Eric Debarbieux : « le harcèlement est un problème de santé publique »

"En France, on est surtout attentif à la transmission des connaissances, on l'a peut-être été moins sur certains phénomènes". Pour Eric Debarbieux, la France accuse un certain retard dans la prise en compte du harcèlement scolaire.

harcèlement scolaire

© godfer – Fotolia

Suite à l’entretien qu’il nous a accordé, Eric Debarbieux est revenu avec nous sur la prise en compte de la violence scolaire à l’étranger :

D’autres pays comme la Norvège, les Pays Bas ou le Royaume-Uni ont pris depuis longtemps des mesures face à cette violence scolaire. Comment expliquez-vous le retard de la France ?

C’est malheureusement exact, cela s’explique par plusieurs raisons, y compris le fait que le terme de« school bullying » -qui est presque utilisé universellement –n’existe pas en français. Ce n’est pas uniquement du harcèlement, ce sont des brutalités, des maltraitances répétées. On n’a pas été conscient du phénomène, globalement. Ce n’est pas uniquement l’école, c’est aussi les parents. Comme en France, on est surtout attentif à la transmission des connaissances, on l’a peut-être été moins sur certains phénomènes. De plus, la violence à l’école, depuis le début des années 80, est recouverte par toute la problématique de la délinquance. Ce qui fait qu’on a imaginé que la violence à l’école était uniquement liée à la violence urbaine et à la délinquance. Or donner un surnom à quelqu’un n’est pas du tout du délit. Mais ces actes peuvent avoir des conséquences pour les victimes comme pour les acteurs de ce harcèlement. Décrochage scolaire et absentéisme. Diverses enquêtes ont aussi démontré qu’ayant été victime, vous étiez plus soumis à des risques de maltraitance conjugale, de dépression à l’âge adulte.

Une enquête canadienne par exemple a démontré que près du quart des enfants absents chroniques à l’école n’y venaient pas parce qu’ils avaient peur, essentiellement du harcèlement. Il y a donc un problème de prévention immédiate pour éviter que les jeunes harcelés ou harceleurs ne soient privés de scolarité ou n’échouent. Et s’il ne faut pas y associer toute la violence, c’est un problème de prévention à long terme car le harcèlement est un problème de santé publique.

En Finlande 2% des enfants sont harcelés, en France les chiffres tourneront sans doute autour de 5 fois plus. En Angleterre, le harcèlement a été diminué par 2 depuis qu’il y a eu des politique publiques très volontaristes. Des opérations en Pologne importantes ont eu des effets immédiats, en mobilisant les médias. Car je suis pour mobiliser les médias pour qu’ils prennent leur responsabilité et pourquoi pas aussi les fournisseurs d’accès au web et à la téléphonie mobile. Si l’Education nationale va être porteuse, ce sujet ne concerne pas qu’elle.

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