11.02.2011
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Jacques Malaterre : « Etre éducateur m'a appris à avoir un rapport juste, que je me trouve face à une ethnie, un animal ou une célébrité ! »

Tour à tour éduca­teur pour l'enfance inadap­tée, ani­ma­teur de radios libres, acteur, Jacques Malaterre a réa­lisé de nom­breux docu­men­taires et por­traits de poètes, écri­vains, cho­ré­graphes. Consacré par "l'Odyssée de l'espèce", le réa­li­sa­teur revient sur son par­cours aty­pique qui a pour fil rouge une soif d'apprendre.

Fils d'un prof de maths et petit-fils d'instituteur, Jacques Malaterre n'entretenait pour­tant pas une rela­tion idyl­lique avec l'école, notam­ment à l'époque du lycée : « J'ai mis consciem­ment– car je ne tra­vaillais pas– 5 ans à faire les 3 der­nières années jusqu'au bac. Je vou­lais deve­nir éduca­teur, je n'ai jamais pensé deve­nir réa­li­sa­teur ! », sourit-il. Inscrit en for­ma­tion d'éducateur, il res­sort cette fois major de pro­mo­tion : « j'ai fait un pre­mier stage dans un centre pilote pour han­di­ca­pés men­taux qui m'a bou­le­versé. C'est ainsi que le vilain petit canard a changé ».

Educateur, sa pre­mière vocation

A par­tir de ce moment, Jacques Malaterre s'investit au sein des foyers, CAT, IME auprès d'une popu­la­tion hété­ro­gène de per­sonnes han­di­ca­pées. Son plan de car­rière ? « Je pen­sais logi­que­ment pas­ser éduca­teur chef, puis direc­teur d'établissement ». L'avenir en déci­dera autre­ment. Durant les ate­liers, il découvre la vidéo comme outil péda­go­gique et se pas­sionne pour l'image. Parallèlement, il ren­contre sur Avignon des acteurs, met­teurs en scène au Théâtre du chien qui fume, et envi­sage même, un temps, de deve­nir acteur. « Grand bien m'en a pris ! », se souvient-il. En 1989, c'est l'explosion des radios libres. Jacques a sa propre émis­sion sur radio Cavaillon, qui lui per­met de côtoyer des per­son­na­li­tés du milieu artis­tique. Derrière son micro se suc­cèdent Léo Ferré, Claude Desailly... Derrière sa caméra, des acteurs ano­nymes, troupes de théâtre...De fil en aiguille, il ren­contre Pierre Vaneck, Jean Becker...A l'issue de sa for­ma­tion en vidéo à Jeunesse et Sports, on lui demande à son tour d'enseigner. Même s'il débute, il relève le défi : « On n'apprend jamais autant qu'en essayant d'apprendre à d'autres ! », explique-t-il.


Jacques Malaterre en 5 dates

1978 à 1989 : Educateur en IME, Cat et MAS
1990 : crée sa société de pro­duc­tion Les Films du tam­bour de soie
2002 : L'Odyssée de l'espèce
2008 : L'assassinat d'Henri IV
2010 : Ao, le der­nier Neandertal

Des vies parallèles

Toujours éduca­teur le matin et le soir, sur les « temps fami­liaux , de 7 à 9h puis de 17 à 23h », il monte le reste de la jour­née ses pre­miers courts métrages, qui sont pri­més à Tokyo...et à Montbéliard. « Je vou­lais abso­lu­ment apprendre mais les socié­tés de pro­duc­tion n'embauchaient que des pro­fes­sion­nels ». Peu importe, Jacques crée sa propre struc­ture, Les Films du tam­bour de soie et se voit confier de nom­breux docu­men­taires, notam­ment sur le patri­moine (1). L'université de Provence pense à lui pour ensei­gner le film indus­triel  lorsque la maî­trise en audio­vi­suel s'ouvre: « Je suis devenu chargé de cours à la fac alors que je n'ai pas le bac ! » , s'amuse Jacques Malaterre. Cette double –voire triple– vie com­mence à lui peser, même s'il met du temps à se résoudre à démis­sion­ner : «Educateur est un métier qui m'a tou­jours plu et qui m'a tou­jours per­mis de gar­der les pieds sur terre, de ne pas me prendre pour Georges Lucas ou Spielberg ! », souligne-t-il.

Le sens du défi

« Lorsqu'on m'a demandé de réa­li­ser Zingarro, il m'a fallu tra­vailler avec Bartabas, c'était com­pli­qué. J'avais eu la chance de fil­mer le cirque Aligre à Avignon, les touts débuts, ce qui m'a aidé », se sou­vient le réa­li­sa­teur, qui part les suivre en cara­vane, afin de réus­sir à mon­ter ce film. Avec Zingarro, puis Zingarro, nais­sance de l'opéra équestre, son style est remar­qué. En confiance, la Sept lui com­mande le por­trait de Maria Casares (2), puis d'autres films comme Des hommes et des che­vauxLe prin­temps du sacre...En 1994, un défi de taille lui est pro­posé : « Le pro­duc­teur cher­chait un réa­li­sa­teur pour par­tir à l'aventure, ren­con­trer une eth­nie qui élève des rennes, en Mongolie... Il fal­lait prendre l'avion jusqu'à Moscou, puis un cou­cou, puis après 3–4 jours de jeep, mon­ter à che­val pour atteindre ces mon­tagnes ... » . Pour le réa­li­sa­teur qui a très peu voyagé, le risque est immense. A Moscou, téta­nisé, il manque de faire demi-tour mais se ravise. Le corps blessé par les heures pas­sées à che­val, il par­vient au cœur de ces mon­tagnes : « Là je découvre une eth­nie, une géné­ro­sité, je me suis dit tout est joué ». Au retour, il écrit le scé­na­rio et le film (3) sera lar­ge­ment primé. Une expé­rience qu'il renou­vel­lera : « c'est uni­que­ment quand j'ai peur et que je dois prendre des risques face à l'inconnu que j'y vais ! ». Une devise qui l'amène à suivre la vie des hip­po­po­tames en Ouganda comme à se plon­ger dans les poé­sies de René Char. Désormais, la car­rière du réa­li­sa­teur est lancée.

Les ensei­gne­ments de l'Odyssée de l'espèce

Portraits d'écrivains (Le Clézio...), de cho­ré­graphes (Pina Bausch, Marie-Claude Pietragalla...), docu­men­taires ani­ma­liers (4)... Jacques Malaterre a égale­ment créé de nom­breuses séries pour la télé­vi­sion (5) et fic­tions uni­taires (6). Jusqu'à la consé­cra­tion à la télé­vi­sion en  2002 avec L'Odyssée de l'espèce, puis Homo Sapiens et le Sacre de l'Homme. Là encore, la marche est haute : « réa­li­ser un film sur la pré­his­toire pou­vait don­ner un gros nanar ». Son tra­vail réa­lisé auprès des eth­nies, des ani­maux lui sert alors énor­mé­ment : « il y a des regards camé­ras qui sont simi­laires ». Son suc­cès ?  Il l'explique par le besoin de repères : « Un vieux pro­verbe afri­cain dit : quand tu es perdu arrête toi, retourne toi et regarde d'où tu viens... Nous sommes tous cou­sins ! ». Jacques Malaterre réa­lise que « leur seul plan de car­rière c'était de don­ner la vie, et la pro­té­ger. Je me suis à mon tour ins­crit dans ce cycle !», déclare l'heureux père de Sara, qui l'a depuis accom­pa­gné sur ses tour­nages, jouant la fille d'Henri IV, et pré­sente dans Ao le der­nier Neandertal. S'il n'est plus éduca­teur depuis des années, Jacques Malaterre en garde de grands ensei­gne­ments : « Le déno­mi­na­teur com­mun de tous mes films, c'est l'émotion. J'aime tra­vailler sur les rap­ports humain. Etre éduca­teur m'a appris à avoir un rap­port sain et juste, que je me trouve face à une eth­nie, un ani­mal ou une célé­brité ! » conclut-il.


Elise Pierre

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Note(s) :
  • (1) L’adieu au pape (1988), La synagogue de Cavaillon, Quartier Libre, Les synagogues de Vaucluse…
  • (2) Maria Casares, histoires d’actrice
  • (3) Les Tsaatans, ceux qui chevauchent les rennes. Prix pour le meilleur film d’exploration, festival international du Film-Autrans (1994), Grand Prix de « Cinéma-Nature », Domppierre (1995) Prix du Tourisme du Festoval de Films de Montagne (Solvaquie, 1995), Mention pour la Qualité Humaine du sujet des « Ecrans de l’aventure »,(Dijon 1995), Prix Spécial du Jury au Jackson Hole Wildlife Festival (USA, 1995)
  • (4) Ma vie pour les hippos, La légende de l’homme loutre, La durance, paroles de rivière (1995)
  • (5) Boulevard du Palais (1999), SOS 18, Commissariat Bastille (2001)
  • (6) L’amour interdit (2002), Fibre mortelle

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