18.02.2011
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Gilles Baillat : « Le chantier de la formation des enseignants est rouvert »

Des voix de plus en plus nom­breuses s'élèvent pour admettre les lacunes de la réforme de la for­ma­tion des ensei­gnants. Dernière en date, celle du pré­sident de la République qui vient d'annoncer son inten­tion de rece­voir les orga­ni­sa­tions ensei­gnantes à ce sujet. Pour Gilles Baillat, pré­sident de la CDIUFM, la réforme de la réforme a commencé.

Quel regard glo­bal portez-vous sur la for­ma­tion des ensei­gnants telle qu'elle est dis­pen­sée  aujourd'hui ?

Depuis six mois, nous sommes dans la mise en œuvre de la réforme. Et, mal­heu­reu­se­ment, nos pré­dic­tions se véri­fient. Nous avons par exemple dit dès le début que les mas­ters allaient être trop lourds pour les étudiants, qui auraient beau­coup de mal à faire face à toutes leurs exi­gences et à celles du concours. C'est le cas. La mise en stage se révèle égale­ment, comme prévu, très dif­fi­cile : des incer­ti­tudes planent sur le nombre de places réser­vées par les ser­vices aca­dé­miques, qui change pra­ti­que­ment tous les jours. Je pour­rais aussi évoquer la dif­fi­culté à faire reve­nir en for­ma­tion les pro­fes­seurs sta­giaires ou citer beau­coup d'autres écueils annon­cés de longue date et qui ne cessent de se confir­mer. Tout ceci nous amène à nous inter­ro­ger sérieu­se­ment sur la péren­nité de la réforme.

D'autant que Nicolas Sarkozy lui-même s'est pro­noncé pour une remise à plat et un ren­for­ce­ment de la for­ma­tion pratique...

Les pro­pos du pré­sident de la République repré­sentent pour nous la recon­nais­sance offi­cielle que la mise en place de la réforme ne se passe pas comme sou­haité et que des éléments de blo­cage sont appa­rus. Ce que le chef de l'État appelle la for­ma­tion pra­tique ren­voie pour nous à la pro­fes­sion­na­li­sa­tion, liée à l'existence de stages, mais aussi à la manière dont ces stages sont arti­cu­lés avec le reste de la for­ma­tion. Ce n'est pas seule­ment en fai­sant effec­tuer des vaca­tions aux étudiants que l'on va les trans­for­mer en ensei­gnants. C'est un peu plus com­pli­qué que cela. Mais, pour nous, la décla­ra­tion de Nicolas Sarkozy annonce en effet clai­re­ment la réou­ver­ture du chantier.

Dans ce contexte, vous pro­po­sez donc trois modèles de for­ma­tion en alternance...

En réa­lité, cette ques­tion de l'alternance est évoquée depuis plu­sieurs mois au sein des direc­tions minis­té­rielles, qui avaient pris conscience, avant le pré­sident de la République, que les dif­fi­cul­tés liées à la pro­fes­sion­na­li­sa­tion allaient consti­tuer un réel pro­blème. L'alternance est un scé­na­rio avec lequel on ne peut être que d'accord ! La CDIUFM y a tou­jours été favo­rable. L'alternance était d'ailleurs la règle pour les futurs pro­fes­seurs de col­lège et de lycée qui, en deuxième année d'IUFM, pas­saient chaque semaine deux jours en for­ma­tion et trois jours en établis­se­ment sco­laire. Mais si l'alternance repré­sente la seule manière de for­mer les pro­fes­sion­nels, il y a plu­sieurs moda­li­tés pos­sibles, cha­cune pré­sen­tant ses avan­tages et ses inconvénients.

Lesquelles ?

La pre­mière for­mule concerne la seule année de M2 et inclut une ou deux jour­nées par semaine en établis­se­ment sco­laire, assez proche fina­le­ment de ce qui exis­tait aupa­ra­vant pour le second degré. Il nous paraît en effet fon­da­men­tal que les établis­se­ments accueillant des sta­giaires puissent pré­voir et pro­gram­mer leurs périodes de for­ma­tion. Deuxième pos­si­bi­lité : dédou­bler l'année de M2, à l'image de ce qui se fait déjà pour cer­tains DUT. L'étudiant pour­rait alors étaler les périodes de for­ma­tion et consa­crer plus de temps aux périodes d'activité pro­fes­sion­nelle. La troi­sième option éten­drait le béné­fice de l'alternance à l'ensemble des deux années de Master, avec sans doute une charge en stages plus légère en M1 qu'en M2.

Parmi ces trois modèles, vous n'avez vrai­ment aucune préférence ?

Cette der­nière option est celle qui cor­res­pond le plus à notre stra­té­gie glo­bale. Son gros avan­tage est qu'elle per­met­trait de se rap­pro­cher de ce que l'on appelle en Europe les for­ma­tions simul­ta­nées, c'est-à-dire des for­ma­tions où le pro­jet pro­fes­sion­nel de l'étudiant est enclen­ché assez tôt. On pour­rait même ima­gi­ner que les étudiants effec­tuent des pre­miers stages de sen­si­bi­li­sa­tion en L3, pour confor­ter leur pro­jet. A condi­tion de modi­fier la place du concours, la pre­mière piste nous paraît égale­ment inté­res­sante, à la fois pour les étudiants et pour l'Éducation nationale.

Propos recueillis par Patrick Lallemant


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akenaton
le 19 février 2011

La sup­pres­sion de la for­ma­tion pro­fes­sion­na­li­sante cor­res­pon­dait à un allè­ge­ment finan­cier et ser­vait à mas­quer le manque d'enseignants. La décla­ra­tion du pré­sident de le République s'inscrit comme une rup­ture dans la stra­té­gie d'utilisation des pro­fes­seurs sta­giaires par la recon­nais­sance de la néces­sité d'une for­ma­tion pro­fes­sion­nelle. Que de temps écoulé pour reve­nir à la rai­son ? Ce qui demeure excep­tion­nel cepen­dant c'est la pré­sence dans une seule année de deux types de pres­ta­tions (mas­ter 2 et capes ou capeps ou capet) obli­ga­toires et loin d'être com­plé­men­taires. Personne n'envisage [encore] la sup­pres­sion de l'un ou de l'autre. Mais pourra-t-on de fait main­te­nir cette démarche de for­ma­tion qui semble peu atti­rante pour les étudiants ?

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