22.04.2011
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Quel avenir pour l'enseignement technologique ?

Treize asso­cia­tions viennent de deman­der le report de la réforme des pro­grammes de pre­mière tech­no­lo­gique qui doit entrer en vigueur à la ren­trer pro­chaine. Elles estiment en effet que la spé­ci­fi­cité de la voie tech­no­lo­gique est mena­cée. Thierry Reygades est secré­taire natio­nal du Snes-FSU, chargé de l'enseignement technologique.

Thierry Reygades

Avant d'évoquer son ave­nir, quel état des lieux dresseriez-vous de l'enseignement tech­no­lo­gique aujourd'hui ?

On pré­tend sou­vent que la voie tech­no­lo­gique a du mal à se posi­tion­ner entre les voies géné­rale et pro­fes­sion­nelle. En fait, elle l'est par­fai­te­ment. Plutôt que d'apprendre des gestes pro­fes­sion­nels ou des savoirs sou­vent uni­ver­si­taires, elle doit per­mettre d'acquérir des outils d'analyse, de concep­tion, de pro­duc­tion ou de recy­clage des sys­tèmes tech­niques pour, ensuite s'ouvrir sur une pro­fes­sion­na­li­sa­tion dans l'enseignement supé­rieur : en BTS, école d'ingénieur ou même dans le ter­tiaire avec les écoles de com­merce. Les ensei­gne­ments tech­no­lo­giques sont donc com­plexes, au sens noble du terme, et néces­sitent l'emploi d'outils péda­go­giques spé­ci­fiques. Or, aujourd'hui, la réforme géné­ra­lise les ensei­gne­ments, et les séries mises en place ne cor­res­pondent plus à des sec­teurs de l'activité indus­trielle. En la déna­tu­rant, on fait donc perdre sa rai­son d'être à la voie technologique.

La réforme du Capet (1) vous semble, à cet égard, emblématique...

Elle va effec­ti­ve­ment tout à fait dans ce sens. Il y a d'abord le fait de mettre un seul Capet en place, mais il n'y a pas que cela. Quand on regarde son contenu, il ne per­met plus d'interroger les can­di­dats sur leur connais­sance des champs tech­no­lo­giques. C'est devenu un concours com­plè­te­ment trans­ver­sal, où des ques­tions aussi impor­tantes que les pro­blèmes de sécu­rité ne sont même plus du tout abordées.


Pourquoi estimez-vous que le sort réservé à l'enseignement technologique est fondamental pour le lycée en général ?

Si vous regar­dez l'origine sociale des jeunes, la voie pro­fes­sion­nelle se décale vers les caté­go­ries les plus modestes ; la voie géné­rale, vers les plus favo­ri­sées. La répar­ti­tion socio­pro­fes­sion­nelle des jeunes qui entrent dans la voie tech­no­lo­gique cor­res­pond, à quelques points près, à celle de la popu­la­tion. Elle est donc fon­da­men­tale pour la struc­ture du lycée que l'on cherche à obte­nir. C'est par elle que passe sa démo­cra­ti­sa­tion. Si l'on sup­pri­mait la voie tech­no­lo­gique, on se retrou­ve­rait avec une espèce d'apartheid social, avec deux voies qui ne com­mu­ni­que­raient pas du tout. On parle beau­coup de pas­se­relles entre les dif­fé­rentes voies de for­ma­tion. Toutes ces pas­se­relles empruntent la voie technologique.

Vous êtes pour­tant par­ti­san d'une réforme de l'enseignement tech­no­lo­gique. Que conviendrait-il donc de faire ?

Il y a deux choses. Il faut d'abord reprendre cette réforme et recons­truire les pro­grammes autour de champs tech­no­lo­giques attrac­tifs et per­ti­nents, sus­cep­tibles d'attirer les jeunes vers ces séries : la pro­duc­tion et la ges­tion de l'énergie, les sys­tèmes méca­niques de l'automobile et des trans­ports, le génie civil, l'électronique et l'informatique... Il fau­drait ensuite don­ner le temps aux jeunes d'acquérir, dans ces domaines, des connais­sances appro­fon­dies. Au lieu de cela, on leur impose un tronc com­mun qui ne vise qu'à écono­mi­ser des postes et deux heures heb­do­ma­daires d'accompagnement per­son­na­lisé qui ne servent à rien, puisque l'on sait très bien que, dans les for­ma­tions tech­no­lo­giques, le suivi des élèves est, par essence, individuel.

N'y a-t-il vrai­ment rien à sau­ver de la réforme ?

Si. La réforme de la série STD2A, Sciences et tech­no­lo­gies du design et des arts appli­qués, a été très bien menée. A par­tir d'une simple spé­cia­lité, on a créé une série spé­ci­fique qui n'existait pas aupa­ra­vant. Les ensei­gne­ments géné­raux y ont notam­ment été construits en syner­gie avec les champs tech­no­lo­giques étudiés, de manière à ce qu'ils se répondent, s'alimentent et se donnent sens. Le modèle de ce qui a été fait pour les arts appli­qués aurait dû être pris pour quatre ou cinq autres séries indus­trielles et pour les séries STG. Il prouve en tout cas que c'est pos­sible, et que ce que nous pro­po­sons n'est pas tota­le­ment utopique !

En atten­dant, pour l'heure, com­ment voyez-vous l'avenir de l'enseignement technologique ?

Compte tenu de la com­mu­ni­ca­tion catas­tro­phique qui entoure cette réforme, nous redou­tons d'abord un dés­in­té­rêt des jeunes pour la voie tech­no­lo­gique. Or, s'il y a moins de jeunes, des sec­tions vont fer­mer, ce qui ne pourra qu'accroître la désaf­fec­tion... Nous crai­gnons donc de nous retrou­ver dans une spi­rale infer­nale. Pour ce qui est des conte­nus, même si ce qui est écrit sur le papier est extrê­me­ment inquié­tant, nous connais­sons suf­fi­sam­ment les ensei­gnants des séries tech­no­lo­giques pour savoir qu'ils vont modi­fier les pro­grammes de façon à main­te­nir ce qui en fait l'âme.

Patrick Lallemant

Note(s) :
  • (1) Un seul concours regroupe désormais le recrutement des enseignants de Technologie en collège, de STI en lycée technique et de Sciences de l’Ingénieur en S.
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sti
le 22 avril 2011

Quel ave­nir ? Il faut peut-être deman­der à l'individu inter­viewé au début du site. Je pense en effet que Mme Théophile doit avoir une petite idée sur la ques­tion.
Quel ave­nir alors? A mon avis c'est la fin de cette filière tech­no­lo­gique qui sera à terme absor­bée par la filière S option sciences de l'ingénieur. Pour exemple, le nombre de voeux d'orientation des élèves de seconde après le deuxième tri­mestre prévu dans mon établis­se­ment est de moins de 30 alors qu'il est envi­sagé d'ouvrir 3 classes de 1ère sti2d de 30 élèves cha­cunes soit 90 élèves.

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