16.02.2011
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Un film pour sauver les forêts tropicales primaires

Botaniste et scien­ti­fique, Francis Hallé consacre sa vie à la défense des forêts tro­pi­cales pri­maires. A l'heure de l'année inter­na­tio­nale des forêts, il met toute son éner­gie, aux côtés de son ami et réa­li­sa­teur Luc Jacquet, dans la pré­pa­ra­tion d'un long-métrage sur ce patri­moine végé­tal en train de disparaître…

Luc JACQUET, Francis HALLÉ, François ROYET en Guyane 2010 © Jake Bryant / www.envirofoto.com

Que souhaitez-vous mon­trer dans votre film ?

Il existe aujourd'hui une foule de docu­men­taires sur la défo­res­ta­tion et ses consé­quences, mul­ti­pliant les images de des­truc­tion. Avec Luc Jacquet, nous sou­hai­tons aller à contre-courant en révé­lant au grand public ce que nous sommes en train de perdre : l'extraordinaire beauté et l'intérêt des forêts. Il ne s'agit pas d'un film docu­men­taire ou scien­ti­fique, ni d'un film de fic­tion. C'est un long-métrage sen­suel et sen­sible avec la forêt comme per­son­nage prin­ci­pal. On pourra égale­ment croi­ser des êtres humains, ceux qui vivent dans ce milieu.

Pouvez-vous nous don­ner une défi­ni­tion des forêts tro­pi­cales primaires ?

Ce sont les forêts tro­pi­cales intactes, qui n'ont pas du tout été abî­mées et exploi­tées par l'homme. On en trouve encore quelques-unes dans le bas­sin du Congo, en Amérique latine dans la par­tie ouest du mas­sif ama­zo­nien, en nou­velle Guinée et en Indonésie. Ce sont d'extraordinaires réserves de vie. Elles abritent 75 % de la bio­di­ver­sité mon­diale et assurent la sur­vie et l'existence des popu­la­tions qui y vivent. Bien entendu, elles sont indis­pen­sables à la pré­ser­va­tion de l'eau, des sols, de cer­taines espèces... et sont d'une beauté à cou­per le souffle. Il y a urgence à les montrer.

Où en est votre projet ?

Nous avons déjà réa­lisé un pro­logue, inti­tulé « C'était la forêt des pluies », tourné en Guyane, dans la réserve natu­relle des Nouragues. Nous le dif­fu­se­rons le 24 mars pro­chain à Lyon, puis à Marseille et à Paris devant à la fois le grand public et des finan­ceurs poten­tiels. Actuellement, Luc Jacquet est en quête de finan­ce­ments pour le tour­nage. De mon côté, je viens de ren­trer d'Afrique où j'ai effec­tué des repé­rages plus pré­cis. Petit à petit, le pro­jet prend forme.

Ce film est-il un mes­sage d'espoir ?

Ce film ne don­nera pas de réponse. Il lais­sera entre­voir deux mes­sages tota­le­ment oppo­sés. Première hypo­thèse — hélas, selon moi, la plus plau­sible : consi­dé­rées comme de simples res­sources écono­miques, ces forêts conti­nuent d'être exploi­tées de manière cres­cendo. Résultat : à ce rythme, elles auront tota­le­ment dis­paru d'ici une dizaine d'années. Ce film consti­tuera alors pour les géné­ra­tions futures, une trace de leur splen­deur pas­sée, une archive de ce qui exis­tait et que nous avons perdu à jamais. Deuxième scé­na­rio, mal­heu­reu­se­ment plus uto­pique, mais auquel je conti­nue pour­tant de croire : les déci­deurs poli­tiques et écono­miques prennent enfin plei­ne­ment conscience de ce désastre écolo­gique et agissent en consé­quence. Avec Luc, nous espé­rons que ce film déclenche cette prise de conscience. Tant qu'il est encore temps...


Stéphanie Cayrol

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