ou disciplinaires mais aussi des enfants précoces, handicapés ou tout simplement qui souhaitent un autre système pour apprendre avec plus de liberté. Aujourd’hui, le collège accueille  96 élèves pour 16 membres de l’équipe pédagogique, dont 11 professeurs qui travaillent 24 heures et qui sont choisis sur profil. Il fêtera cette année ses 10 ans d’existence, et voici venue l’heure du bilan.

D’un point de vue matériel tout d’abord, les préfabriqués installés dans la cour du collège Ronsard du Mans ont visiblement perdu leur fonction temporaire. Mais la situation semble bloquée. En effet, l’inspection académique ne reconnaissant pas la pérennité du collège qui est « expérimental », le Conseil Général refuse la construction de locaux en durs.

D’un point de vue scolaire, pas facile de quantifier les résultats pour une structure qui n’aime pas les chiffres, mais pour 75% des élèves, ce sera la filière professionnelle ou l’apprentissage et pour les 25% restant, la filière générale. « Le taux de réussite au brevet est plus bas que la moyenne nationale mais on n’y mesure que des acquis et non des capacités à apprendre, ce que nos jeunes mettront en valeur par la suite dans leur cursus. Grâce à notre collège, ils retrouvent une réelle confiance en eux, une facilité d’intégration et une autonomie nouvelle », conclut le coordinateur manceau, qui se base sur une enquête réalisée auprès des anciens élèves à l’occasion des 10 ans du collège.

Bérengère de Portzamparc

Note(s) :
  • (1) auteur de l’Insurgée (éd. Seuil, 2000) et de Pourquoi vos enfants s’ennuient en classe ? (Éd. Syros, 1999). Elle est par ailleurs la fondatrice de l’Auto-école ( http://ecolesdifferentes.free.fr/art23a.htm ) en Seine-Saint-Denis.

4 commentaires sur "Le collège expérimental qui bannit les notes et mélange les âges"

  1. Krokodilo  30 avril 2011 à 10 h 57 min

    Tous les établissements pourraient user partiellement de ce mode de fonctionnement. Notamment par modules interclasses quelques après-midis par semaine. Plutôt que de regrouper les élèves selon leur « choix » de langue (celui-ci étant plus que limité), une répartition simple, avec des modules de renforcement librement choisis, en langues mais aussi dans les autres matières selon les aptitudes et les goûts – par cycles courts comme dans cet établissement.Signaler un abus

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  2. Raoul  4 mai 2011 à 16 h 20 min

    Très intéressant. Voir également le Lycée Ermesinde à Luxembourg (lycée public pour lequel de nouveaux bâtiments sont en voie d’achèvement) où les notes n’existent plus depuis sa création en 2005.Signaler un abus

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  3. JEAN-PIERRE JOUANY  4 mai 2011 à 17 h 46 min

    Est-il possible de mesurer l’impact des points suivants :
    Le recrutement des professeurs selon leur profil
    Le rapport Nombre de membres de l’équipe éducative sur le nombre d’élèves
    Par ailleurs que sont devenus les 250 anciens élèves?
    A titre personnel, j’ai toujours considéré que forcer les élèves à « s’adapter » aux critères nationaux était cause d’échec. Echec qui se poursuit dans le temps et se traduit par le pourcentage élevé de jeunes qui souffrent au collège.Signaler un abus

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  4. Squeniart  4 mai 2011 à 20 h 49 min

    Je n’aime pas dire du mal de mes collègues mais si ce projet peut convaincre quelqu’un, je me demande comment. Des enseignants à 24 heures (3 profs = 1 poste), des élèves qui choisissent leurs matières au gré de leurs envies, la méfiance de l’inspection académique et du conseil général, des résultats chiffrés décevants, le tutoiement de bon aloi comme art de vivre et « l’usage intensif de la médiation » (on devine le b…..l !) : qui pense à transmettre quoi que ce soit dans des conditions sociales, pédagogiques et matérielles aussi déplorables ?Signaler un abus

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