Revue du 28 juillet 2010

28.07.2010

Etats-Unis : Rapport sur les dépenses dans l'enseignement supérieur

Le Delta Project, orga­nisme indé­pen­dant qui évalue la pro­duc­ti­vité des uni­ver­si­tés amé­ri­caines, a rendu ce mois-ci un rap­port sur les ten­dances dans les finan­ce­ment de l'enseignement supé­rieur aux Etats-Unis(1). Il couvre la période 1998–2008, soit les années pré-récession.

Dans la plu­part des établis­se­ments, les dépenses totales pour 2008 sont à leur plus haut niveau. Malgré les signes avants-coureurs de crise, mal­gré la légère réces­sion de 2001, ces dépenses n'ont jamais cessé d'augmenter. Avec le déclin des aides publiques, les uni­ver­si­tés publiques ont pré­féré aug­men­ter leurs frais de sco­la­rité plu­tôt que de repen­ser leurs bud­gets. Les uni­ver­si­tés déli­vrant des mas­ters dépendent ainsi aujourd'hui à 46,9% des frais impo­sés aux étudiants pour cou­vrir leurs dépenses d'éducation, soit 10% de plus en dix ans.

Les écarts pré-existants entre public et privé ont conti­nué à se creu­ser. Les uni­ver­si­tés publiques dédiées à la recherche ont ainsi aug­menté leurs dépenses dans ce domaine de 23% en dix ans, contre 31,6% pour leurs équi­va­lents privés.

Au sein de l'Organisation de coopé­ra­tion et de déve­lop­pe­ment écono­miques, les Etats-Unis ont long­temps eu la répu­ta­tion d'avoir les ins­ti­tu­tions d'enseignement supé­rieur les plus riches, avec une dépense moyenne par étudiant de 19.000$ par étudiant (contre 8.400$ en moyenne dans l'OCDE). Mais ces chiffres sont trom­peurs. Dans les com­mu­nity col­leges, qui délivrent des diplômes en deux ans et accueillent un tiers des étudiants, sou­vent issus de milieux défa­vo­ri­sés, la dépense par étudiant tourne autour des 10.000$. Tandis que pour la faible pro­por­tion d'étudiants qui ont la chance d'intégrer les pres­ti­gieuses uni­ver­si­tés pri­vées dédiées à la recherche, la dépense s'élève à 35.000$.

Enfin, si l'effectif glo­bal des étudiants aug­mente régu­liè­re­ment, il reste pro­por­tion­nel­le­ment trop faible. Et l'augmentation des effec­tifs a lieu en prio­rité dans les com­mu­nity col­leges, où les taux d'obtention d'un diplôme sont les plus faibles. Sans oublier la sélec­tion écono­mique créée par les frais de sco­la­rité, qui aug­mentent deux à trois fois plus vite que l'inflation. Si les ten­dances actuelles se confirment, le Delta Project affirme que les Etats-Unis auront une des plus faibles pro­por­tions de per­sonnes diplô­mées parmi les pays déve­lop­pés d'ici 2025.

Note(s) :
28.07.2010

Angleterre : Les professeurs encouragés à faire usage de la force

Nick Gibb, le ministre bri­tan­nique de l'Education, a annoncé un plan gou­ver­ne­men­tal visant à un ren­for­ce­ment de la dis­ci­pline dans les salles de classe. Certaines des mesures annon­cées néces­si­te­ront le vote de lois, d'autres devraient ren­trer en vigueur grâce à des cir­cu­laires. Les pro­fes­seurs étaient déjà auto­ri­sés à faire usage de la force pour main­te­nir l'ordre, tant que les élèves n'étaient pas bles­sés, mais hési­taient sou­vent à le faire par peur de pour­suites. Le plan pré­voit donc que leur ano­ny­mat soit pré­servé en cas de plainte des élèves ou de la famille, sauf si les charges sont cri­mi­nelles, afin de les encou­ra­ger à être plus stricts. Les pro­fes­seurs seront auto­ri­sés à fouiller les élèves pour confis­quer télé­phones por­tables, lec­teurs mp3, images por­no­gra­phiques, armes, alcool, ciga­rettes et sub­stances hal­lu­ci­no­gènes… Ils pour­ront col­ler les élèves sans noti­fier la famille 24h aupa­ra­vant, comme c'était le cas jusqu'à main­te­nant.
Nick Gibb se féli­cite de ces mesures, qui "réta­bli­ront l'équilibre en faveur des pro­fes­seurs". "Renforcer les droits des pro­fes­seurs sera fina­le­ment béné­fique à tous les élèves," assure-t-il. Le Premier ministre lui-même, David Cameron, juge ces mesures cruciales.

Source(s) :
  • The Daily Telegraph - 6 juillet
28.07.2010

Belgique : Lectures scolaires encadrées

Marie-Dominique Simonet, ministre de l'Enseignement obli­ga­toire de la Communauté Française de Belgique, a récem­ment fait par­ve­nir aux écoles une cir­cu­laire sur le choix des lec­tures sco­laires. A la suite de plaintes de parents cho­qués par le contenu des listes de lec­ture de leurs enfants, elle sug­gère aux pro­fes­seurs de fran­çais d'éviter les livres au carac­tère trop "osé", ou "qui centrent de manière gra­tuite leur contenu sur l'érotisme et la por­no­gra­phie." Généralement, "l'enseignant ne pro­po­sera pas des textes qui s'inscrivent réso­lu­ment dans un registre de mau­vais goût". Consciente de la dif­fi­culté de la tâche, elle remarque que "même les chefs-d'oeuvre de la lit­té­ra­ture fran­çaise et mon­diale pré­sentent par­fois des pas­sages qui pour­raient heur­ter un lec­teur non averti. (…) "Vendredi ou les limbes du paci­fique" de Michel Tournier, "Le Procès" de Franz Kafka, voire "Madame Bovary" de Gustave Flaubert, la majeure par­tie de la pro­duc­tion d'Emile Zola et bien d'autres encore…" Pour autant, la ministre se défend de toute "cen­sure" ou "pudi­bon­de­rie" exces­sive. Elle invite sur­tout les pro­fes­seurs de fran­çais "à se livrer à une lec­ture atten­tive et à une ana­lyse per­son­nelle" des livres choisis.

Source(s) :
  • Enseignons.be - 20 juillet
28.07.2010

Europe : "Tendances de la recherche en éducation"

L'Institut natio­nal de recherche péda­go­gique a com­paré les conte­nus du British Educational Research Journal, du Scandinavian Journal of Educational Research et de la Revue fran­çaise de péda­go­gie sur la période 1999–2009, pour connaître l'évolution des axes de recherche en péda­go­gie au niveau euro­péen. D'après cette ana­lyse, la for­ma­tion des ensei­gnants conti­nue à sus­ci­ter de nom­breuses ques­tions. Notamment en ce qui concerne les moda­li­tés pra­tiques du trans­fert de savoir vers les jeunes ensei­gnants, dans le cadre du com­pa­gnon­nage, une pra­tique qui se géné­ra­lise en Europe. Les Anglais sont aussi très pré­oc­cu­pés par la for­ma­tion ini­tiale des ensei­gnants en mathé­ma­tiques, sou­vent jugée insuf­fi­sante pour une bonne trans­mis­sion des concepts de base. En ce qui concerne les élèves, la moti­va­tion arrive en tête des pré­oc­cu­pa­tions des cher­cheurs. La pro­pen­sion de l'élève à se fixer des objec­tifs per­son­nels de réus­site semble liée au cli­mat de classe, au cli­mat d'établissement, à l'estime de soi de l'élève, à son tem­pé­ra­ment, et s'épanouit plus faci­le­ment dans un envi­ron­ne­ment "sécu­risé et dominé par l'enseignant". Par ailleurs, le degré de réus­site en fonc­tion du sexe de l'élève est un sujet de pré­di­lec­tion des cher­cheurs anglais. Enfin, les évalua­tions inter­na­tio­nales de leurs per­for­mances (Pisa…) sont très étudiées — et cri­ti­quées. Les poli­tiques se servent des résul­tats de ces tests pour mettre en place des réformes péda­go­giques natio­nales, alors que ces tests prennent trop rare­ment en compte les fac­teurs d'ordre cultu­rel propres à chaque pays.

Source(s) :
28.07.2010

Allemagne : L'inspiratrice des initiatives d'excellence

Lors d'une visite récente en Allemagne, Valérie Pécresse n'a pas caché que les "ini­tia­tives d'excellence" liées au grand emprunt trouvent une large ins­pi­ra­tion dans le modèle alle­mand. Après une évalua­tion en 2005–2007, une qua­ran­taine d'universités alle­mandes avaient été sélec­tion­nées dans une caté­go­rie parmi : écoles doc­to­rales, clus­ters d'excellence de recherche, et stra­té­gie d'avenir. Elles se sont par­ta­gées un bud­get de 1,9 mil­liard d'euros pour la période 2006–2011, et la sélec­tion pour la pro­chaine édition de l'initiative d'excellence a com­mencé en mars 2010. Les "stra­té­gies d'avenir" valo­ri­sées sont rela­ti­ve­ment dif­fé­rentes d'un cam­pus à l'autre, et sou­lignent les spé­ci­fi­ci­tés des sites. Si l'université de Munich –visi­tée par Valérie Pécresse en mai der­nier– a choisi de pri­vi­lé­gier notam­ment les échanges avec l'industrie et les par­te­na­riats inter­na­tio­naux, celle de Constance, égale­ment "stra­té­gie d'avenir", se veut plu­tôt un lieu de vie et de recherche idéal. Mais le pré­sident de la LMU (uni­ver­sité Louis-et-Maximilien) de Munich, Bernd Huber, tient à sou­li­gner les limites de l'initiative d'excellence. Il note que "les vain­queurs creusent l'écart avec les autres car ils sont ren­for­cés au niveau du finan­ce­ment", et qu'il est dif­fi­cile de ne pas creu­ser l'écart entre les domaines de recherche du cam­pus. Il est déli­cat de conser­ver un carac­tère plei­ne­ment plu­ri­dis­ci­pli­naire dans une uni­ver­sité d'élite. Par ailleurs, pour lui, "il ne faut pas cher­cher à équi­li­brer les gagnants selon une logique ter­ri­to­riale", pour pré­ser­ver la cré­di­bi­lité du pro­ces­sus, qui ne doit pas souf­frir d'une ingé­rence poli­tique. Il sug­gère enfin "des évalua­tions beau­coup plus espa­cées et des finan­ce­ments à long terme. Cinq ou six ans d'écart entre les deux vagues c'est trop court pour péren­ni­ser les pro­jets : il fau­drait une période de sept à huit ans avant de répé­ter la com­pé­ti­tion." Dans le cadre du grand emprunt fran­çais, 19 mil­liards d'euros seront affec­tés à l'enseignement supé­rieur, la for­ma­tion et la recherche. Les pre­miers pro­jets finan­cés devraient être dési­gnés fin 2010.

Source(s) :
  • Le Figaro - 18 mai,
  • AEF - 16 juillet