25.02.2011
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Michel Ascher : "Ras les palmes ! Pour que notre nom ne soit pas associé à la destruction de l'Education nationale"

Le 22 décembre der­nier, le pro­vi­seur Michel Ascher ren­dait ses palmes aca­dé­miques. Le 16 février, fédéré par Charlie Hebdo, le réseau « Rendez les palmes » a lancé « l'appel des 47 ». Signataires de cette lettre au ministre Luc Chatel « Ras les palmes ! », ce sont aujourd'hui plus de 100 fonc­tion­naires qui ont rendu leur dis­tinc­tion pour pro­tes­ter contre les sup­pres­sions de postes et la poli­tique d'éducation menée par le gouvernement.

Qu'est-ce qui vous a poussé à rendre vos palmes aca­dé­miques ?

L'élément déclen­cheur a été la publi­ca­tion du décret du 12 novembre 2010, ins­tau­rant une prime au mérite pour les rec­teurs de 15000 à 22000 euros et dont la part variable (7000 €) est attri­buée en fonc­tion des « objec­tifs atteints ». Quand on connaît l'objectif du minis­tère, qui est de faire des écono­mies et de sup­pri­mer des postes, la conclu­sion s'impose d'elle-même : plus un rec­teur fer­mera de postes dans son aca­dé­mie, plus sa prime sera élevée. Cela a été la goutte d'eau qui a fait débor­der le vase, le scan­dale d'un cynisme assumé, d'une ins­ti­tu­tion deve­nant pure­ment com­mer­ciale !  D'ailleurs le ministre a reven­di­qué la com­pa­rai­son entre les ins­ti­tu­tions de l'Education natio­nale et les entre­prises. Pour lui, il n'est pas cho­quant que des rec­teurs soient payés au mérite –puisque c'est déjà le cas au sein d'autres grands corps d'Etat comme les pré­fets, qui béné­fi­cient déjà de primes aux résul­tats.  Cela a été l'élément déclen­cheur, ceci étant, l'idée de faire ce geste m'avait tra­versé l'esprit quelques mois plus tôt....

Qu'est-ce qui avait alors déclen­ché votre colère ?

Lorsque j'ai vu les jeunes ensei­gnants arri­ver dans les établis­se­ments sco­laires avec une jour­née et demi de for­ma­tion– dans le meilleur des cas !  Je sais de quoi je parle, car avant d'avoir été pro­vi­seur j'ai été pro­fes­seur d'anglais et régu­liè­re­ment j'avais de jeunes pro­fes­seurs titu­laires dans des salles de classe, mais tou­jours accom­pa­gnés par un tuteur et jamais en horaire plein !  Je sais qu'il est prévu quelques pas­sages en for­ma­tion pour 2 à 3 semaines... qui ne pour­ront pas for­cé­ment être mises en place car il n y a plus de rem­pla­çant. On a abso­lu­ment détruit, détri­coté tout ce qui a pu être mis en place dans les IUFM et aupa­ra­vant dans les CPR (centre de péda­go­gie régionaux).


Quel regard portez-vous aujourd’hui sur l’évolution de votre métier ?

J'ai été, dans ma car­rière, une ving­taine d'année pro­fes­seur et 18 ans chef d'établissement. Mes der­nières années d'exercice– je suis parti en retraite en 2006-j'ai vu une dété­rio­ra­tion très forte, à par­tir de 2002, lorsqu'on a com­mencé par exemple à sup­pri­mer tous les postes d'encadrement, de sur­veillants dans les établis­se­ments. Une pré­sence d'adulte res­pon­sable est sou­hai­table : lorsque je me suis retrouvé confronté au double lan­gage de l'institution qui d'un côté vou­lait tou­jours que les établis­se­ments soient les plus calmes pos­sibles et dans le même temps sup­pri­mait les postes de sur­veillants, j'ai com­mencé à me dire qu'il y avait quelque chose de très surprenant...

Vous réjouissez-vous que d'autres ensei­gnants, une cen­taine aujourd'hui, vous aient suivi en ren­dant leurs palmes ?

Ce geste, per­sonne ne le fait de gaieté de cœur. C'est une forme de déchi­re­ment, il faut le recon­naître. Les palmes aca­dé­miques sont une dis­tinc­tion que l'on obtient lorsque l'institution estime qu'on l'a méri­tée, on ne la demande pas. Il fau­drait vrai­ment ne pas être hon­nête pour dire qu'une telle dis­tinc­tion ne fait pas plai­sir. Lorsque j'ai reçu le grade de che­va­lier puis d'officier, c'était une recon­nais­sance du tra­vail accompli.

Qu'attendez-vous d'un geste aussi symbolique ?

Ce que vous, comme d'autres jour­na­listes font : que ce cri d'indignation puisse être porté à la connais­sance du public. Nous ne sommes pas dans une logique de reven­di­ca­tion d'une orga­ni­sa­tion pro­fes­sion­nelle.  Je pense que ce geste peu ordi­naire frap­pera les esprits et ira au-delà des cercles de l'Education natio­nale. J'ai eu des exemples de cour­riers d'encouragement... notam­ment de per­son­nels de santé qui pré­ci­saient que la des­truc­tion du dis­po­si­tif publique de la santé était en route et fai­sait souf­frir les per­son­nels. C'est une notion par­ta­gée, nous ne nous connais­sons pas mais sommes riches de notre diversité.

Espérez-vous que cet appel induise des chan­ge­ments au ministère ?

Il ne faut pas être naïf, les repré­sen­tants de per­son­nels ont des entre­tiens et ne sont jamais écou­tés, je ne vois pas pour­quoi on écou­te­rait une cen­taine de per­son­nels à la retraite (1) parce qu'ils ont rendu leurs palmes. L'idée est de dire : nous ne nous recon­nais­sons plus dans ce qui a été pour nous une qua­ran­taine d'années d'exercice. Nous ne vou­lons plus que notre nom soit asso­cié à la des­truc­tion de l'institution Education natio­nale. C'est le déno­mi­na­teur com­mun des per­sonnes qui ont fait ce geste.
J'ai eu beau­coup d appels de col­lègues en exer­cice qui bouillent inté­rieu­re­ment et pour qui il est dif­fi­cile d'agir. Je ne pen­sais pas quand j ai écrit ce cour­rier le 22 décembre qu'il y aurait de telles retom­bées. Mes col­lègues en exer­cice estiment que ce cri, je le pousse un peu pour eux par procuration !

Elise Pierre

Note(s) :
  • (1) Certains signataires sont encore en exercice.

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mawella
le 25 février 2011

Monsieur,
Je ne vous connais­sais pas il y a encore dix minutes et je n'avais pas suivi votre action. Je suis pro­fes­seur en col­lège depuis 30 ans par choix et convic­tion. Je vous dirai sim­ple­ment ceci : MERCI de ce geste for­te­ment sym­bo­lique qui montre qu'il y a encore (et beau­coup) de per­sonnes pour qui l'honneur n'est pas qu'un simple mot !
je ne sais si ce petit mot vous par­vien­dra, peu importe... ça fait du bien !
Martine

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GALOUBET51
le 27 février 2011

J'enseigne l'anglais depuis 26 ans. Ma langue mater­nelle est l'italien. J'ai appris l'anglais au cours de ma sco­la­rité à un moment où l'ascenseur social fonc­tion­nait encore (mes grands-parents savaient à peine lire). Il y a 2 ans, j'ai envi­sagé de pas­ser le concours pour deve­nir chef d'établissement. J'ai renoncé car il me sem­blait incon­ce­vable d'associer mon nom au déman­tè­le­ment de l'Education Nationale alors que j'en suis un pur pro­duit. Des évolu­tions, des réformes étaient et sont néces­saires mais pas un tel mas­sacre! L'éducation per­met de construire les futurs citoyens. Une société qui néglige l'éducation de ses enfants se pré­pare un bien sombre ave­nir. Lorsque j'ai choisi ce métier, je croyais en cer­taines valeurs. Votre geste me montre que ces valeurs, essen­tielles pour moi hier et aujourd'hui le sont aussi pour vous. MERCI

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