07.01.2011
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Gilles de Robien : « Il ne me déplairait pas de revenir ! »

Ministre de l'Éducation et de l'Enseignement supé­rieur du gou­ver­ne­ment de Villepin, de 2005 à 2007, Gilles de Robien a pré­féré prendre de mul­tiples mesures plu­tôt que de lan­cer une grande réforme de plus. Mais il recon­naît mieux com­prendre le sys­tème aujourd'hui que lorsqu'il était en poste.
photo "Société en mouvement"

Lorsqu'il arrive rue de Grenelle, Gilles de Robien pos­sède déjà une solide expé­rience par­le­men­taire et gou­ver­ne­men­tale. Député de la Somme depuis 1986, maire d'Amiens depuis 1989, vice-président de l'Assemblée natio­nale de 1993 à 1998, il a notam­ment signé la loi du 11 juin 1996, qui porte son nom, sur l'aménagement et la réduc­tion du temps de tra­vail. Comme ministre de l'Équipement, des Transports et du Logement, il a décidé l'installation des pre­miers radars auto­ma­tiques et créé un dis­po­si­tif de défis­ca­li­sa­tion de l'immobilier locatif.

Nomination sur­prise

Pourtant, le 31 mai 2005, lorsque Dominique de Villepin lui demande de prendre les rênes de l'Éducation natio­nale, de l'Enseignement supé­rieur et de la Recherche, le député maire d'Amiens passe par plu­sieurs sen­ti­ments. « C'est un minis­tère auquel je m'étais peu pré­paré et dont on m'avait fait une des­crip­tion abso­lu­ment ter­rible. A la sur­prise ont suc­cédé l'appréhension, puis fina­le­ment une cer­taine joie ».


Gilles de Robien en cinq dates

1941 : nais­sance à Cocquerel, dans la Somme
1989 : élu maire d'Amiens.
2005 : nommé ministre l'Éducation natio­nale, de l'Enseignement supé­rieur et de la Recherche
2007 : quitte la rue de Grenelle
2008 : battu aux muni­ci­pales à Amiens, se retire de la vie politique

Parmi les convic­tions du nou­veau ministre, celle qu'il faut reve­nir à l'essentiel, moins se dis­per­ser et se concen­trer sur les fon­da­men­taux, en par­ti­cu­lier l'apprentissage du fran­çais. « Je me suis ins­crit dans la conti­nuité de la loi Fillon, qui défi­nis­sait un socle mini­mum de savoirs à maî­tri­ser, auquel je me suis atta­ché à don­ner un contenu, en appli­quant des méthodes éprou­vées et uti­li­sées dans la quasi-totalité des pays. »

Quand il jette un coup d'œil dans le rétro­vi­seur, Gilles de Robien semble rela­ti­ve­ment satis­fait de son bilan. :« J'ai engagé 36 réformes. Certaines ont mal­heu­reu­se­ment été aban­don­nées en route, mais il en reste 34 aujourd'hui entrées dans les faits. Il semble notam­ment que l'on ait un peu pro­gressé pour ce qui est des appren­tis­sages de base ». La mise en place des col­lèges « Ambition Réussite » figure égale­ment en bonne place au rang des fier­tés qu'il affiche.

L'échec de la bivalence

En revanche, sa ten­ta­tive d'imposer la biva­lence aux pro­fes­seurs des col­lèges se solde par un échec, que Gilles de Robien déplore encore aujourd'hui : « Dans tous les pays d'Europe, les pro­fes­seurs sont biva­lents. Du coup, les élèves passent plus faci­le­ment du pri­maire au secon­daire. Ce n'est quand même pas com­pli­qué de connaître le fran­çais et une langue étran­gère, ou d'enseigner les sciences et les mathé­ma­tiques ! Cela règle­rait égale­ment les pro­blèmes d'effectifs, mais les syn­di­cats ne veulent pas entendre par­ler de biva­lence... » Au cha­pitre des regrets aussi, ne pas avoir eu le temps d'organiser un véri­table Grenelle de l'Éducation.

L'ancien ministre, dont le goût pour le dia­logue et la concer­ta­tion est géné­ra­le­ment reconnu, conserve d'ailleurs une impres­sion par­ta­gée de ses rap­ports avec les repré­sen­tants syn­di­caux :« Je garde un sou­ve­nir plai­sant et posi­tif des dis­cus­sions avec eux. Leur expres­sion publique, au sor­tir de ces séances, était en revanche beau­coup plus désa­gréable. Il y avait une vraie contra­dic­tion entre la qua­lité du dis­cours tenu pen­dant les négo­cia­tions et la pos­ture de prin­cipe, sou­vent hos­tile, affi­chée ensuite, qui m'apparaissait par­fois comme un acte de déloyauté vis à vis de notre ambi­tion com­mune. »

« Si on m'appelait... »

Désormais offi­ciel­le­ment retiré de la vie poli­tique, il reste pas­sionné par tout ce qui concerne son ancien por­te­feuille. « La réforme de la for­ma­tion des ensei­gnants va exac­te­ment à l'encontre de ce qu'il faut faire. On n'est pas obligé d'avoir étudié dix ans après le bac pour être un excellent pro­fes­seur. Mais il faut apprendre à trans­mettre le savoir, à acqué­rir de l'autorité sans bas­cu­ler dans l'autoritarisme... Et puis, nous sommes l'un des pays qui paie le moins bien ses profs. Ce n'est pas bien. En contre­par­tie, les ensei­gnants doivent assu­rer davan­tage de temps d'enseignement et de pré­sence dans l'établissement. »

Finalement, cette plon­gée dans des dos­siers que l'on devine pas tout à fait refer­més amène une conclu­sion inat­ten­due : « Chaque ministre qui passe pense avoir la solu­tion, ajoute des réformes aux réformes, et l'ensemble ne semble pas s'améliorer. C'est décou­ra­geant. Mais je ne suis pas décou­ragé. Et je crois que je com­prends encore mieux le sys­tème depuis que je l'ai quitté. Au point que si l'on me pro­po­sait une mis­sion ponc­tuelle d'un an ou dix-huit mois, je serais par­tant sans hési­ter ! Alors que la pre­mière fois, j'y suis allé parce qu'on me l'avait demandé. Mais ce n'est pas un appel... »

Patrick Lallemant

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Vos réactions :

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Renaud
le 10 janvier 2011

Oui Gilles de Robien fut un bon ministre, on aime­rait le revoir à l'oeuvre.

Lubin
le 22 février 2011

"L'ancien ministre, dont le goût pour le dia­logue et la concer­ta­tion est géné­ra­le­ment reconnu..." Euh, vous êtes sûr ? Parmi toutes les déci­sions prises par le ministre (on n'ose pas par­ler de "réforme") peut-on en citer une seule qui ait été prise en concer­ta­tion avec les pro­fes­sion­nels ? Robien res­tera dans les annales comme celui qui pré­ten­dait par simple cir­cu­laire impo­ser "la" bonne méthode de lecture.

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