06.10.2010
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Gilles Paquet-Brenner : l'histoire de Sarah s'inscrit dans un point de vue contemporain

A l'occasion de la sor­tie cette semaine de son film "Elle s'appelait Sarah"(1), Gilles Paquet-Brenner nous accorde un entre­tien exclu­sif. Il nous explique pour­quoi il a choisi d'adapter le roman de Tatiana de Rosnay(2), et de mon­trer com­bien le des­tin d'une petite fille juive raflée au Vel d'Hiv va avoir de réper­cus­sions sur le présent.

Gilles Paquet-Brenner (au centre) et Tatiana de Rosnay ©Hugo Productions, Julien Bonet

Pourquoi avez-vous choisi d'adapter le livre de Tatiana de Rosnay ?

Comme des mil­lions de lec­teurs à tra­vers le monde, l'histoire m'a bou­le­versé. Et le fait qu'elle s'inscrive dans un point de vue contem­po­rain était ori­gi­nal et pas­sion­nant. On ne fait pas que s'attacher aux faits his­to­riques, on étudie aussi leurs consé­quences sur les géné­ra­tions futures. Comment notre passé résonne dans le pré­sent pour façon­ner notre avenir.

Cette his­toire a-t-elle une réson­nance par­ti­cu­lière pour vous ?

J'ai perdu une par­tie de ma famille dans les camps de concen­tra­tion. C'est donc un sujet qui me touche particulièrement.

Comment avez-vous tra­vaillé pour recons­ti­tuer le Vel d'Hiv et le camp de Beaune-la Rolande, au niveau tech­nique, et au niveau his­to­rique (sur quels docu­ments ou témoi­gnages vous êtes-vous appuyé) ?


Pour travailler en classe

L'Agence Cinéma Education met en ligne un site péda­go­gique sur le film.

Nous avons recons­ti­tué le Vel d'Hiv à par­tir du vélo­drome Jacques Anquetil à Vincennes, que nous avons ensuite retou­ché à l'aide d'effets spé­ciaux numé­riques sur la base d'une série de pho­tos. Le résul­tat est donc très proche de la réa­lité. Pour Beaune-la-Rolande, nous avons recons­truit une par­tie du camp en île de France, et l'avons ensuite agrandi en numé­rique, nous basant sur des pho­tos et des plans que nous avons récu­pé­rés au CERCIL, l'organisme spé­cia­liste du lieu. Le résul­tat est donc égale­ment très proche de la réa­lité. Mais cette par­tie de mon tra­vail n'était ni la plus dif­fi­cile, ni la plus inté­res­sante. Ce qui me tenait à coeur était le réa­lisme des scènes, don­ner la sen­sa­tion au spec­ta­teur d'être au milieu de cette foule de gens dépor­tés. J'ai donc ren­con­tré des sur­vi­vants (Annette Muller, Arlette Testyler) pour écou­ter le récit de leurs sou­ve­nirs : le bruit, la cha­leur du Vel d'Hiv, le four­mille­ment per­ma­nent de ces gens pani­qués qui ne com­pre­naient pas vrai­ment ce qui leur arri­vait. La vérité du film vient de là, essayer de tra­duire au mieux ces sen­sa­tions à l'écran.

Kristin Scott-Thomas est au mémo­rial de la Shoah devant les murs des noms. Cette scène très forte ne pourrait-elle pas conte­nir le sens de votre film : aider à don­ner un nom, un visage à ces mil­liers d'enfants, incar­nés par Sarah et son petit frère ?

Si, à tou­jours par­ler des mil­lions de morts, on a fini par oublier les des­tins indi­vi­duels qui se cachent der­rière le nombre. Je pense qu'il faut par­fois savoir sor­tir de l'abstraction des sta­tis­tiques pour rendre aux vic­times leur huma­nité. C'est un des buts du film. En sui­vant le des­tin d'une famille, on mesure fina­le­ment mieux la souf­france de l'ensemble d'une communauté.

Votre film montre les réper­cus­sions pré­sentes de la tra­gé­die sur une famille juive, mais égale­ment sur des familles non juives. Cet angle ori­gi­nal était-il impor­tant à explo­rer pour vous ?

Oui. La guerre a été vécue par tous, et la plu­part ont souf­fert. Il est impor­tant de ne pas l'oublier. Certains ont col­la­boré, d'autres ont été des héros, la majo­rité essayait avant tout de sur­vivre. Il est temps aujourd'hui d'étudier cela de manière mature pour sor­tir des sché­mas manichéens.

Que souhaiteriez-vous que les élèves, qui ver­ront et étudie­ront votre film en classe, retiennent avant tout ?

S'ils sont émus par le des­tin de Sarah, qu'ils réa­lisent qu'il y a mal­heu­reu­se­ment d'autres Sarah dans les nom­breux conflits qui sévissent dans le monde actuel­le­ment. Sarah est inté­res­sante sur un plan his­to­rique, bien sûr, comme point d'entrée pour étudier la Shoah, mais elle l'est, je crois, encore plus si on la com­prend dans toute son uni­ver­sa­lité. Le passé doit nous aider à éclai­rer le pré­sent pour construire un meilleur futur.

Sandra Ktourza

Note(s) :
  • (1) Synopsis : Julia Jarmond (incarnée par Kristin Scott-Thomas), journaliste américaine installée en France depuis 20 ans, enquête sur l'épisode douloureux du Vel d'Hiv. En remontant les faits, son chemin croise celui de Sarah, une petite fille qui avait 10 ans en juillet 1942. Ce qui n'était que le sujet d'un article devient alors, pour Julia, un enjeu personnel, dévoilant un mystère familial. Comment deux destins, à 60 ans de distance, vont-ils se mêler pour révéler un secret qui bouleversera à jamais la vie de Julia et de ses proches ? La vérité issue du passé a parfois un prix dans le présent...
  • (2) Tatiana de Rosnay,

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arlette
le 15 octobre 2010

Ma ren­contre avec Gilles Paquet-Brenner a été un moment très fort l'année der­nière
com­ment ne pas réagir avec émotion lorsque Gilles, je me per­mets de l'appeler par son pré­nom, je suis de l'âge de ses grands-parents, est venu avec la petite Mélusine en toute sim­pli­cité
Nous ne vou­lons pas vous déran­ger ni prendre de votre temps

Et moi je dévore cet homme accom­pa­gné de cette petite fille nous nous regar­dons et le cou­rant passe Melusine à mon age ce 16 juillet 1942 je leur raconte ces affreuses jour­nées du vel d'hiv
Au mois de juin à cette avant-première du film je res­sens toute cette triste période, une telle écoute de mon récit, bien trans­mis, toutes mes émotions et celle de ces mil­lers d'enfants, tout y était
Merci MONSIEUR avec un grand (M) Paquet-Brenner merci Mélusine et ma chère amie TATIANA

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