01.04.2011
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Alain Refalo, professeur désobéisseur : « Cette politique est criminelle »

Professeur des écoles à Colomiers, dans la ban­lieue de Toulouse, Alain Refalo est l'initiateur du mou­ve­ment de déso­béis­sance péda­go­gique chez les ensei­gnants du pri­maire. En novembre 2008 suite à sa lettre ouverte « En conscience, je refuse d'obéir ! », il a été sanc­tionné pour avoir refusé d'appliquer les réformes. Il publie aujourd'hui aux éditions Golias « Résister et ensei­gner de façon éthique et res­pon­sable ». Interview.

Vous avez été un des pre­miers meneurs du mou­ve­ment de « déso­béis­sance civile »  chez les ensei­gnants du pri­maire. Aujourd'hui, maintenez-vous vos posi­tions ? Où en est ce mou­ve­ment de résis­tance pédagogique ?

Plusieurs mil­liers d'enseignants du pri­maire sont tou­jours en résis­tance ouverte ou non. Près de 3.000 ensei­gnants sont entrés offi­ciel­le­ment en résis­tance en signant la péti­tion. Le mou­ve­ment est ins­crit dans le pay­sage et dans la durée. Certes, de façon moins intense, mais tou­jours très actif et réac­tif, comme nous l'avons vu lors des évalua­tions natio­nales CM2. Les fon­da­men­taux de la poli­tique de régres­sion ini­tiée par Xavier Darcos et pour­sui­vie par Luc Chatel demeurent et légi­ti­ment une résis­tance per­ma­nente. Le mou­ve­ment est orga­nisé en réseau, avec beau­coup de sou­plesse. Il est aussi un espace de réflexion dyna­mique comme lors du Forum des résis­tances dans les ser­vices publics que nous avons orga­nisé au mois de décembre à Paris, en pré­sence de Stéphane Hessel.

« Résister et ensei­gner de façon éthique et res­pon­sable » vient de paraître aux éditions Golias, pré­facé par Philippe Meirieu : quelles actua­li­tés ont motivé cette publication ?

Notre résis­tance demeure ciblée sur le ter­rain péda­go­gique qui est un levier déci­sif du point de vue de l'éthique de nos mis­sions : les nou­veaux pro­grammes, les évalua­tions natio­nales, l'aide per­son­na­li­sée, le livret de com­pé­tences. Tous ces dis­po­si­tifs impo­sés auto­ri­tai­re­ment montrent aujourd'hui leurs limites, ne fonc­tionnent pas et ne sont pas adap­tés à la réa­lité du ter­rain. Surtout, ils pré­parent une école élitiste où la valeur cen­trale sera la com­pé­ti­tion des uns contre les autres. Cela n'est pas accep­table.  J'ai voulu, dans ce nou­vel ouvrage, pré­ci­ser la signi­fi­ca­tion éthique, péda­go­gique et poli­tique de cette résis­tance en expli­quant en quoi elle est juste, légi­time  et res­pon­sable. L'actualité des mil­liers de sup­pres­sions de postes et de la dis­pa­ri­tion de la for­ma­tion ini­tiale péda­go­gique des jeunes ensei­gnants met l'école réel­le­ment en dan­ger. Face à cet immense défi, nous ne pou­vons plus nous conten­ter de quelques jour­nées de grève et de mani­fes­ta­tions sans lendemain.


Le mouvement de résistance pédagogique

Le 6 novembre 20008 : Alain Refalo envoie une lettre ouverte à son ins­pec­teur de cir­cons­crip­tion « En conscience je refuse d'obéir ». Il y dénonce les der­nières réformes de Xavier Darcos. Il annonce qu'il refuse d'appliquer les nou­veaux pro­grammes et détour­nera le dis­po­si­tif de l'aide per­son­na­li­sée pour mettre en place une acti­vité théâtre pour tous les élèves.
– La lettre dif­fu­sée sur le blog Résistance péda­go­gique pour l'avenir de l'école sera visi­tée plus de 50.000 fois. 3.000 ensei­gnants sont depuis entrés en résis­tance ouverte à ses côtés.
– Le 24 juillet 2009, Alain Refalo est condamné à un abais­se­ment d'un éche­lon, sanc­tion de caté­go­rie 2 qui repré­sente « une perte d'au moins 7.000 € »   sur les quatre ans. Un recours est déposé auprès du CSFPE (Conseil Supérieur de la Fonction Publique de l'Etat) pour conver­tir cette sanc­tion en blâme.
– Le 24 novembre 2010, l'inspecteur d'académie de la Haute Garonne refuse de suivre la recom­man­da­tion du CSFPE
– Le 4 décembre 2010, Stéphane Hessel écrit à l'inspecteur d'académie de la Haute Garonne pour sou­te­nir la démarche de résis­tance péda­go­gique de M Refalo, appe­lant à « un dia­logue et une écoute et non point des sanc­tions qui seront sources de ten­sions et de conflits. L'école publique a besoin d'apaisement ».

Vous vous êtes élevé à l'époque contre les réformes menés par Xavier Darcos. Que pensez-vous des der­nières réformes menées par Luc Chatel ?

Luc Chatel, mal­gré un esprit d'ouverture affi­ché, se situe dans la conti­nuité de Xavier Darcos. Sa poli­tique dégrade en pro­fon­deur les mis­sions du ser­vice public d'éducation. Sous l'autel des res­tric­tions bud­gé­taires, l'école est sacri­fiée. Le comble est que l'on pré­tend faire mieux avec moins. Contrats d'objectifs, course aux résul­tats chif­frés, prime au mérite, cette poli­tique, je l'ai déjà dit, est cri­mi­nelle. Elle tue le métier, elle tue à petit feu le désir d'enseigner, elle épuise les per­son­nels, elle sacri­fie des géné­ra­tions entières. Criminelle est le mot juste à l'heure où le stress, les dépres­sions et les sui­cides n'ont jamais été aussi impor­tants dans l'Education Nationale.

Vous prô­nez une « résis­tance éthique au quo­ti­dien », quelle(s) forme(s) peut-elle prendre pour les ensei­gnants qui sou­haitent s'engager dans ce sens ?

La résis­tance éthique au quo­ti­dien pro­cède d'une res­pon­sa­bi­lité de l'enseignant qui est avant tout une per­sonne douée de rai­son et de conscience avant d'être un fonc­tion­naire obéis­sant qui « fonc­tionne ». Ce préa­lable étant posé, chaque ensei­gnant qui ne veut pas être com­plice de réformes scé­lé­rates, d'injonctions qui conjuguent non sens et inef­fi­ca­cité, cher­chera l'attitude la plus appro­priée qui lui per­met­tra de res­ter en cohé­rence avec l'éthique de ses  mis­sions. Il n'y a pas de modèles à suivre ou de conduites idéales. Je peux com­prendre que cette résis­tance demeure « clan­des­tine », car elle peut com­por­ter des risques. Mais le choix que nous avons fait est celui d'une résis­tance ouverte et affi­chée pour que notre hié­rar­chie ne doute aucu­ne­ment de notre déter­mi­na­tion et de notre enga­ge­ment. Cela per­met aussi de sor­tir de l'hypocrisie qui consiste à faire croire à l'opinion que les réformes s'appliquent sans pro­blèmes sur le ter­rain, alors que la hié­rar­chie s'accommode de déso­béis­sances souterraines.

Vous avez à l'époque été sanc­tionné par votre ins­pec­teur qui a abaissé votre salaire d'un éche­lon. Avec le recul, qu'en pensez-vous et risquez-vous encore aujourd'hui des sanctions ?

En juillet 2009, j'ai été sanc­tionné d'un abais­se­ment d'échelon après avoir subi 28 jours de retraits de salaire et un refus de pro­mo­tion. Toutes ces sanc­tions ont contri­bué à popu­la­ri­ser notre action et à sus­ci­ter un grand mou­ve­ment de sym­pa­thie et de sou­tien dans l'opinion et chez les parents d'élèves. Après avoir déposé un recours auprès du CSFPE (Conseil Supérieur de la Fonction Publique de l'Etat), celui-ci m'a donné gain de cause au mois de novembre en recom­man­dant à l'inspecteur d'académie de la Haute-Garonne de conver­tir cette sanc­tion en blâme. M. Baglan, qui vient d'être muté à Lyon, a refusé de suivre cette recom­man­da­tion et a main­tenu la sanc­tion. Depuis le début, la soli­da­rité citoyenne per­met de com­pen­ser finan­ciè­re­ment la perte de salaire men­suelle liée à cet abais­se­ment d'échelon. Finalement, l'échec est du côté de notre hié­rar­chie. Elle a refusé le dia­logue, elle s'est enfer­mée dans une répres­sion dis­pro­por­tion­née, elle a contri­bué à rendre popu­laire notre mou­ve­ment et notre cause, et sur­tout elle n'a pas réussi à nous faire ren­trer dans le rang. Quand on vou­dra bien consi­dé­rer que l'école n'est pas l'armée et que les ensei­gnants méritent la confiance de la société et non pas leur déni­gre­ment, nous pour­rons retrou­ver un peu de séré­nité et construire ensemble, je l'espère enfin, une école du pro­grès pour tous. Mais pro­ba­ble­ment qu'il fau­dra attendre 2012 pour que cette espé­rance devienne réalité.

Elise Pierre

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Vos réactions :

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Linda
le 1 avril 2011

Merci M. Refalo de conti­nuer à entre­te­nir la flamme de la résis­tance. Il est temps de pas­ser de l'indignation à l'action afin que le tri­bu­nal de l'histoire ne juge un jour sévè­re­ment ceux qui ont laissé faire ce crime...

anadelagua
le 1 avril 2011

Oui, nous sommes nom­breux à emboî­ter le pas d'Alain Refalo, qui a su expri­mer tout haut et d'une manière très juste et assu­mée, ce que beau­coup d'enseignants pensent tout bas.
Ce n'est qu'en osant nous posi­tion­ner et unir nos voix que nous pou­vons espé­rer faire chan­ger les choses.

Caroudel
le 2 avril 2011

Félicitations Cher Collègue
Quel exemple de morale pro­fes­sion­nelle, quel souci des enfants.
Pour l'instant le pou­voir essaie de vous faire taire, il a grand tort. Tout juste réussit-il à pro­mou­voir une orga­ni­sa­tion sou­ter­raine de la résis­tance.
Notre Histoire s'honore de grands résis­tants qui ont su faire triom­pher l'intérêt géné­ral et moral de notre pays.
Vous ferez par­tie de ces der­niers dans quelques temps.
Que les résis­tants de la der­nière heure ne tardent pas à accom­pa­gner le mou­ve­ment, l'école est en dan­ger.
Chapeau !
Caroudel.

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