22.03.2011
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Dans la peau d'une prof des écoles vacataire : « Mon statut se résume à un mot : kleenex »

Les enfants l'appellent maî­tresse. Et pour­tant, elle n'en est pas une. Blandine (1) n'a pas été admise au CRPE et n'a reçu aucune for­ma­tion. Malgré tout, elle « enseigne » depuis la ren­trée 2010 dans les écoles du 93. Une situa­tion ren­due pos­sible, depuis le plan de rem­pla­ce­ment des ensei­gnants absents lancé par Luc Chatel au prin­temps 2010.

8h45 : ligne 102, direc­tion Rosny-sous-Bois (93). Je n'ai tou­jours pas eu mon affec­ta­tion. Je tiens mon por­table au creux de la main. Dans quelques ins­tants, je serai fixée. Une grippe, une gas­tro, un deuil... C'est ma spé­cia­lité. Dans la vie, je suis mer­ce­naire : je rem­place les ensei­gnants absents de la petite sec­tion au CM2. Si j'ai suivi une for­ma­tion ? Pas pour ensei­gner. Les parents d'élèves ne le savent pas. Leur pro­gé­ni­ture m'appelle maî­tresse. Un titre qu'eux seuls m'ont décerné. Personne ne se doute que j'ai été recru­tée par hasard. Je suis un nom sur une liste d'inscrits au CRPE 2010 (2). Avant que je ne pousse la porte d'une classe pour la pre­mière fois, per­sonne ne s'est demandé si j'étais tout sim­ple­ment apte. Ou même capable d'assurer la sécu­rité des élèves...

« Contractuel » pré­caire

Le concours, je l'ai tenté après dix ans de jour­na­lisme. Un an de pré­pa­ra­tion l'IUFM à bacho­ter des épreuves stu­pides au regard de la for­ma­tion qu'exige ce métier. J'en ai appris davan­tage en étant mère qu'étudiante. Et puis, j'ai le sens cri­tique che­villé au corps. Mauvais point : je ne suis pas ren­trée dans le moule. Mais je suis déter­mi­née. Débrouillarde et oppor­tu­niste j'ai mal­gré tout inté­gré l'Education Nationale par la petite porte. Mon sta­tut se résume à un mot : « klee­nex » pour citer un membre de la DIMOPE 6 ( ser­vice de ges­tion des per­son­nels sta­giaires) à Bobigny. Sur ma fiche paye, je ne vaux pas mieux : « Stagiaire M2 ». En clair, un « contrac­tuel » pré­caire créé par le minis­tère de l'Education Nationale au prin­temps 2010 pour assu­rer la conti­nuité du ser­vice public en cas d'absence de titu­laire. Une curio­sité propre à l'académie de Créteil selon le Snuipp 93.

Salaire : retards, erreurs et baisse inexpliquée

Le matin, dans le 102, il n'y a jamais de contrô­leurs. Ça m'arrange parce que je voyage sans titre de trans­ports depuis le mois de sep­tembre. Je fraude en priant la sainte République de ne pas me faire démas­quer devant un élève ou un ensei­gnant. C'est que je dois don­ner l'exemple. Mais par les temps qui courent, je rogne aussi sur mon sens du civisme.  J'ai reçu mes pre­miers émolu­ments avec trois mois de retard. J'attendais novembre avec l'impatience de celui qui a cœur de régler ses créan­ciers. C'était sans comp­ter l'incurie des ser­vices comp­tables de la noble ins­ti­tu­tion. J'ai perçu 1700 € en novembre. « Erreur de cal­cul » m'avait-on affirmé. Décembre :  215,80 €. Erreur de vir­gule ? Non, effet vacances. Mi-décembre : un mail m'informe d'une réduc­tion de salaire. Mon taux horaire passe de 33,30 € à 22, 80 €, à comp­ter de jan­vier 2011. Motif invo­qué par le roi du « Kleenex » :  « Bah vous savez, c'est la crise pour l'Etat aussi ». Le ton monte de mon côté.  Riposte : « Si cela ne vous convient pas, vous pou­vez tou­jours aller voir ailleurs ».

Ni congé payé, ni prime de pré­ca­rité, ni droit au chômage

« Ce matin, tu vas à Léon Blum, en CE2 », m'annonce la voix bien­veillante de la secré­taire de la cir­cons­crip­tion . Ouf, je suis en ter­rain connu. Le direc­teur me fait confiance et j'ai un bon contact avec les ensei­gnants.  C'est sou­vent le cas. Lorsque j'arrive dans une école pour la pre­mière fois, je joue tou­jours carte sur table quant à mon sta­tut.  Parfois, j'ai le sen­ti­ment de devoir ras­su­rer ceux qui m'accueillent. Leur han­tise : la pri­va­ti­sa­tion de l'Education natio­nale. Ma pré­sence, pour cer­tains, est la preuve que le pro­ces­sus est en marche. Et puis, il y a mon salaire, que l'on trouve « outra­geu­se­ment élevé » au regard de mon absence de for­ma­tion. Je ne me laisse pas démon­ter. Je pré­cise que je suis payée sur 10 mois, que je n'ai pas de congés payés, ni de prime de pré­ca­rité, ni droit au chô­mage et que je peux être remer­ciée sans pré­avis du jour au len­de­main... Parfois le regard change. Et puis, je tra­vaille, et cela se sait. Certes, c'est perfectible. J'apprends en me trom­pant et sou­vent aux dépens des élèves. Je n'ai pas tou­jours le temps de pré­pa­rer, et aucune visi­bi­lité. J'ai demandé à être visi­tée régu­liè­re­ment par un conseiller péda­go­gique. On sait que je retente le concours en sep­tembre 2011, ce qui me donne une cer­taine cré­di­bi­lité. Le bus s'arrête et me jette à deux pas de l'école. « Bonjour, maî­tresse », me lancent quelques têtes connues. Dans quelques minutes, j'entrerai dans la classe. Une jour­née nor­male où je ferai de mon mieux avec mes faibles moyens, mais avec ma meilleure arme : l'envie d'être là où je suis.

Une pro­fes­seure des écoles vaca­taire dans le 93


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Note(s) :
  • (1) le prénom a volontairement été modifié
  • (2) CRPE : concours de recrutement des professeurs des écoles
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sélavi
le 11 mars 2011

Pourquoi ne pas recon­naître notre tra­vail et arrê­ter enfin de valo­ri­ser par le diplôme... Je suis allée à l'IUFM et j'ai déjà passé le concours. Cela fait plus de 8 ans que j'enseigne en tant que contrac­tuel. Vu mon expé­rience je n'ai pas peur de dire que je suis un pro­fes­seur et j'exige que l'on me pré­sente comme tel et non comme "la rem­pla­çante". Il faut chan­ger les choses et se dire qu'à l'avenir il y aura des pro­fes­seurs cer­ti­fiés et des pro­fes­seurs titu­laires (par expé­rience). On m'a ins­pecté 2 fois sans que je sois ensuite notée ni que mon salaire soit aug­menté. Je sais que je gagne 700 euros de moins par mois qu 'un titu­laire. J'attends qu'un ins­pec­teur vienne et valide mon expé­rience et me dise concrè­te­ment si je suis faite pour ce métier ou pas. Ok je suis pro­fes­seur contrac­tuel mais j'aime ensei­gner et je suis péda­gogue. Ma colère c'est d'apprendre qu'il y a des vacataires/contractuels qui viennent faire des vaca­tions et qui se disent que ce n'est qu'alimentaire ou que l' ANPE fassent appel à des BAC + 5 pour faire des rem­pla­çants. Pensez vous à votre public, nos jeunes??? La culture oui mais encore faut il vou­loir avoir envie et aimer l'enseigner!!

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Z
le 12 mars 2011

Tu en as du cou­rage !
Ici je recense des témoi­gnages comme le tien : http://nontitulaires.blogspot.com/ c'est triste de voir comme la pré­ca­rité est grandissante...

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Nix
le 12 mars 2011

Ces condi­tions d'exercice du métier et de vie sont inad­mis­sibles. Toutefois, le fait qu'il existe un concours reste indis­pen­sable pour un recru­te­ment le plus objec­tif pos­sible (écrits ano­nymes, pro­gramme pré­cis, "égalité" de trai­te­ment de tous les can­di­dats ...) L'emploi de per­sonnes dans les condi­tions décrites dans l'article devraient res­ter excep­tion­nelles et les rem­pla­ce­ments devraient être assu­rés par des titu­laires (per­sonnes ayant eu le concours et ayant reçu une for­ma­tion pour cela). Évidem­ment, avec les res­tric­tions bud­gé­taires nous n'allons pas dans le bon sens.

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fpils77
le 13 mars 2011

et voilà ce qui vous attend d'ici peu, chères col­lègues, le 77 fai­sant par­tie de l'Académie de Créteil, pour­quoi s'en faire ? Il n'y a qu'à essayer d'épauler ces nou­veaux col­lègues en for­mant "sur le tas" ces jeunes vaca­taires qui effec­tuent tant bien que mal leur boulot...avec autant de mérite (sinon plus) que cer­tains titu­laires rem­pla­çants que nous avons tous connus, n'est-ce pas ?

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Mardi
le 27 mai 2012

Je viens d'être "recruté" en tant que contrac­tuel sous cou­vert d'une conven­tion de stage de mas­ter ( alors que je ter­mine l'iufm ds 1 semaine). La conven­tion sti­pule un suivi du maître d'accueil tem­po­raire alors que le même docu­ment pré­cise ega­le­ment une fonc­tion de pro­fes­seur rem­pla­çant, para­doxal n'est-il pas?!
Bien sûr le dit "stage" ne donne aucun cré­dit de vali­da­tion entrant en compte dans le mas­ter, qui de toutes façons s'achève avant même que le rem­pla­ce­ment ne débute. Rire ou pleu­rer, telle est la question ....

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anonyme
le 10 septembre 2012

Professeur de l'éducation natio­nale, ayant de nom­breuses années d'expérience, aussi bien dans le pri­maire que dans le secon­daire, je récuse ce qui se passe actuel­le­ment en matière d'embauche de vaca­taires et de contrac­tuels. OÙ VA L'ECOLE ?

Une FORMATION est néces­saire pour appré­hen­der le métier d'Enseignant.

Les élèves doivent impé­ra­ti­ve­ment être confiés à des per­sonnes com­pé­tentes, dotées de matu­rité et du sens de la trans­mis­sion du savoir.

Le recru­te­ment devrait égale­ment être beau­coup plus rigou­reux : la tenue, le lan­gage, l'éducation de chaque can­di­dat, sa men­ta­lité, ses valeurs... s'il vient d'un milieu honorable...

Car nous confions nos enfants à ceux qui enseignent, nous leur confions notre jeu­nesse, celle qui devien­dra la future société.

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