08.04.2011
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Bianca Marion, préfet des études : « Mon objectif est d'être un plus pour tous les acteurs de l'établissement ! »

Professeure d'anglais au lycée pro­fes­sion­nel Fernand Léger à Grand Couronne (76), Bianca Marion a accepté d'endosser le rôle de « pré­fet des études », mis en place dans le cadre du pro­gramme Ecoles Collèges lycées pour l'ambition, l'innovation et la réus­site (ECLAIR) (1). Portrait de cette média­trice au sens de la diplo­ma­tie aigu.

« Devenir pro­fes­seur ? La ques­tion ne se posait même pas : petite déjà, je fai­sais la classe à mes pou­pées », sou­rit Bianca Marion, 45 ans, qui enseigne l'anglais en lycée pro­fes­sion­nel depuis 1988. Débutant comme maître auxi­liaire, la pro­fes­seure donne ses pre­miers cours en lycée pro­fes­sion­nel. Un public qu'elle ne quit­tera plus. « Ce sont des jeunes majo­ri­tai­re­ment défa­vo­ri­sés. Souvent en dif­fi­culté sco­laire, ils ne sont pas tou­jours bien dans leurs bas­kets. Justement mon métier ne s'arrête pas à la trans­mis­sion de connais­sances, l'objectif est de les accom­pa­gner vers un métier, de les aider à réus­sir, s'épanouir... », précise-t-elle. Diplômée du CAPLP2, Bianca Marion rejoint en 1998 le lycée Fernand Léger (450 élèves, de la troi­sième au Bac Pro), où elle pour­suit ces objec­tifs avec la même passion.

« Quitte à y être, autant tirer pro­fit de ce dispositif ! »

« Lorsque nous avons appris que le lycée était classé ECLAIR (1), l'ensemble du per­son­nel s'est élevé contre ce pro­gramme. Le volet DRH notam­ment, avec le recru­te­ment sur poste à pro­fil a sou­levé des inquié­tudes, et nous regret­tons de ne pas être dotés de moyens sup­plé­men­taires depuis sa mise en œuvre », sou­ligne Bianca Marion, qui a néan­moins décidé de tirer pro­fit de cette situa­tion pour les élèves comme les équipes de son établis­se­ment. « Comme nous n'avions pas le choix, quitte à être dans le dis­po­si­tif ECLAIR, autant agir au niveau local ! », a décidé la pro­fes­seure. En décou­vrant les mis­sions du « pré­fet des études » ins­crit au pro­gramme ECLAIR, « Je me suis dit, c'est tout ce que j'aime faire ! C'est comme être un maxi pro­fes­seur prin­ci­pal pour 3 classes de secondes, même si cha­cune a son prof prin­ci­pal. Ensuite j'interviens, en essayant d'être un petit « plus » par rap­port aux pro­fes­seurs prin­ci­paux, aux CPE, comme aux per­son­nels admi­nis­tra­tifs. Le tout sans jamais empié­ter sur leur tra­vail ! », sou­ligne Bianca Marion, qui avoue que ce nou­veau rôle requiert un grand sens de la diplo­ma­tie comme un excellent rela­tion­nel. Autant de qua­li­tés que l'enseignante a déve­lop­pées au cours de sa carrière.


Bianca Marion en 5 dates

22 mars 1966 : Naissance à l'Ile Maurice
25 août 1984 : Arrivée en France
4 jan­vier 1988 : Premier jour de classe comme pro­fes­seur d'anglais
2 sep­tembre 1998 : rejoint le lycée pro­fes­sion­nel Fernand Léger, à Grand-Couronne, où elle devient coor­di­na­trice de sa dis­ci­pline
4 février 2011 : mis­sion­née Préfet des études

Coordinatrice de sa dis­ci­pline dès 1998, elle est deve­nue repré­sen­tante des per­son­nels au CA et a même créé une ami­cale des per­son­nels. « Ce rôle de pré­fet des études m'apparaissait comme une suite logique, c'était plus facile car je connais­sais bien toutes les équipes et le fonc­tion­ne­ment de l'établissement. ». Et contrai­re­ment à d'autres pré­fets des études de son aca­dé­mie, qui « ont eu des repré­sailles directes ou des insultes dans leur casier », c'est avec l'adhésion d'une majo­rité de ses col­lègues qu'elle mène à bien ses mis­sions. Son impli­ca­tion lui a per­mis d'endosser cette nou­velle cas­quette en toute légitimité.

«  Faire ce qu'on peut avec ce qu'on a »

Seule volon­taire pour le poste, Bianca Marion s'est vue attri­buer des heures sup­plé­men­taires (1) pour mener à bien ses 3 mis­sions. « J'organise des sor­ties pour remo­ti­ver des élèves, je me charge de ceux qui sont en décro­chage, absen­téistes, explique Bianca Marion. Un élève était ins­crit en tra­vaux publics alors qu'il vou­lait connaître le métier de cui­si­nier ; de concert avec le conseiller d'orientation, je l'ai aidé à trou­ver un stage, accom­pa­gné dans ses démarches : aide à la rédac­tion de lettre, pré­pa­ra­tion de l'entretien... ».
Second axe de ses mis­sions : le tra­vail sur l'accompagnement per­son­na­lisé. « L'objectif est d'apporter mon regard de pro­fes­seur au pro­vi­seur adjoint qui pilote le pro­jet ». Au lycée Grand Couronne, un tra­vail impor­tant est réa­lisé avec la période d'intégration au lycée, puis la connais­sance de soi avant d'apprendre à démar­cher les entre­prises. « Il y a un tra­vail mené en sou­tien –sou­vent les élèves ont des dif­fi­cul­tés dans les matières géné­rales– et des pro­jets cultu­rels sont égale­ment menés », explique l'enseignante tou­jours impli­quée. Le pré­fet des études est un appui pour le suivi des pro­jets inno­vants. « Nos élèves sont inter­ve­nus sur des chan­tiers exté­rieurs comme le châ­teau du Champs de Bataille où ils ont fait des rele­vés topo­gra­phiques pour Jacques Garcia », fait-elle remar­quer.
Dernier volet de son poste : l'appui au chef d'établissement, avec la par­ti­ci­pa­tion aux réunions de direc­tion, jusque-là fer­mées aux pro­fes­seurs. « J'apporte ma vision, mon regard péda­go­gique, pour l'organisation des exa­mens blancs par exemple ». Même si Bianca a par­fois l'impression de « mar­cher sur des œufs » à ce poste hybride, elle a réussi à conser­ver de bonnes rela­tions avec ses col­lègues comme les CPE et la direc­tion.  « Mon objec­tif n'est pas de les rem­pla­cer, mais de tra­vailler avec eux », explique le pré­fet des études, qui espère plus pour l'avenir. « Si j'ai réussi à déblo­quer cer­taines situa­tions, cela reste pré­caire car c'est un public si dif­fi­cile et déli­cat. Dans ce rela­tion­nel où il faut ména­ger toutes les sus­cep­ti­bi­li­tés, rien n'est jamais tota­le­ment acquis», regrette l'enseignante. « J'avance à tâtons. Il y a encore trop d'incertitudes autour du pro­gramme ECLAIR. Il y a tant de pro­jets à mener, mais ce qui arrête c'est soit le manque d'adhésion des élèves, soit le manque de moyens.»

Elise Pierre

Note(s) :
  • (1) Le programme ECLAIR (Ecole, collèges et lycées pour l'ambition, l'innovation et la réussite) concerne les établissements concentrant le plus de difficultés en matière de climat scolaire et de violence.Ce programme se caractérise par trois types d'innovations, notamment la désignation d'un préfet des études dans les collèges pour chaque niveau et les classes de seconde des lycées généraux, technologiques et professionnels.
  • (2) Souple dans sa mise en place du « préfet des études », le programme ECLAIR donne lieu à des situations diverses d’un établissement à l’autre. Certains préfets ont quelques heures de décharge (voire la totalité), d’autres se voient attribuer des heures supplémentaires.

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Vos réactions :

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Graqus
le 8 avril 2011

On voit le besoin de pas­se­relles pour que les acteurs se com­prennent mieux. A quand, des postes mi-cpe/mi-enseignant ?

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dobolino
le 8 avril 2011

J'ignorais qu'on puisse " endos­ser " une cas­quette. C'est un nou­veau modèle de couvre-chef avec cape intégrée ?

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dm
le 10 avril 2011

encore des heures sup !!
jusqu'à quand ?

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CC25
le 10 avril 2011

Il est clair, sans mau­vais jeux de mots, que le champ de la vie sco­laire est devenu un enjeu majeur tant pour la réus­site de tous les élèves que pour œuvrer pour une réelle égalité des chances.
Il est cepen­dant bien regret­table que le corps des CPE, auquel, vous l’aurez remar­qué, j’appartiens, n’aie pas par­ti­cipé à une concer­ta­tion préa­lable à la mise en place des Préfets des études. Nous avons, avec nos propres sen­si­bi­li­tés, une expé­rience riche dans les domaines qui recouvrent les mis­sions du Préfet des études ; nous avons ainsi le sen­ti­ment d’être esca­moté.
Enfin, je trouve bien regret­table ce choix de déno­mi­na­tion, avec des accents pas­séistes, qui me laisse per­plexe. Les hauts res­pon­sables qui ont fait ce choix ont égale­ment dû se poser la ques­tion, quel est donc leur objectif ?

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soluble dans l'eau
le 13 avril 2011

Sans faire de sec­ta­risme et comme res­pon­sable de la for­ma­tion des CPE sur un IUFM, je réagis: CHACUN SON METIER. En quoi un ou une ensei­gnante est formé pour exer­cer notre métier ? Si on veut tuer son chien il suf­fit de dire qu'il a la rage et c'est ce que bon nombre de mes col­lègues pensent par la créa­tion de ce pseudo métier (dont l'origine vient des écoles de jésuites). C'est nier le tra­vail for­mi­dable que font mes col­lègues avec des moyens humains en forte régres­sion. Il faut nous dire clai­re­ment si nous ne sommes pas capables de faire cor­rec­te­ment notre tra­vail et nous rem­pla­cer à terme par des col­lègues ensei­gnants. Quelle est la moti­va­tion d'un ensei­gnant pour occu­per NOTRE FONCTION ? Je vous quitte j'ai la nausée

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