Polémique sur l'"embauche à vie des fonctionnaires"
Le point de départ de la polémique est un entretien de Christian Jacob accordé vendredi 7 janvier au mensuel Acteurs Publics . Il y déclare qu'il "ne faut pas s'interdire de réfléchir à la pertinence de l'embauche à vie des fonctionnaires". Et propose d'"envisager, à l'avenir, des contrats d'objectifs sur cinq ou dix ans qui permettraient à des gens de passer du secteur privé au secteur public et vice versa".
"Un management relevant du privé"
Le jour même, Libération publie les réactions des syndicats et de la gauche. "Cette proposition laisse à penser qu'on peut moderniser la fonction publique en ayant recours à un management relevant du privé, mais ce n'est pas du tout adapté. Elle a besoin de pérennité, de continuité" déclare Bernadette Groison, secrétaire générale de la FSU.
Pour Razzy Hammadi, secrétaire national du PS aux services publics, "ce que la droite veut, c'est une fonction publique muselée et en laisse".
Pour apaiser la polémique, Georges Tron, secrétaire d'Etat à la Fonction Publique, a immédiatement indiqué que revenir sur le statut des fonctionnaires "n'est pas du tout dans l'optique du gouvernement" (Libération, article déjà cité).
"Franchement inutile"
Lundi, c'est le Premier ministre lui-même, lors de ses vœux à la presse, qui a dénoncé un débat "franchement inutile". Il a martelé qu'il "ne faut pas laisser entendre que l'Etat distribuerait des rentes à vie", mais en précisant tout de même que "cela ne veut pas dire que les fonctionnaires titulaires sont propriétaires de leur poste et de leur rémunération". (Source Libération).
Aujourd'hui, tout semble apaisé : ce matin sur RTL, Christian Jacob indiquait qu'il n'y avait pas "de désaccord" et qu'il n'avait "aucun problème avec le Premier ministre". (Source Le Figaro)
Jean-François Copé, secrétaire général de l'UMP, déclarait de son côté ce matin sur i-TELE et Radio classique que ce que disait Christian Jacob "[était] quelque chose qui relev[ait] du bon sens" et qu'il n'y avait pas là de "tabou". L'idée "que l'on puisse faire des allers-retours entre la fonction publique et le secteur privé comme cela se fait dans tous les grands pays d'Europe" n'est pour lui en effet pas du tout déplacée. (Source Le Figaro)
De fortes craintes
Le feu est-il vraiment éteint ? Il suffit de lire l'interview d'Anne Baltazar, secrétaire générale de FO Fonctionnaires, publiée aujourd'hui sur le site du mensuel Acteurs Publics, pour se rendre compte que non. Elle défend le "statut des fonctionnaires", contribuant "à l'attractivité de la fonction publique", et plus que jamais indispensable alors que certains secteurs comme les hôpitaux ont tant de mal à recruter. Et, alors que s'ouvrent aujourd'hui les discussions entre Georges Tron et les syndicats sur la précarité dans la Fonction Publique des agents non titulaires , Anne Baltazar craint que cette polémique ne cache en filigrane "l'envie de l'UMP de mettre fin à la garantie de l'emploi dans la fonction publique". Ce qui serait quelque chose d"'inacceptable".
Sandra Ktourza

