25.11.2010
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"Ce n'est qu'un début" : des philosophes hauts comme trois pommes

Le film "Ce n'est qu'un début", actuel­le­ment en salles, retrace l'expérimentation d'ateliers à visée phi­lo­so­phique en classe de mater­nelle. Isabelle Duflocq, direc­trice de l'école et Pascaline Dogliani, ensei­gnante de la classe où se déroulent les ate­liers, répondent à nos questions.

Quel était le but de ce projet ?

Isabelle Duflocq, direc­trice de l'école mater­nelle Jacques Prévert de Le Mée-sur-Seine (Seine-et-Marne). Le pro­jet d'ateliers à visée phi­lo­so­phique est né d'une ren­contre entre la pro­po­si­tion d'un pro­fes­seur de l'IUFM, Jean-Charles Pettier, à la recherche d'une classe accep­tant d'expérimenter des outils péda­go­giques qu'il avait conçus pour Pomme d'Api (Bayard) ; et pour nous, d'une pra­tique de l'innovation et de la recherche péda­go­gique (nous sommes une école d'application (1)). Le film ne s'est pas fait à notre demande. C'était même une petite prise de risque mais nous nous sommes dit : "pour­quoi pas".
Pascaline Dogliani, Maître for­ma­teur à l'école. Quand le pro­jet est arrivé à l'école, la phi­lo­so­phie n'était qu'un vague sou­ve­nir de ter­mi­nale, alors je me suis dit que j'allais deman­der aux enfants ce qu'ils en pen­saient. L'un d'eux a dit : "ça doit for­cé­ment rendre intel­li­gent". C'était une belle remarque alors nous nous sommes dit : "ten­tons l'expérience".
Concernant le film, c'est la pro­duc­trice Cilvy Aupin qui cher­chait une école met­tant en place ce genre d'initiative. Bayard lui a donné mon nom, nous nous sommes ren­con­trées et de là tout est parti.


Ressources pédagogiques

Retrouvez le dos­sier d'accompagnement péda­go­gique du film, et des exemples gra­tuits de fiches péda­go­giques pour vos ate­liers à visée phi­lo­so­phique, à télé­char­ger sur le site offi­ciel du film (rubrique Enseignants).

Comment avez-vous pro­cédé pour orga­ni­ser les séances avec les enfants ?

Pascaline Dogliani. J'ai com­mencé avec un ate­lier par mois, puis tous les 15 jours. Je pro­po­sais les dates, puis je les trans­met­tais à la pro­duc­tion pour qu'ils soient là. Il ne fal­lait pas que ces ate­liers soient trop rap­pro­chés car il y a un tra­vail de pré­pa­ra­tion à faire : défi­nir le thème, créer des ani­ma­tions, pré­ve­nir les parents.
Isabelle Duflocq. L'atelier s'est mis en place avec une classe entière. Au démar­rage nous étions très fidèles à la pro­po­si­tion faite par Pomme d'Api, puis nous en avons affiné le cadre au fur et à mesure de nos ana­lyses et expé­riences. Ce n'est pas facile à mettre en place, c'est un vrai défi, le réajus­te­ment est per­ma­nent en fonc­tion de l'évolution des enfants. Il y a des moments de décou­ra­ge­ment. Mais si le pro­jet est arrivé à son terme, c'est parce que nous étions deux à nous épau­ler et à ana­ly­ser les situations.

Quel a été le rôle de l'IUFM dans cette expé­rience ? Qui a défini les thèmes abordés ?

Pascaline Dogliani. Jean-Charles Pettier nous a donné les outils et ensuite, nous avons adapté l'outil à nos besoins et aux besoins des enfants.
Isabelle Duflocq. Toute la par­tie de for­ma­tion s'est faite avec l'IUFM, qui est par­te­naire de l'UNESCO. Concernant les thèmes abor­dés, il y a eu des pro­po­si­tions du for­ma­teur, de Bayard et de l'enseignante.

Est-ce que votre démarche a fait des émules, en France ou à l'étranger ?

Pascaline Dogliani. Ce n'est pas nova­teur au niveau des enfants du pri­maire, mais ça l'est au niveau de la petite sec­tion de mater­nelle. Ça se fait beau­coup au Canada, en Suède, en Australie... Une cher­cheuse cana­dienne, Marie-France Daniel, est d'ailleurs venue nous voir à l'école, afin d'analyser un ate­lier et nous don­ner des outils pour pour­suivre. Le film s'est natu­rel­le­ment exporté à l'étranger.
Isabelle Duflocq. Elle fait des émules de plus en plus en France. On a des contacts lors des for­ma­tions, par mails, des retours pra­tiques, etc. Les pro­fes­seurs nous envoient leurs réa­li­sa­tions et on échange. L'UNESCO per­met de faire par­ler de cette dis­ci­pline, mais il s'agit plus d'une infor­ma­tion que d'un vrai contact avec ceux qui pratiquent.

Quels conseils donneriez-vous à ceux qui vou­draient vous imi­ter ? Avec le recul et l'expérience acquise, est-ce que vous auriez pro­cédé dif­fé­rem­ment sur cer­tains points ?

Isabelle Duflocq. Je conseille comme base pour une mise en pra­tique rapide un livre co-écrit par Jean-Charles Pettier, Pascaline Dogliani et Isabelle Duflocq : Apprendre à pen­ser et réflé­chir à l'école mater­nelle, chez Delagrave (8 euros). Notre expé­rience nous a appris de nom­breuses petites choses, par exemple sur l'organisation de l'espace : il est cer­tain que l'idéal est le cercle, où tout le monde a la même valeur de parole. Il faut beau­coup uti­li­ser les infor­ma­tions don­nées par l'attitude et le com­por­te­ment des enfants, en déve­lop­pant l'observation de ses élèves et en étant plus à l'écoute du non ver­bal.
Pascaline Dogliani. Il ne faut sur­tout pas imi­ter ! On n'est pas dans le "faire comme", mais dans l'adaptation de la for­ma­tion et l'expérimentation. En revanche, c'est vrai qu'il y a des choses qui ne fonc­tionnent pas, nous le savons, et les ensei­gnants peuvent gagner du temps en béné­fi­ciant de notre expé­rience sur le sujet. Le mieux reste d'utiliser les outils de Jean-Charles Pettier et Pomme d'Api–Bayard, ils sont sûrs.

Quels ont été les retours des élèves, des parents ? de la direc­tion de l'école ? de vos collègues ?

Pascaline Dogliani. Au début c'était assez dif­fi­cile, cer­tains col­lègues ne voyaient pas d'intérêt à cette pra­tique, ou de dif­fé­rence avec une séance de lan­gage tra­di­tion­nelle. Mais nous avons dis­cuté et cer­tains se sont essayé à la pra­tique, ou alors ils ont observé et pris des notes pen­dant cer­tains ate­liers. Par la suite c'est devenu un pro­jet d'école, tous le font dans leur classe. Les retours des enfants sont sur­pre­nants. Certains aiment, d'autres non, mais tous béné­fi­cient de ces ate­liers qui leur donnent un temps de parole dif­fé­rent et pri­vi­lé­gié. Il n'y a pas de notion d'erreur ou d'échec, ils sont mis en confiance. En ce qui concerne les familles, notre poli­tique a été de les faire par­ti­ci­per le plus pos­sible (infos, réunions, etc.). Certaines avaient des ques­tions ou des inquié­tudes, mais nous en avons parlé et tout s'est bien passé.
Isabelle Duflocq. Les retours sont de plus en plus impor­tants et très posi­tifs, sur­tout au niveau des enfants : leur regard sur le film est qu'ils se trouvent très beaux tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Ils disent aussi : "ah oui, c'est quand on était petit" (ils sont main­te­nant en CP et CE1 !). Les parents sont très éton­nés devant la capa­cité de réflexion de leurs enfants. Ils ne les voient plus pareils dorénavant.

Quels ont été les effets sur les enfants ? Ils n'auront pro­ba­ble­ment plus de cours de phi­lo­so­phie avant la Terminale : que pensez-vous de ce manque de continuité ?

Isabelle Duflocq. Il n'y a que des effets posi­tifs. Dans les appren­tis­sages au niveau lan­ga­gier : prendre la parole et être à l'écoute. Au niveau social : res­pect de l'autre, connais­sance de l'autre, accep­ta­tion de la contra­dic­tion, appren­tis­sage cog­ni­tif, vivre ensemble et "savoir être". Le lien avec la suite au cours de leur sco­la­rité est une ques­tion qui reste ouverte : les enfants sont deman­deurs mais ils savent mal­gré tout qu'il n'y aura plus de philo pour eux jusqu'en ter­mi­nale. Le dis­cours récent à l'UNESCO de notre ministre de l'Education Nationale laisse entre­voir une ouver­ture posi­tive vers ces nou­velles pra­tiques.
Pascaline Dogliani. Les enfants conti­nue­ront à pra­ti­quer en famille, pas à l'école pour l'instant. Mais il y a des petites avan­cées, comme cet élève que nous avions et qui, dès son arri­vée au CP, a décidé de faire un exposé pour ses cama­rades sur les ate­liers philo qu'il pra­ti­quait l'année pré­cé­dente ! Ce serait for­mi­dable qu'une conti­nuité se mette en place.

Allez-vous conti­nuer à ensei­gner la phi­lo­so­phie aux tout-petits ? Allez-vous orga­ni­ser des événe­ments en rap­port avec cette initiative ?

Isabelle Duflocq. Suite au film nous avons orga­nisé plu­sieurs ren­contres avec les enfants de la classe et leurs familles. Cette année tous les élèves et les ensei­gnants de notre école sont impli­qués dans la mise en place d'ateliers. C'est une réus­site. De nom­breux contacts se nouent avec des muni­ci­pa­li­tés, conseils géné­raux, écoles et ensei­gnants pour envi­sa­ger des pro­jets inno­vants depuis la sor­tie du film.
Pascaline Dogliani. Attention, je n'enseigne pas la philo, mais des ate­liers à visée phi­lo­so­phique ! Nous avons écrit un livre pour les ensei­gnants de mater­nelle, et nous sommes en train d'en écrire un nou­veau. Nous avons conçu un pro­jet sur le dépar­te­ment de la Seine-et-Marne : les Rallyes-Défi Philo. Ils per­mettent aux ensei­gnants de pra­ti­quer les ate­liers dans leurs classes en étant accom­pa­gnés, de vivre des rencontres-débats avec d'autres écoles, et ainsi de créer un réseau d'enseignants experts ou débu­tants autour d'ateliers à visée phi­lo­so­phique... Mais nous avons trop d'inscriptions et devons refu­ser du monde ! Il y a aussi un pro­jet avec la com­mune d'Ermenonville : les "goû­ters d'Emile", au parc Jean-Jacques Rousseau. Enfin nous inter­ve­nons dans les écoles pour faire des ate­liers et for­mer les ensei­gnants.
Mon sou­hait : qu'on arrive à créer des postes de for­ma­teurs et ani­ma­teurs d'ateliers à visée phi­lo­so­phique, pour être déta­chés à plein temps, et per­mettre un accom­pa­gne­ment sur le ter­rain pour déve­lop­per cette pra­tique sans être isolé.

Bande-annonce :

Quentin Duverger

Note(s) :
  • (1) Une école d'application participe à la formation des professeurs des écoles. Les maîtres-formateurs qui enseignent dans les classes d'application y forment et accueillent des enseignants stagiaires.

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anna
le 27 novembre 2010

hauts comme trois pommes...d'Api ...Merci Bayard!

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