23.07.2010
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Claire Jenny : la danse en tous lieux

Danseuse contem­po­raine et cho­ré­graphe, Claire Jenny accom­pagne des pro­jets de créa­tion dans les écoles et les prisons.

« Touche à tout », « Chairs de femmes », les pièces de Claire Jenny parlent du corps et de ses repré­sen­ta­tions, un sujet qui guide le par­cours de la cho­ré­graphe : « La tech­no­lo­gie et le pro­grès ont entraîné de nom­breuses évolu­tions. La méca­ni­sa­tion réduit ainsi nos mou­ve­ments. Nous sommes égale­ment capables de modi­fier notre corps de manière consi­dé­rable. » Face à ces chan­ge­ments, l'artiste ques­tionne nos pos­tures, nos capa­ci­tés phy­siques... Elle par­tage ses réflexions tant sur scène que dans les cours d'école ou les cour­sives des prisons.

Créer avec les élèves

Diplômée de la Schola Cantorum, Claire Jenny fonde en 1989 la com­pa­gnie Point Virgule, avec la cho­ré­graphe Paule Groleau. Très vite, la com­pa­gnie s'investit dans des ate­liers artis­tiques en milieu sco­laire, notam­ment auprès des ZEP : « Je trouve chez ces élèves une éner­gie débor­dante. C'est un public très récep­tif. » Autour d'une thé­ma­tique don­née, ensei­gnants, élèves et artistes impro­visent une cho­ré­gra­phie. Cela fait près de 20 ans que les pro­jets s'enchaînent.

Cette année, la com­pa­gnie a tra­vaillé avec douze classes d'écoles pri­maires de Villiers-le-Bel (Val-d'Oise). « Nous com­men­çons par une ren­contre avec les pro­fes­seurs. Ils ont un temps de pra­tique de la danse durant lequel ils impro­visent sur la thé­ma­tique du rap­port au corps. » L'enseignant conduit ensuite le tra­vail de créa­tion avec ses élèves. Cinq heures dans l'année, un artiste de la com­pa­gnie inter­vient pour gui­der l'improvisation.

Les pro­fes­seurs res­sortent sou­vent enchan­tés de ces pro­jets : « Ils constatent les bien­faits sur leurs élèves », rap­porte Claire Jenny. « La pra­tique de la danse est fédé­ra­trice pour la construc­tion du groupe classe et favo­rise la rela­tion à l'autre. Les enfants apprennent égale­ment à établir des règles et à les res­pec­ter. »

Danseurs et prisonniers

C'est le hasard d'une ren­contre qui conduit Claire Jenny vers l'univers car­cé­ral (1). Ainsi, en 1995, un ami de la cho­ré­graphe, le Gradé de déten­tion de la pri­son de Bois-d'Arcy, pro­pose à la com­pa­gnie de réa­li­ser un ate­lier de créa­tion artis­tique avec les déte­nus. Le défi est relevé.

Artistes et pri­son­niers impro­visent autour de la danse. Troublée par l'expérience, Claire Jenny décide de pour­suivre l'aventure en pro­po­sant un pro­jet à la Maison d'arrêt des femmes de Fresnes. Une série d'interventions est menée durant cinq ans, se clô­tu­rant à chaque fois par une repré­sen­ta­tion au sein de la déten­tion. Grâce à la danse, les déte­nues changent leur regard sur elles-mêmes : « J'essaie sim­ple­ment de gui­der ces femmes pour qu'elles trouvent des moments de plai­sir », rela­ti­vise la chorégraphe.

Une source de sérénité

L'école, la pri­son, les deux uni­vers sont éloi­gnés, mais la démarche artis­tique reste la même. Artistes pro­fes­sion­nels et ama­teurs tra­vaillent en par­te­na­riat: « Nous ne sommes pas dans un appren­tis­sage par mimé­tisme, mais dans une démarche de créa­tion par­ta­gée. »

Quant à la danse, elle apporte tou­jours le même bien-être. Les par­ti­ci­pants apprennent à vivre autre­ment leur corps et à lâcher prise : « Les élèves des classes de ZEP ont sou­vent du mal à se concen­trer, car ils sont constam­ment en mou­ve­ment. Je retrouve cet état d'être chez les déte­nus, de manière encore plus accen­tuée. Ils sont dans une insta­bi­lité per­ma­nente. Grâce au tra­vail sur l'estime de soi, sur la conquête de ses sen­sa­tions, l'art de la danse leur per­met de trou­ver un peu de séré­nité. »

 

Coralie Bach


Note(s) :
  • (1) Claire Jenny a coécrit avec Sylvie Firgon « Chairs incarcérées : une exploration de la danse en prison », éditions du remue-ménage.

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