11.02.2011
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Cédric Villani : il faut rapprocher monde de la recherche et monde enseignant

Médaillé Fields 2010, direc­teur de l'Institut Henri Poincaré, Cédric Villani, mathé­ma­ti­cien pas­sionné et cha­leu­reux, tra­vaille sur de nou­veaux pro­jets. Il nous en parle, après un retour sur son par­cours, dans un entre­tien exclusif.

A quel moment vous êtes-vous dit : les mathé­ma­tiques sont ma pas­sion, je veux être mathématicien ?

Ce jour où je me suis dit « j'adore les mathé­ma­tiques et je veux en faire mon métier » est venu tard. Mais l'intérêt pour les mathé­ma­tiques, lui, est beau­coup plus ancien. Je ne me sou­viens pas d'une époque où je n'ai pas été inté­ressé par les maths. Déjà quand j'étais tout petit, je trou­vais cela atta­chant, ludique et inté­res­sant. Mes pro­fes­seurs de troi­sième et de seconde, entre autres, ont aussi joué un rôle impor­tant : ils n'hésitaient pas à aller hors des sen­tiers bat­tus et à pré­sen­ter les choses de façon élégante et ludique. Ils ne sui­vaient pas le pro­gramme à la lettre, mais étaient pas­sion­nés, et c'est ce qui est le plus impor­tant. Ensuite, un moment très fort pour moi fut celui des classes pré­pa­ra­toires : je l'ai trouvé très épanouis­sant. Enfin, l'Ecole Normale Supérieure a été un choc, un vrai moment de liberté. Mais le moment du déclic a été la thèse : là je me suis dit que je vou­lais faire des mathé­ma­tiques mon métier.

Votre thèse contenait-elle les pré­mices de votre tra­vail récom­pensé par la médaille Fields ?

Oui, elle conte­nait déjà une étude de la théo­rie ciné­tique des gaz, dans laquelle on s'intéresse aux pro­fils de dis­tri­bu­tion des molé­cules dans un gaz, dont on fait une des­crip­tion sta­tis­tique. Ensuite, j'ai inclus cette recherche dans des champs beau­coup plus vastes, mais ma thèse conte­nait les germes de mes tra­vaux futurs.

Qu'est-ce que l'obtention de la médaille Fields change dans la vie d'un mathématicien ?

Il est un peu tôt pour le dire, cela ne fait que six mois. Mes sujets de recherche res­tent les mêmes et fon­da­men­ta­le­ment, pour ceux qui me connaissent, je n'ai pas changé. Mais il est vrai que cette médaille est un encou­ra­ge­ment et en même temps fait de moi un peu un porte-parole de la com­mu­nauté mathé­ma­tique. C'est un grand chan­ge­ment pour un cher­cheur : les cher­cheurs habi­tuel­le­ment sont peu mis en avant, mal­gré le rôle déter­mi­nant de leurs tra­vaux pour la société. Depuis que j'ai obtenu la médaille, j'ai ren­con­tré abso­lu­ment tout le monde, des éboueurs au pré­sident de la République.

Justement, grâce à cette noto­riété, allez-vous œuvrer pour don­ner une image plus acces­sible des mathématiques ?

En tant que direc­teur de l'Institut Henri Poincaré, j'espère en par­ti­cu­lier que cette noto­riété pourra aider au rap­pro­che­ment entre recherche et entre­prise et aussi à l'obtention de nou­veaux finan­ce­ments pri­vés. Qu'elle contri­buera par ailleurs à sus­ci­ter des voca­tions. Au niveau de la recherche, je sou­haite qu'au sein de l'institut, une véri­table syner­gie s'opère entre toutes les dis­ci­plines scien­ti­fiques (mathé­ma­tiques pures, mathé­ma­tiques appli­quées, infor­ma­tique, phy­sique etc), et que les cher­cheurs tra­vaillent de plus en plus de façon décloi­son­née. Nous sommes actuel­le­ment dans une bonne dynamique.

Par rap­port aux élèves et étudiants ainsi qu'aux ensei­gnants, allez-vous mettre en place des ini­tia­tives spécifiques ?

Oui, samedi 5 février a débuté le tout pre­mier Mathematic Park . Il s'agit de cours des­ti­nés aux ensei­gnants non-chercheurs, à des étudiants, à des élèves de ter­mi­nale ou de classe pré­pa­ra­toire. Ces cours leur per­mettent d'approfondir cer­taines notions, et sont très acces­sibles moyen­nant un mini­mum d'initiation. J'espère en par­ti­cu­lier que ces cours, qui ont lieu deux same­dis par mois, pour­ront ser­vir de base à une sorte de for­ma­tion conti­nue des ensei­gnants du secon­daire, qui, mal­heu­reu­se­ment, ne dis­posent pas actuel­le­ment de beau­coup d'outils pour cela. L'idée est de rap­pro­cher le monde de la recherche du monde ensei­gnant. Nous avons aussi des confé­rences grand public, cette fois-là des­ti­nées vrai­ment à tout le monde, dans le cadre du cycle de confé­rences « Une ques­tion, un cher­cheur ». Et très pro­chai­ne­ment, nous allons orga­ni­ser un col­loque pour le cen­te­naire de la nais­sance d'Evariste Galois, le mathé­ma­ti­cien fran­çais emblé­ma­tique par excel­lence, avec des confé­rences grand public.

Vous êtes égale­ment pro­fes­seur à l'université de Lyon. Comment conciliez-vous vos mul­tiples acti­vi­tés avec votre tra­vail de recherche ?

En fait, le cours que je fais à l'université porte sur la ques­tion mathé­ma­tique qui me pré­oc­cupe actuel­le­ment : le pas­sage des lois qui régissent le monde micro­sco­pique à celles qui régissent le monde macro­sco­pique, dans le cas de la dyna­mique des plas­mas ou des galaxies.

Vous êtes aussi investi dans la défense de l'enseignement des mathé­ma­tiques au lycée : vous avez signé l'appel « La France a besoin de scien­ti­fiques », qui pro­teste contre la réduc­tion des horaires de maths en classe de 1ère et de ter­mi­nale S dans le cadre de la réforme du lycée. Pour vous, cette réforme repré­sente un dan­ger pour la for­ma­tion des futurs scientifiques ?

A mon avis oui. Certains aspects de la réforme ne m'inquiètent pas : je ne suis pas cho­qué par exemple par le fait qu'il n'y ait plus d'histoire-géographie en ter­mi­nale S. Il ne faut pas avoir peur de spé­cia­li­ser davan­tage les dif­fé­rentes filières, et on ne peut pas tout faire de façon inten­sive. Mais la ques­tion des horaires est cru­ciale. Pour acqué­rir une bonne culture mathé­ma­tique, pour assi­mi­ler les concepts et les pra­ti­quer, il faut du temps. Cette réforme est donc une bourde.

Mais glo­ba­le­ment quand même, l'école mathé­ma­tique fran­çaise se porte bien ?

Oui, elle se porte très bien. Et sur le mar­ché inter­na­tio­nal, le mathé­ma­ti­cien fran­çais a la cote ! Restons donc posi­tifs et je conseille à tous de faire des mathé­ma­tiques : elles donnent les clefs du monde.


Sandra Ktourza

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Nimier
le 12 août 2011

Voir égale­ment: Entretien avec René Thom médaille Fealds http://www.pedagopsy.eu/en​tretien_thom.htm

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chantal
le 3 septembre 2011

Nous signa­lons que les tra­vaux per­son­nels de Cédric Villani, publiés dans des ouvrages per­son­nels ou col­lec­tifs sont télé­char­geables gra­tui­te­ment avec l'autorisation de l'auteur sur notre pla­te­forme de télé­char­ge­ment à la rubrique Mathématiques : http://www.artelittera.com

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