27.04.2011
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Peut-on se passer du nucléaire ?

L'accident sur­venu à la cen­trale nucléaire de Fukushima a relancé le débat sur cette éner­gie. Mais la France peut-elle s'en pas­ser ? Eléments de réponse avec deux spé­cia­listes : Monique Sené et Francis Sorin.
Monique Sené et Francis Sorin, spécialistes de l'énergie nucléaire

Monique Sené et Francis Sorin, spécialistes de l'énergie nucléaire (lire encadré "Bio" ci-dessous).

Pour abor­der ce thème d'actualité en classe, consul­tez notre fiche péda­go­gique sur "L'énergie nucléaire".

Environ 80% de l'électricité pro­duite en France pro­vient du nucléaire. Peut-on envi­sa­ger de faire un jour l'impasse sur cette énergie ?

Monique Sené : Dans l'immédiat, non, évidem­ment, sauf pour les équi­pe­ments vieux ou dou­teux. Mais rien n'empêche d'imaginer une sor­tie du nucléaire à plus long terme. A condi­tion de prendre le pro­blème à bras le corps, de déve­lop­per la recherche sur les éner­gies renou­ve­lables et de se doter d'un pro­gramme pour satis­faire les besoins du pays en élec­tri­cité. Il faut aussi réduire le gas­pillage : iso­ler les mai­sons, offrir aux usines des tech­no­lo­gies moins éner­gé­ti­vores... En équi­pant les toits de cap­teurs solaires, on réduit déjà la dépense éner­gé­tique de moi­tié pour chauf­fer l'eau. En dix ou vingt ans, on peut chan­ger de cap. Le nucléaire ne repré­sente que 20% de la consom­ma­tion totale d'énergie en France, avec le gaz, le pétrole... Et n'oublions pas que l'uranium n'est pas renou­ve­lable : il est amené à se raré­fier, à deve­nir plus cher, voire à disparaître.


Bio

Monique Sené
Ancienne cher­cheuse en phy­sique nucléaire et en phy­sique des par­ti­cules au CNRS, Monique Sené est aujourd'hui pré­si­dente du Groupement de scien­ti­fiques pour l'information nucléaire (GSIEN) et rédac­trice de la Gazette Nucléaire.

Francis Sorin
Journaliste scien­ti­fique spé­cia­lisé dans le domaine de l'énergie, Francis Sorin est direc­teur du pôle infor­ma­tion de la Société fran­çaise d'énergie nucléaire (SFEN), rédac­teur en chef de la Revue géné­rale nucléaire et auteur de nom­breux livres sur le sujet, dont Le nucléaire et la pla­nète, dix clés pour com­prendre, 2009, éditions Grancher.

Francis Sorin : La France n'a rien à gagner à sor­tir du nucléaire mais beau­coup à perdre. Cela la condui­rait à un recul stra­té­gique écono­mique et envi­ron­ne­men­tal. Dans la mesure où nous n'avons ni char­bon, ni pétrole, ni gaz, cette éner­gie garan­tit notre indé­pen­dance. Elle nous met à l'abri des crises et des aléas du mar­ché. D'autant plus qu'Areva, qui béné­fi­cie de stocks d'uranium pour plu­sieurs années, dis­pose de droits de pro­priété dans plu­sieurs pays pour la pro­duc­tion de ce mine­rai. Le nucléaire nous per­met aussi de pro­duire de l'électricité à un coût rai­son­nable, 30% moins cher que la moyenne euro­péenne, qui com­prend les frais de déman­tè­le­ment et de sto­ckage des déchets. Autre avan­tage : le nucléaire n'émet pas de gaz à effet de serre, d'oxyde d'azote, de dioxyde de soufre ou de par­ti­cules fines, ce qui nous place, avec la Suède, en tête des pays indus­triels les plus per­for­mants pour la pré­ser­va­tion de l'environnement.

Quelles seraient les consé­quences écono­miques de l'arrêt du nucléaire pour notre pays ?

Francis Sorin : Il nous obli­ge­rait à des achats mas­sifs de gaz à l'étranger, pour des mon­tants de 10 à 25 mil­liards d'euros par an ! Conséquence : les Français paie­raient leur élec­tri­cité beau­coup plus cher. Et il nous pri­ve­rait de l'exportation d'équipements et de ser­vices nucléaires qui rap­portent, en moyenne, 6 mil­liards d'euros par an.
Monique Sené : On n'estime pas à son juste prix la pro­duc­tion élec­trique nucléaire. Elle semble moins chère que les autres types d'électricité. Mais cela est faux, car on ne prend pas en compte le coût réel du déman­tè­le­ment des cen­trales. Les impré­vus font explo­ser les bud­gets. Par ailleurs, l'arrêt des cen­trales et leur déman­tè­le­ment repré­sente un gise­ment non négli­geable de nou­veaux emplois pour vingt à trente ans.

N'existe-t-il pas des pistes pro­met­teuses en termes de diver­si­fi­ca­tion énergétique ?

Monique Sené : Beaucoup de choses sont pos­sibles mais il faut le vou­loir. Avec des com­mandes à l'appui, pour faire bais­ser les prix et ren­for­cer la fia­bi­lité des pro­duits. Je pense qu'il faut rai­son­ner glo­ba­le­ment, en envi­sa­geant le pas­sage d'une éner­gie vers l'autre, et loca­le­ment, en exploi­tant les pos­si­bi­li­tés spé­ci­fiques de chaque ter­ri­toire : soleil dans le sud, lisier et éoliennes en Bretagne, ordures ména­gères et pan­neaux vol­taïques dans les grandes villes, bois et géo­ther­mie ailleurs... On ne peut pas récu­pé­rer la même éner­gie par­tout. Il faut faire feu de tout bois. Il existe des marges de pro­gres­sion impor­tante en termes de ren­de­ment. Mais, en France, la quasi-totalité des bud­gets de recherche pour l'énergie sont dévo­lus au nucléaire. Essayons de rat­tra­per les choses... Il y a eu des ten­ta­tives de ce type à la fin des années 70, puis le nucléaire s'est imposé et les recherches alter­na­tives se sont arrê­tées.
Francis Sorin : L'apport des éner­gies renou­ve­lables (ENR) est sou­hai­table mais lar­ge­ment sur­es­timé. De même que les pos­si­bi­li­tés d'économie d'énergie. La plu­part des ENR ne peuvent être que des éner­gies d'appoint en rai­son de leur inter­mit­tence. Ce n'est pas avec des éoliennes et des pan­neaux solaires que l'on fait fonc­tion­ner le réseau SNCF ! Le poten­tiel de ces ENR est certes impor­tant — elles pour­raient four­nir 30% de l'énergie mon­diale en 2050 -, mais il serait illu­soire de les consi­dé­rer comme la pana­cée qui va régler tous les pro­blèmes. Il est absurde d'opposer ENR et nucléaire. C'est l'addition des deux qui peut per­mettre de résoudre le pro­blème éner­gé­tique et cli­ma­tique mondial.

Propos recueillis par Nadia Gorbatko

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pascal
le 29 avril 2011

cela peut être intéressant

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caroline78
le 8 juin 2011

Il est vrai que l'uranium sera bien­tôt épuisé, alors autant envi­sa­ger tout de suite la sor­tie du nucléaire. La pré­pa­rer en orien­tant les recherches non plus vers le nucléaire, mais vers les éner­gies renou­ve­lables, comme le font les autres pays.
Il faut oser s'orienter dif­fé­rem­ment. D'ailleurs, la plu­part des pays de la pla­nète n'ont pas de cen­trales nucléaires.

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