18 mar

Eric Debarbieux : "le harcèlement est un problème de santé publique"

"En France, on est sur­tout atten­tif à la trans­mis­sion des connais­sances, on l'a peut-être été moins sur cer­tains phé­no­mènes". Pour Eric Debarbieux, la France accuse un cer­tain retard dans la prise en compte du har­cè­le­ment scolaire.

Suite à l'entre­tien qu'il nous a accordé, Eric Debarbieux est revenu avec nous sur la prise en compte de la vio­lence sco­laire à l'étranger :

D'autres pays comme la Norvège, les Pays Bas ou le Royaume-Uni ont pris depuis long­temps des mesures face à cette vio­lence sco­laire. Comment expliquez-vous le retard de la France ?

C'est mal­heu­reu­se­ment exact, cela s'explique par plu­sieurs rai­sons, y com­pris le fait que le terme de« school bul­lying » –qui est presque uti­lisé uni­ver­sel­le­ment –n'existe pas en fran­çais. Ce n'est pas uni­que­ment du har­cè­le­ment, ce sont des bru­ta­li­tés, des mal­trai­tances répé­tées. On n'a pas été conscient du phé­no­mène, glo­ba­le­ment. Ce n'est pas uni­que­ment l'école, c'est aussi les parents. Comme en France, on est sur­tout atten­tif à la trans­mis­sion des connais­sances, on l'a peut-être été moins sur cer­tains phé­no­mènes. De plus, la vio­lence à l'école, depuis le début des années 80, est recou­verte par toute la pro­blé­ma­tique de la délin­quance. Ce qui fait qu'on a ima­giné que la vio­lence à l'école était uni­que­ment liée à la vio­lence urbaine et à la délin­quance. Or don­ner un sur­nom à quelqu'un n'est pas du tout du délit. Mais ces actes peuvent avoir des consé­quences pour les vic­times comme pour les acteurs de ce har­cè­le­ment. Décrochage sco­laire et absen­téisme. Diverses enquêtes ont aussi démon­tré qu'ayant été vic­time, vous étiez plus sou­mis à des risques de mal­trai­tance conju­gale, de dépres­sion à l'âge adulte.

Une enquête cana­dienne par exemple a démon­tré que près du quart des enfants absents chro­niques à l'école n'y venaient pas parce qu'ils avaient peur, essen­tiel­le­ment du har­cè­le­ment. Il y a donc un pro­blème de pré­ven­tion immé­diate pour éviter que les jeunes har­ce­lés ou har­ce­leurs ne soient pri­vés de sco­la­rité ou n'échouent. Et s'il ne faut pas y asso­cier toute la vio­lence, c'est un pro­blème de pré­ven­tion à long terme car le har­cè­le­ment est un pro­blème de santé publique.

En Finlande 2% des enfants sont har­ce­lés, en France les chiffres tour­ne­ront sans doute autour de 5 fois plus. En Angleterre, le har­cè­le­ment a été dimi­nué par 2 depuis qu'il y a eu des poli­tique publiques très volon­ta­ristes. Des opé­ra­tions en Pologne impor­tantes ont eu des effets immé­diats, en mobi­li­sant les médias. Car je suis pour mobi­li­ser les médias pour qu'ils prennent leur res­pon­sa­bi­lité et pour­quoi pas aussi les four­nis­seurs d'accès au web et à la télé­pho­nie mobile. Si l'Education natio­nale va être por­teuse, ce sujet ne concerne pas qu'elle.


Elise Pierre

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