24.11.2010
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Oliver Schmitz : "Le sida n'est pas pris au sérieux"

Dans le film "Le Secret de Chanda"(1), une jeune Sud-Africaine fait face au rejet super­sti­tieux qui entoure le sida quand la mala­die frappe au coeur de sa famille. Le film sort aujourd'hui, Journée mon­diale de la lutte contre le sida. Entretien avec le réa­li­sa­teur Oliver Schmitz.
Oliver Schmitz, réalisateur du film « Le Secret de Chanda » (DR)

Comment avez-vous décou­vert l'existence du livre, et qu'est-ce qui vous a poussé à l'adapter pour le cinéma ?

Le pro­duc­teur Oliver Stoltz, que j'ai ren­con­tré à Berlin, vou­lait réa­li­ser un pro­jet avec moi. Il m'a offert le livre d'Allan Stratton, Chanda's Secrets. J'ai vrai­ment été ému par l'histoire de cette jeune fille, qui se bat sans relâche pour com­prendre ce qui ne va pas avec son quar­tier, et le monde en géné­ral... J'ai eu une réac­tion très émotion­nelle, par­ti­cu­liè­re­ment vis-à-vis de la rela­tion entre Chanda et sa mère(2). C'est comme cela que tout a com­mencé. Après avoir ren­con­tré l'auteur pour obte­nir son accord, j'ai com­mencé à tra­vailler sur un script avec le scé­na­riste cana­dien Dennis Foon, et le pro­jet a pris forme très rapidement.


Pour travailler en classe

La fiche péda­go­gique du film donne des pistes et des infor­ma­tions pour exploi­ter le film avec des élèves.

Vous avez fait le choix de tour­ner en décor natu­rel et non en stu­dio. Avez-vous recruté vos acteurs sur place ?

La plu­part des adultes de l'histoire, comme la mère, le beau-père, la voi­sine,... sont des acteurs pro­fes­sion­nels. Mais les enfants n'avaient jamais joué de leur vie, et sont ori­gi­naires du lieu de tour­nage : un endroit appelé Elandsdoorn, à 300 kilo­mètres au nord de Johannesburg, en direc­tion du Mozambique. C'est assez isolé, pour­tant on ne dirait pas que c'est à la cam­pagne. Nous avons fait le choix de ne pas tour­ner dans un bidon­ville, pour nous détour­ner du cli­ché qui veut qu'en Afrique tout soit lié à la pau­vreté. Le but du film n'est pas d'illustrer com­bien les choses vont mal en Afrique. Le sida joue un rôle majeur dans l'histoire, mais le sida n'est pas un pro­blème exclu­si­ve­ment sud-africain...

Vous avez long­temps vécu en Afrique du Sud, avant de vous ins­tal­ler en Allemagne. Que pensez-vous de l'état de la pré­ven­tion aujourd'hui dans ces pays ?

Je pense que beau­coup d'erreurs ont été com­mises par le passé, et que des infor­ma­tions dérou­tantes sur les trai­te­ments sont encore à l'origine de beau­coup de déses­poir et de confu­sion en Afrique du Sud. Mais les cam­pagnes d'information sur le sida et l'utilisation des pré­ser­va­tifs se sont mul­ti­pliées ces vingt der­nières années, et l'attitude envers la mala­die change un peu plus à chaque géné­ra­tion. La géné­ra­tion de la jeune actrice qui joue Chanda est très consciente de ce pro­blème. Lors de la pre­mière du film à Cannes, elle a sou­haité par­ler du sida en public, et de la néces­sité de bri­ser le silence. Il est très clair qu'elle ne compte pas détruire sa vie à cause d'une erreur avec un gar­çon, lorsqu'elle sera plus grande. En Allemagne par contre, le taux d'infection aug­mente à nou­veau. Parfois, j'ai l'impression qu'on oublie le sida. Les gens le rejettent comme une chose du passé, appar­te­nant à la fin des années 1990... C'est un pro­blème qui n'est pas pris au sérieux. Bien sûr, des médi­ca­ments existent, mais le sida reste le sida !

Votre film est mar­qué par la mort et les men­songes, la super­sti­tion et le déses­poir... Avez-vous forcé le trait, ou pourrait-il s'agir d'une his­toire vraie en Afrique du Sud ?

Je n'ai rien créé pour rendre ce film plus inté­res­sant, cela pour­rait tout à fait être une his­toire vraie. Naturellement, des gens diront que c'est exa­géré, tan­dis que d'autres diront que c'est en des­sous de la réa­lité... Cela dépend vrai­ment de votre pers­pec­tive et de votre vécu. Mais il y a plus de 800.000 enfants sud-africains qui ont perdu leurs parents à cause de mala­dies liées au sida, et beau­coup d'entre eux n'ont aucun sou­tien, per­sonne n'ose prendre soin d'eux. Nous en avons ren­con­tré. Ils doivent se débrouiller tout seuls pour faire leur vie, ce qui est plu­tôt dur quand on a qua­torze ans ou moins. Et ce n'est pas à ça que la vie d'un enfant devrait ressembler.

Quel mes­sage souhaiteriez-vous trans­mettre aux élèves qui ver­ront votre film ?

J'espère que ces jeunes gens ne rejet­te­ront pas l'histoire de Chanda comme quelque chose de trop étran­ger, de si dif­fé­rent que ça ne pour­rait pas leur arri­ver. Les consé­quences du tabou, du silence, et de l'incapacité de cette famille à admettre ce qui lui arrive sont peut-être por­tées à l'extrême dans le film, mais je vou­drais qu'ils se rendent compte à quel point tout peut être bou­le­versé si on ne parle pas d'une chose aussi importante.

Sortie aujourd'hui au cinéma, Journée mon­diale de la lutte contre le sida.
La recette du 1er décembre sera inté­gra­le­ment rever­sée à la Fondation Desmond Tutu, pour sou­te­nir les Tutu Testers. Ces cli­niques ambu­lantes per­mettent aux habi­tants de se faire dépis­ter grauitement.

Bande-annonce :

Propos recueillis et tra­duits de l'anglais par

Quentin Duverger

Note(s) :
  • (1) SYNOPSIS : « Dans la poussière d’un township proche de Johannesburg, Chanda, douze ans, découvre, à la mort de sa soeur à peine née, qu’une rumeur enfle dans le voisinage, détruit sa famille, et pousse sa mère à fuir. Devinant que ces commérages se nourrissent d’à-priori et de superstition, Chanda part à la recherche de sa mère et de la vérité… ». Le film est adapté du célèbre roman du même nom.
  • (2) Chanda se bat pour le retour de sa mère, après qu'elle a fui leur village sous la pression des rumeurs sur son état de santé.

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sylvain
le 25 novembre 2010

Superbe pro­jet, féli­ci­ta­tion à Olivier Schmitz

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