15.04.2011
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"Il y a un risque lourd pour un universitaire qui verrait sa recherche mal notée"

Les moda­li­tés de l'évaluation des enseignants-chercheurs doivent évoluer à la ren­trée pro­chaine, avec notam­ment une évalua­tion qua­drien­nale. Le Conseil natio­nal des uni­ver­si­tés est chargé de for­mu­ler des pro­po­si­tions pour sa mise en oeuvre, sans savoir tou­te­fois si elles seront prises en compte !

Sommaire Hors-Série Evaluations

CE1, CM2 et bien­tôt au col­lège... L'avis des ensei­gnants (1/3)
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A chaque fois qu'il sera can­di­dat à une pro­mo­tion et, quoi qu'il arrive, au moins une fois tous les quatre ans, chaque enseignant-chercheur devra établir un rap­port men­tion­nant l'ensemble de ses acti­vi­tés et leurs évolu­tions éven­tuelles. « La pro­cé­dure sera en effet d'abord locale, rap­pelle Frédéric Sudre, le pré­sident du Conseil natio­nal des uni­ver­si­tés (CNU), et com­men­cera par un avis du conseil d'administration de l'établissement sur les acti­vi­tés péda­go­giques et admi­nis­tra­tives de l'enseignant-chercheur. Le CNU émet­tra ensuite un avis sur la tota­lité de l'activité ».

Deux rubriques

Discuté le 11 mars der­nier en séance plé­nière, le docu­ment de tra­vail de la CP-CNU pré­voit notam­ment que son évalua­tion s'appuie sur une fiche stan­dard, des­ti­née à har­mo­ni­ser les pratiques.

Ce for­mu­laire com­porte deux rubriques. La pre­mière indique l'avis de la sec­tion du CNU sur les acti­vi­tés de l'enseignant-chercheur évalué. Il peut être de quatre ordres, que détaille Frédéric Sudre : « L'avis posi­tif indi­quera que l'ensemble de l'activité est satis­fai­sant ; l'avis réservé tra­duira l'identification par la sec­tion d'un ou plu­sieurs éléments à amé­lio­rer. Les avis d'alerte ou dif­féré signi­fie­ront que l'activité de l'enseignant-chercheur doit évoluer ou que l'établissement doit lui four­nir des condi­tions d'activité plus satis­fai­sante ».

La seconde rubrique, « Motivations et recom­man­da­tions », per­met­tra d'adresser un avis cir­cons­tan­cié et détaillé, à la fois à l'enseignant-chercheur et à l'établissement. Pas ques­tion, en revanche, de pré­éta­blir une grille accor­dant tel barème aux acti­vi­tés de recherche et tel coef­fi­cient à l'enseignement. « On peut très bien admettre que, pen­dant trois ou quatre ans, un enseignant-chercheur qui a occupé des fonc­tions admi­nis­tra­tives impor­tantes n'ait pas eu le temps d'avoir une pro­duc­tion scien­ti­fique suf­fi­sante ! C'est la glo­ba­lité des acti­vi­tés péda­go­giques, scien­ti­fiques et admi­nis­tra­tives qui doit être prise en compte. »

Pas d'évaluation sanction

Malgré cette décla­ra­tion d'intention, les syn­di­cats redoutent des évalua­tions « à charge » et arbi­traires, à l'image de Stéphane Tassel, le pré­sident du Snesup-FSU, pre­mier syn­di­cat chez les enseignants-chercheurs  : « Nous récu­sons la logique pro­mue par le gou­ver­ne­ment d'une évalua­tion cou­pe­ret. Car, der­rière cette évalua­tion, il y a un risque lourd quant à l'avenir d'un col­lègue qui ver­rait sa recherche mal notée. Or, nous voyons déjà appa­raître au niveau local des dérives et des diver­si­tés dans l'interprétation des textes pour reclas­ser un col­lègue ».

A ce pro­pos, la CP-CNU se veut tou­te­fois ras­su­rante. « Depuis le départ, nous ne sommes pas favo­rables à l'évaluation qua­drien­nale telle qu'elle est issue de la loi LRU (1) et nous avons des doutes sur son uti­lité. Nous devons tou­te­fois l'appliquer, puisqu'elle est ins­crite dans la loi. Nous conce­vons notre fonc­tion comme une garan­tie pour les enseignants-chercheurs contre toute uti­li­sa­tion de ces évalua­tions qui pren­drait la forme d'une sanc­tion de la part des établis­se­ments. D'autant que nous consi­dé­rons que la plus grande par­tie des enseignants-chercheurs fait cor­rec­te­ment son tra­vail ! »

L'incertitude demeure

La pre­mière vague d'évaluations doit débu­ter en 2012. Demeure cepen­dant un point d'interrogation de taille. Le CNU doit être renou­velé au mois de novembre. Par consé­quent, admet Frédéric Sudre, « le docu­ment adopté le mois der­nier ne peut pas lier la pro­chaine Conférence plé­nière de la CNU. Nous avons élaboré un outil de tra­vail, qui doit encore être dis­cuté avec la CPU. Mais ce n'est pas nous qui l'utiliserons, et je ne peux pré­dire ce que sera l'attitude du pro­chain CNU. Peut-être traînera-t-il les pieds. Même si elle est ins­crite dans la loi, peut-être refusera-t-il pure­ment et sim­ple­ment de mettre en œuvre l'évaluation qua­drien­nale ! ».


Patrick Lallemant

Note(s) :
  • (1) Loi relative aux libertés et responsabilités des universités, dite loi LRU ou loi Pécresse.
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Alain
le 4 mai 2011

Non seule­ment il faut rendre des comptes, mais en plus cela pour­rait avoir des consé­quences si on ne fait pas son tra­vail ? Incroyable. On n'a jamais vu ça nulle part. C'est de la "vio­lence ins­ti­tu­tion­nelle" !
Heureusement, il y de bons fonc­tion­naires pour refu­ser d'appliquer la loi... Les pro­pos de Frédéric Sudre "Même si elle est ins­crite dans la loi, peut-être refusera-t-il (le CNU) pure­ment et sim­ple­ment de mettre en œuvre l'évaluation qua­drien­nale !" sont indécents.

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