Quel avenir pour l’enseignement technologique ?

En pratique

Treize associations viennent de demander le report de la réforme des programmes de première technologique qui doit entrer en vigueur à la rentrer prochaine. Elles estiment en effet que la spécificité de la voie technologique est menacée. Thierry Reygades est secrétaire national du Snes-FSU, chargé de l'enseignement technologique.

Avant d’évoquer son avenir, quel état des lieux dresseriez-vous de l’enseignement technologique aujourd’hui ?

On prétend souvent que la voie technologique a du mal à se positionner entre les voies générale et professionnelle. En fait, elle l’est parfaitement. Plutôt que d’apprendre des gestes professionnels ou des savoirs souvent universitaires, elle doit permettre d’acquérir des outils d’analyse, de conception, de production ou de recyclage des systèmes techniques pour, ensuite s’ouvrir sur une professionnalisation dans l’enseignement supérieur : en BTS, école d’ingénieur ou même dans le tertiaire avec les écoles de commerce. Les enseignements technologiques sont donc complexes, au sens noble du terme, et nécessitent l’emploi d’outils pédagogiques spécifiques. Or, aujourd’hui, la réforme généralise les enseignements, et les séries mises en place ne correspondent plus à des secteurs de l’activité industrielle. En la dénaturant, on fait donc perdre sa raison d’être à la voie technologique.

La réforme du Capet (1) vous semble, à cet égard, emblématique…

Elle va effectivement tout à fait dans ce sens. Il y a d’abord le fait de mettre un seul Capet en place, mais il n’y a pas que cela. Quand on regarde son contenu, il ne permet plus d’interroger les candidats sur leur connaissance des champs technologiques. C’est devenu un concours complètement transversal, où des questions aussi importantes que les problèmes de sécurité ne sont même plus du tout abordées.

Vous êtes pourtant partisan d’une réforme de l’enseignement technologique. Que conviendrait-il donc de faire ?

Il y a deux choses. Il faut d’abord reprendre cette réforme et reconstruire les programmes autour de champs technologiques attractifs et pertinents, susceptibles d’attirer les jeunes vers ces séries : la production et la gestion de l’énergie, les systèmes mécaniques de l’automobile et des transports, le génie civil, l’électronique et l’informatique… Il faudrait ensuite donner le temps aux jeunes d’acquérir, dans ces domaines, des connaissances approfondies. Au lieu de cela, on leur impose un tronc commun qui ne vise qu’à économiser des postes et deux heures hebdomadaires d’accompagnement personnalisé qui ne servent à rien, puisque l’on sait très bien que, dans les formations technologiques, le suivi des élèves est, par essence, individuel.

N’y a-t-il vraiment rien à sauver de la réforme ?

Si. La réforme de la série STD2A, Sciences et technologies du design et des arts appliqués, a été très bien menée. A partir d’une simple spécialité, on a créé une série spécifique qui n’existait pas auparavant. Les enseignements généraux y ont notamment été construits en synergie avec les champs technologiques étudiés, de manière à ce qu’ils se répondent, s’alimentent et se donnent sens. Le modèle de ce qui a été fait pour les arts appliqués aurait dû être pris pour quatre ou cinq autres séries industrielles et pour les séries STG. Il prouve en tout cas que c’est possible, et que ce que nous proposons n’est pas totalement utopique !

En attendant, pour l’heure, comment voyez-vous l’avenir de l’enseignement technologique ?

Compte tenu de la communication catastrophique qui entoure cette réforme, nous redoutons d’abord un désintérêt des jeunes pour la voie technologique. Or, s’il y a moins de jeunes, des sections vont fermer, ce qui ne pourra qu’accroître la désaffection… Nous craignons donc de nous retrouver dans une spirale infernale. Pour ce qui est des contenus, même si ce qui est écrit sur le papier est extrêmement inquiétant, nous connaissons suffisamment les enseignants des séries technologiques pour savoir qu’ils vont modifier les programmes de façon à maintenir ce qui en fait l’âme.

Pourquoi estimez-vous que le sort réservé à l’enseignement technologique est fondamental pour le lycée en général ?

Si vous regardez l’origine sociale des jeunes, la voie professionnelle se décale vers les catégories les plus modestes ; la voie générale, vers les plus favorisées. La répartition socioprofessionnelle des jeunes qui entrent dans la voie technologique correspond, à quelques points près, à celle de la population. Elle est donc fondamentale pour la structure du lycée que l’on cherche à obtenir. C’est par elle que passe sa démocratisation. Si l’on supprimait la voie technologique, on se retrouverait avec une espèce d’apartheid social, avec deux voies qui ne communiqueraient pas du tout. On parle beaucoup de passerelles entre les différentes voies de formation. Toutes ces passerelles empruntent la voie technologique.

Note(s) :
  • (1) Un seul concours regroupe désormais le recrutement des enseignants de Technologie en collège, de STI en lycée technique et de Sciences de l’Ingénieur en S.

1 commentaire sur "Quel avenir pour l’enseignement technologique ?"

  1. sti  22 avril 2011 à 14 h 06 min

    Quel avenir ? Il faut peut-être demander à l’individu interviewé au début du site. Je pense en effet que Mme Théophile doit avoir une petite idée sur la question.
    Quel avenir alors? A mon avis c’est la fin de cette filière technologique qui sera à terme absorbée par la filière S option sciences de l’ingénieur. Pour exemple, le nombre de voeux d’orientation des élèves de seconde après le deuxième trimestre prévu dans mon établissement est de moins de 30 alors qu’il est envisagé d’ouvrir 3 classes de 1ère sti2d de 30 élèves chacunes soit 90 élèves.

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