21.01.2011
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Sébastien Sihr : « Ces évaluations sont mal ficelées, mal ciblées et mal placées »

Cette semaine, c'est d'une même voix que les syn­di­cats ensei­gnants se sont élevés contre les évalua­tions des élèves en CM2 en dénon­çant un « outil poli­tique » des­tiné à mettre « en concur­rence des écoles entre elles ». Mercredi, c'est tou­jours una­ni­me­ment qu'ils ont boy­cotté les vœux du pré­sident de la République. Retour sur ces évène­ments avec Sébastien Sihr, secré­taire géné­ral du SNUipp-FSU, pre­mier syn­di­cat du primaire.

Pourquoi contes­ter ces évalua­tions des élèves en CM2 ?

Depuis la mise en place de ces évalua­tions en 2009, nous sommes pas­sés d'outils pro­fes­sion­nels au ser­vice des ensei­gnants à une évalua­tion sta­tis­tique au ser­vice du pilo­tage du sys­tème par le Ministère. Ces évalua­tions sont mal fice­lées,  mal ciblées et mal placées.

Mal fice­lées puisque par exemple le mode de cor­rec­tion « juste ou faux » ne per­met pas de com­prendre les erreurs qu'ont pu effec­tuer les élèves, ni de repé­rer les réus­sites par­tielles. L'outil est donc peu exploi­table par les enseignants.

Mal ciblées car si elles doivent per­mettre de  repé­rer les dif­fi­cul­tés des élèves, elles per­mettent aussi au sys­tème d'avoir des infor­ma­tions sur les acquis des élèves à tous les niveaux, dépar­te­men­tal, aca­dé­mique et natio­nal. Nous esti­mons qu'un même outil ne peut avoir ces deux fonctions.

Mal pla­cées car celles de CM2 tombent en milieu d'année. Trop tôt pour avoir un « outil cohé­rent », les points du pro­gramme n'ayant pas tous été conso­li­dés. Et trop tard s'il s'agit de faire une évalua­tion sur le niveau des élèves, car les ensei­gnants ont besoin de ces éléments au début de l'année pour mener un tra­vail d'équipe, mettre en place des dis­po­si­tifs d'aide, des re-médiations, dans et hors la classe avec les Rased par exemple.

Que préconisez-vous ?

Des évalua­tions doivent être de vrais outils pro­fes­sion­nels, au ser­vice de la réus­site des élèves. Dans ce but, elles doivent être pla­cées en début d'année pour four­nir une feuille de route aux ensei­gnants, un outil de « diag­nos­tic » qui les aide dans leurs pra­tiques. Ces évalua­tions ne sont pas là sim­ple­ment pour dire ce que les élèves savent ou non mais quels sont leurs points forts ou faibles, quelle est la diver­sité de leurs pra­tiques, pour cer­ner au mieux leurs besoins. Ce type d'outil est posi­tif car il per­met aux ensei­gnants de créer dans leur cadre quo­ti­dien un réflexe qui n'est pas celui de dire tu as juste ou faux, mais pour­quoi as-tu fait cela, et ainsi com­prendre ce qui a pu faire obstacle.

Ce prin­cipe d'évaluation pour­rait être mis en place au col­lège, quelle est votre position ?

Nous sommes favo­rables au prin­cipe de l'évaluation car elle est consub­stan­tielle à l'acte d'enseigner. L'évaluation doit même faire par­tie de la for­ma­tion ensei­gnante, pour apprendre à por­ter un regard pro­fes­sion­nel sur les dif­fi­cul­tés et réus­sites des élèves pour les aider à pro­gres­ser. Mais nous ne sommes pas d'accord sur la fina­lité de cet outil qui a été conçu comme un outil de pilo­tage du sys­tème éduca­tif. Si on veut avoir une évalua­tion du sys­tème éduca­tif, autant faire ce tra­vail à par­tir d'un échan­tillon­nage comme Pisa.

Y a-t-il un lien entre les évalua­tions des élèves, l'évaluation du sys­tème et l'évaluation des enseignants ?

Le minis­tère dément qu'il y ait un lien entre ces évalua­tions des élèves par aca­dé­mie et l'évaluation de ensei­gnants. Le risque cepen­dant n'est jamais écarté il faut res­ter vigi­lant. Ces évalua­tions ne portent un regard que sur le fran­çais et les mathé­ma­tiques alors que le tra­vail de l'enseignant est beau­coup plus riche, poly­va­lent, plu­riel.  Relation aux parents, socia­li­sa­tion, déve­lop­pe­ment moteur, décou­verte du monde, des sens, tra­vail d'équipe ...Utiliser ces don­nées brutes pour évaluer le monde ensei­gnant serait inco­hé­rent et contre-productif.

Quels sont les enjeux du boy­cott ce mer­credi des vœux de Nicolas Sarkozy ?

Le boy­cott ne fait pas par­tir de nos pra­tiques cou­rantes, nous sommes atta­chés au prin­cipe répu­bli­cain de dis­cus­sion avec le gou­ver­ne­ment. Mais cette posi­tion sym­bo­lique cor­res­pond à une situa­tion excep­tion­nelle : 60.000 sup­pres­sions de postes, réforme de la for­ma­tion des maîtres –dont Nicolas Sarkozy a reconnu l'échec-, dia­logue social de plus en plus dif­fi­cile, comme sur les évalua­tions de CM2. Nous avons voulu mar­quer d'une pierre blanche ce rendez-vous pour mon­trer notre désac­cord et notre volonté de por­ter une autre poli­tique éduca­tive qui ne soit pas la réus­site de quelques uns au détri­ment des autres, mais la réus­site de tous les élèves.

Le pré­sident de la République a déclaré être prêt à une « remise à plat » de la réforme des enseignants...

Il avoue l'échec de sa propre poli­tique en matière de for­ma­tion des maîtres. Que de temps perdu et de gâchis ! Il a fallu attendre que les sta­giaires soient en dif­fi­culté pro­fes­sion­nelle lors de cette pre­mière année. Nous atten­dons avec impa­tience qu'il com­mu­nique le calen­drier et le contenu des dis­cus­sions, nous avons des pro­po­si­tions concrètes. Car la for­ma­tion des ensei­gnants est un levier indis­pen­sable pour faire réus­sir tous les élèves, y com­pris ceux issus des milieux les plus fra­giles, pre­mières vic­times d'un sys­tème éduca­tif devenu trop inégalitaire.

Quelles sont ces propositions ?

Nous sou­hai­tons un par­cours de for­ma­tion pro­fes­sion­nelle dès le Master 1 qui arti­cule à la fois des temps de stage, et un contenu didac­tique et péda­go­gique qui prenne en compte toutes les dimen­sions du métier de pro­fes­seur du pre­mier degré : la mater­nelle, la psy­cho­lo­gie de l'enfant, la sco­la­ri­sa­tion des enfants en situa­tion de han­di­cap, l'apprentissage de la lec­ture, du langage...Cette arti­cu­la­tion entre stages et conte­nus péda­go­giques doit se faire au sein des IUFM inté­grés aux uni­ver­si­tés. Ensuite, nous sou­hai­tons que lors de l'année d'entrée dans le métier, les sta­giaires soient 60% du temps encore en for­ma­tion et 40% du temps en stage devant élève, et non l'inverse.

Élise Pierre


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