20.12.2010
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Michael Davidson, Soojin Park : « en Corée, les professeurs sont deux fois mieux payés »

Les résul­tats de Pisa 2009 confirment la place de la France dans la moyenne des pays de l'OCDE, mais aussi une baisse des per­for­mances des élèves en mathé­ma­tiques. Ils consacrent égale­ment l'efficacité de cer­tains sys­tèmes asia­tiques. Regards conjoints de Michael Davidson, qui a conduit l'ensemble de l'enquête Pisa, et Soojin Park, coréenne et co-auteur de l'enquête.

Shanghai et la Corée du Sud devancent désor­mais la Finlande en tête du clas­se­ment. Vous attendiez-vous à cette émer­gence des pays asiatiques ?

MD : Il faut d'abord pré­ci­ser que tous les sys­tèmes éduca­tifs asia­tiques n'obtiennent pas d'aussi bons résul­tats que Shanghai ou la Corée. Taipei, Macao ou la Thaïlande se situent autour ou en-dessous de la moyenne. Plutôt que de consi­dé­rer la répar­ti­tion géo­gra­phique, nous pré­fé­rons étudier les  carac­té­ris­tiques com­munes aux pays qui arrivent en tête du classement.

Nous consta­tons par exemple que les pays qui, grâce à des par­cours éduca­tifs per­son­na­li­sés, par­viennent à inclure l'ensemble des élèves dans toute leur diver­sité obtiennent les meilleurs résul­tats. A l'inverse, ceux qui mul­ti­plient les filières selon les capa­ci­tés et/ou affichent de forts taux de redou­ble­ment sont moins performants.

Comment expliquez-vous les pro­grès coréens, constants depuis une dizaine d'années ?

MD : L'enquête Pisa per­met d'obtenir une pho­to­gra­phie. Il est ensuite dif­fi­cile d'attribuer les bons résul­tats à telle ou telle mesure, et nous devons res­ter pru­dents. Ce qui est cer­tain, en revanche, c'est que les pro­grès coréens sont avant tout le fruit d'une volonté poli­tique. Dès le début des clas­se­ments Pisa, les auto­ri­tés coréennes ont décidé qu'elles obtien­draient la plus forte pro­por­tion d'élèves pos­sible parmi les meilleurs.

SP : Je pense que ce qui explique les pro­grès, c'est aussi que les Coréens ne sont jamais satis­faits de leur sys­tème sco­laire, et s'en plaignent en per­ma­nence ! Ils attendent énor­mé­ment de l'éducation. En consé­quence, les auto­ri­tés ne cessent d'étudier ce qui se fait de mieux ailleurs pour s'en inspirer.

Concrètement, com­ment cette volonté poli­tique se traduit-elle ?

SP : Les ensei­gnants coréens sont, par exemple, beau­coup mieux payés que leurs col­lègues fran­çais. Après 15 ans de car­rière, si l'on rap­porte leur salaire au PIB par habi­tant, un pro­fes­seur gagne deux fois mieux sa vie à Séoul qu'à Paris. Cela per­met d'attirer les meilleurs éléments vers l'enseignement. En Corée, seuls 5% des étudiants, les meilleurs, ont une chance de deve­nir pro­fes­seurs. Bien payés, ils sont aussi très qua­li­fiés. Le gou­ver­ne­ment sub­ven­tionne égale­ment des cours de sou­tien au sein des établis­se­ments sco­laires pour les élèves les plus défa­vo­ri­sés, qui ne peuvent recou­rir à des sou­tiens privés.

MD : Autre exemple : pour amé­lio­rer les résul­tats en lec­ture, le gou­ver­ne­ment a imposé aux écoles de consa­crer une part déter­mi­née de leur bud­get à cet ensei­gne­ment. Des pro­grammes d'entraînement ont été élabo­rés pour les pro­fes­seurs de lec­ture, les parents ont été invi­tés à s'impliquer davan­tage, on leur a appris à épau­ler le tra­vail sco­laire de leurs enfants... En neuf ans, le taux d'élèves obte­nant les meilleurs résul­tats pos­sibles en lec­ture est passé de 5,7 à 12,9 %.

En revanche, les classes sont surchargées...

SP : C'est vrai que l'effectif moyen est de 36 élèves par classe. Ceci est rendu pos­sible par l'ambiance très stu­dieuse et dis­ci­pli­née qui règne dans les établis­se­ments sco­laires. Mais les rela­tions entre élèves et ensei­gnants en souffrent, et  les élèves ne se sentent pas tou­jours très écou­tés par leurs pro­fes­seurs, qui donnent leurs cours de façon très magis­trale. Ces rela­tions profs-élèves s'améliorent mais, com­pa­rées aux autres pays, elles ne sont pas encore très bonnes. C'est sans doute l'un des points sur les­quels les Coréens peuvent encore progresser.

Comment les rythmes sco­laires s'organisent-ils en Corée ?

SP : Nous sommes en train d'expérimenter la semaine de cinq jours. Tout récem­ment, les Coréens allaient encore à l'école six jours par semaine. Pour le reste, je ne pense pas que le nombre d'heures d'enseignement par jour soit très dif­fé­rent en France et en Corée. En revanche, les cours de sou­tien dont je vous par­lais tout à l'heure peuvent allon­ger consi­dé­ra­ble­ment les jour­nées des élèves Coréens.

MD : Les jour­nées des écoliers sont longues et les semaines char­gées, pour­tant si vous com­pa­rez le nombre d'heures de cours sui­vies par un élève de 15 ans, vous arri­vez pra­ti­que­ment au même résul­tat en Corée et en France. Par ailleurs, en addi­tion­nant toutes les heures de cours reçues entre 7 et 14 ans, vous arri­vez à un chiffre légè­re­ment infé­rieur à 6000 en Corée, alors qu'il atteint presque 8000 en France. N'observer que les rythmes quo­ti­dien ou heb­do­ma­daire n'est donc pas for­cé­ment très significatif.


Patrick Lallemant

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jpb1603
le 21 décembre 2010

Les résul­tats de cette étude montrent à quel point notre "Education natio­nale" a cessé d'être et un fac­teur de cohé­sion sociale et un des moteurs du défunt ascen­seur social. On aime­rait que les hommes poli­tiques, les ensei­gnants, les parents, en bref, les fran­çais l'utilisent pour faire pro­gres­ser notre sys­tème éduca­tif. Mais, je crains que l'esprit par­ti­san, les cor­po­ra­tismes, et notre incroyable "talent" de don­neur de leçons ne nous privent de cette oppor­tu­nité.
C'est mal­heu­reu­se­ment l'avenir de nos enfants et celui de tout un pays que nous sommes en train de com­pro­mettre. Si l'expression n'était usée jusqu'à la corde, voire bien au-delà, j'aimerais que l'on parle, enfin, du "Grenelle de l'éducation". Il n'y a pas d'autre prio­rité que celle-là, c'est la clé de tout.

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sicnarf
le 23 décembre 2010

je ne retien­drai que ce point : "C'est vrai que l'effectif moyen est de 36 élèves par classe. Ceci est rendu pos­sible par l'ambiance très stu­dieuse et dis­ci­pli­née qui règne dans les établis­se­ments sco­laires.". C'est sûr qu'avec nos 36 élèves par classe, dont une bonne moi­tié de démo­ti­vés et bavards (échanges de leurs der­nières prouesses en tout genre, par exemple), ce n'est pas la même ambiance et la fatigue de l'enseignant est faci­le­ment mul­ti­pliée par un gros coefficient !

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coralie
le 24 décembre 2010

Et oui! "ambiance stu­dieuse"... Est-il nor­mal qu'au nom de la paix élèves/parents/administration/profs on laisse les bala­deurs, les por­tables fonc­tion­ner pen­dant les cours ? qu'on laisse les élèves sor­tir pen­dant le cours, man­ger en classe comme sur une ter­rasse de café ? qu'on sur­éva­lue afin soit disant de ne pas frus­trer mais d'encourager ? Résultat : il n'y a plus d'exigence... Quel que soit le niveau, l'enseignant doit se faire tout petit.... il faut choisir.

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