29.04.2011
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Le collège expérimental qui bannit les notes et mélange les âges

Ouvert suite à la créa­tion du Conseil natio­nal de l'innovation pour la réus­site sco­laire, le col­lège expé­ri­men­tal Anne Frank, au Mans, ne note aucun de ses élèves et les laisse choi­sir leur pro­gramme, afin de per­mettre aux col­lé­giens de retrou­ver le goût de l'école et le plai­sir d'apprendre. Zoom sur ce col­lège à la péda­go­gie inno­vante qui fête ses 10 ans cette année.

« Quand j'étais ins­ti­tu­teur rem­pla­çant, à chaque nou­velle classe, les enfants s'empressaient de m'indiquer qui était le pre­mier de la classe, et qui était der­nier ou le plus dis­sipé ! ». Voilà notam­ment pour­quoi Eric Demougin, coor­di­na­teur au col­lège Anne Frank au Mans (Sarthe), appré­cie cet établis­se­ment expé­ri­men­tal où les élèves ne sont pas notés ni sépa­rés selon leur âge, afin de per­mettre à l'élève de sor­tir des préjugés. Suite à la créa­tion du Conseil natio­nal de l'innovation pour la réus­site sco­laire,  le col­lège Anne Frank a été ouvert en 2001 à l'initiative de Marie-Danielle Pierrelée (1) et de parents d'élèves atti­rés par une nou­velle péda­go­gie pour leurs enfants, où l'enseignement est adapté au rythme et à la demande de chaque enfant.

Pas de note ni de sanction

Plus de classe défi­nie par un même âge donc, mais des groupes qui se font et se défont en fonc­tion des cours et selon des cycles. Chaque élève choi­sit sur le plan­ning, avec l'aide de son tuteur, le cours qu'il sou­haite suivre en res­pec­tant un cycle qui peut être de une à six semaines. Mathieu ne veut plus entendre par­ler des maths ? Il pourra ne pas suivre ce cours pen­dant plu­sieurs cycles, jusqu'au moment où, ayant repris assez confiance en lui, il accep­tera de lui-même de retrou­ver le che­min des équa­tions. « Certes le mur existe tou­jours, mais il a été reculé, le temps de trou­ver la force en soi pour le fran­chir », syn­thé­tise Eric Demougin.

Autre par­ti­cu­la­rité fon­da­men­tale dans ce col­lège expé­ri­men­tal, l'absence de nota­tion.  « Toute la vio­lence, qui peut être per­çue par l'élève avec les notes et sur­tout la com­pa­rai­son avec les autres, est ainsi anni­hi­lée ». Les pro­fes­seurs et les élèves, qui se tutoient entre eux, donnent des évalua­tions au cours et à sa com­pré­hen­sion et un bul­le­tin tri­mes­triel reprend ces indi­ca­tions. Pas de note au col­lège Anne Frank, pas de sanc­tion, ni de règle­ment inté­rieur non plus. « Notre struc­ture ne se base que sur l'acceptation par tous d'un vou­loir vivre en com­mun qui se tra­duit par l'usage inten­sif de la média­tion, et ça marche !»

Collège pour tous... dans des préfabriqués

Le col­lège Anne Frank accueille tous les col­lé­giens : en dif­fi­cul­tés sco­laires ou dis­ci­pli­naires mais aussi des enfants pré­coces, han­di­ca­pés ou tout sim­ple­ment qui sou­haitent un autre sys­tème pour apprendre avec plus de liberté. Aujourd'hui, le col­lège accueille  96 élèves pour 16 membres de l'équipe péda­go­gique, dont 11 pro­fes­seurs qui tra­vaillent 24 heures et qui sont choi­sis sur pro­fil. Il fêtera cette année ses 10 ans d'existence, et voici venue l'heure du bilan.

D'un point de vue maté­riel tout d'abord, les pré­fa­bri­qués ins­tal­lés dans la cour du col­lège Ronsard du Mans ont visi­ble­ment perdu leur fonc­tion temporaire. Mais la situa­tion semble blo­quée. En effet, l'inspection aca­dé­mique ne recon­nais­sant pas la péren­nité du col­lège qui est "expé­ri­men­tal", le Conseil Général refuse la construc­tion de locaux en durs.

D'un point de vue sco­laire, pas facile de quan­ti­fier les résul­tats pour une struc­ture qui n'aime pas les chiffres, mais pour 75% des élèves, ce sera la filière pro­fes­sion­nelle ou l'apprentissage et pour les 25% res­tant, la filière géné­rale. « Le taux de réus­site au bre­vet est plus bas que la moyenne natio­nale mais on n'y mesure que des acquis et non des capa­ci­tés à apprendre, ce que nos jeunes met­tront en valeur par la suite dans leur cur­sus. Grâce à notre col­lège, ils retrouvent une réelle confiance en eux, une faci­lité d'intégration et une auto­no­mie nou­velle », conclut le coor­di­na­teur man­ceau, qui se base sur une enquête réa­li­sée auprès des anciens élèves à l'occasion des 10 ans du collège.

Bérengère de Portzamparc


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Note(s) :
  • (1) auteur de l’Insurgée (éd. Seuil, 2000) et de Pourquoi vos enfants s’ennuient en classe ? (Éd. Syros, 1999). Elle est par ailleurs la fondatrice de l’Auto-école ( http://ecolesdifferentes.free.fr/art23a.htm ) en Seine-Saint-Denis.

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Krokodilo
le 30 avril 2011

Tous les établis­se­ments pour­raient user par­tiel­le­ment de ce mode de fonc­tion­ne­ment. Notamment par modules inter­classes quelques après-midis par semaine. Plutôt que de regrou­per les élèves selon leur "choix" de langue (celui-ci étant plus que limité), une répar­ti­tion simple, avec des modules de ren­for­ce­ment libre­ment choi­sis, en langues mais aussi dans les autres matières selon les apti­tudes et les goûts — par cycles courts comme dans cet établissement.

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Raoul
le 4 mai 2011

Très inté­res­sant. Voir égale­ment le Lycée Ermesinde à Luxembourg (lycée public pour lequel de nou­veaux bâti­ments sont en voie d'achèvement) où les notes n'existent plus depuis sa créa­tion en 2005.

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JEAN-PIERRE JOUANY
le 4 mai 2011

Est-il pos­sible de mesu­rer l'impact des points sui­vants :
Le recru­te­ment des pro­fes­seurs selon leur pro­fil
Le rap­port Nombre de membres de l'équipe éduca­tive sur le nombre d'élèves
Par ailleurs que sont deve­nus les 250 anciens élèves?
A titre per­son­nel, j'ai tou­jours consi­déré que for­cer les élèves à "s'adapter" aux cri­tères natio­naux était cause d'échec. Echec qui se pour­suit dans le temps et se tra­duit par le pour­cen­tage élevé de jeunes qui souffrent au collège.

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Squeniart
le 4 mai 2011

Je n'aime pas dire du mal de mes col­lègues mais si ce pro­jet peut convaincre quelqu'un, je me demande com­ment. Des ensei­gnants à 24 heures (3 profs = 1 poste), des élèves qui choi­sissent leurs matières au gré de leurs envies, la méfiance de l'inspection aca­dé­mique et du conseil géné­ral, des résul­tats chif­frés déce­vants, le tutoie­ment de bon aloi comme art de vivre et "l'usage inten­sif de la média­tion" (on devine le b.....l !) : qui pense à trans­mettre quoi que ce soit dans des condi­tions sociales, péda­go­giques et maté­rielles aussi déplorables ?

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