19.07.2010
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André Ouzoulias: Rien de très positif pour les enseignants cette année

Formateur d'enseignants, pro­fes­seur à l'IUFM de Versailles, auteur de plu­sieurs ouvrages sur l'apprentissage de la lec­ture, André Ouzoulias est aussi membre de la Coordination Nationale Formation des Enseignants (CNFDE). Il s'inquiète des signaux néga­tifs envoyés depuis plu­sieurs mois par le gouvernement.

Le nombre de postes ouverts aux concours externes vient d'être fixé à 11.600. Qu'en pensez-vous ?

Je suis sur­tout frappé par la dimi­nu­tion du nombre de postes mis au concours pour les pro­fes­seurs des écoles : 55%, plus de la moi­tié ! Cela signi­fie donc que les effec­tifs des classes vont aug­men­ter, que l'on accueillera encore moins d'enfants de deux ans en école mater­nelle, que les réseaux d'aide aux enfants en dif­fi­culté seront à nou­veau réduits, que des pro­fes­seurs qui enseignent les langues ver­ront leur poste sup­primé et que toutes sortes d'associations impor­tantes pour l'école, qui jouaient un rôle fon­da­men­tal d'accompagnement éduca­tif seront tra­gi­que­ment fragilisées.

De plus, de nom­breux étudiants qui se sont ins­crits en Master pour pré­pa­rer les concours d'enseignants vont se retrou­ver avec des débou­chés consi­dé­ra­ble­ment réduits. C'est un très mau­vais signe envoyé à toute la com­mu­nauté éduca­tive, qui s'ajoute à la sup­pres­sion de postes mis à la dis­po­si­tion des mou­ve­ments péda­go­giques ou aux menaces qui planent sur l'avenir de l'Institut natio­nal de la recherche pédagogique.

Pour jus­ti­fier les dimi­nu­tions d'effectifs, le minis­tère met en avant les évolu­tions démo­gra­phiques et la pré­sence de 8300 ensei­gnants en « sur­nombre » dans le pri­maire. Comment recevez-vous ces explications ?

Dans une sorte d'immense éclat de rire ! La baisse démo­gra­phique est en par­tie vraie, mais très légè­re­ment, dans le secon­daire – ce qui ne veut d'ailleurs pas dire qu'il faille y sup­pri­mer des postes. Mais l'argument est tota­le­ment faux pour le pri­maire, puisque l'augmentation des effec­tifs y est avé­rée depuis 2003 et ne s'est pas démen­tie depuis. De fait, nous aurons encore cette année entre 15.000 et 20.000 élèves de plus dans le primaire.

Quel regard d'ensemble portez-vous sur l'année sco­laire qui vient de s'achever ?

L'arrivée de Luc Chatel au minis­tère, ses pre­mières décla­ra­tions et un cer­tain nombre d'annonces lais­saient espé­rer que la poli­tique enga­gée sous Xavier Darcos serait sinon remise en cause, du moins lar­ge­ment atté­nuée, assou­plie, et que l'on tien­drait compte des oppo­si­tions nom­breuses et quasi-unanimes sur toute une série de dos­siers. Or, au fil des mois, tous ceux qui avaient fondé quelque espoir dans l'action de Luc Chatel ont été déçus. Nous avons fina­le­ment eu le sen­ti­ment que notre ministre était d'abord sou­cieux de don­ner des gages au noyau le plus dur du gou­ver­ne­ment. Les péda­gogues ne peuvent se satis­faire du bilan de cette année : rien ne s'est passé de très positif !

Qu'est-ce qui vous avait sem­blé ini­tia­le­ment encourageant ?

L'idée, par exemple, que l'on pou­vait essayer de pré­ve­nir la vio­lence à l'école par des dis­po­si­tifs péda­go­giques, par un tra­vail de fond, par un effort de for­ma­tion des ensei­gnants. L'éventualité de renouer le dia­logue avec les cou­rants péda­go­giques m'avait sem­blé inté­res­sante aussi. Il y avait égale­ment la pro­messe de consa­crer un tiers du ser­vice des nou­veaux ensei­gnants à leur for­ma­tion pro­fes­sion­nelle. Or toutes les mesures ont ensuite consisté à renon­cer à ces pre­mières annonces. La poli­tique de lutte contre la vio­lence sco­laire est tou­jours aussi répres­sive, et la par­tie consa­crée à la for­ma­tion des lau­réats s'ajoute fina­le­ment à un ser­vice com­plet devant la classe. Sur ce der­nier point, le com­por­te­ment du ministre est déloyal : il contourne l'engagement qui avait été pris. Mais sur­tout, la mesure est hors de tout réa­lisme ! C'est condam­ner la for­ma­tion que de l'organiser en dehors et en plus du temps de travail.

L'année qui vient de s'écouler a pour­tant été socia­le­ment plus calme que la pré­cé­dente… Comment l'expliquez-vous ?

L'année 2008–2009 avait été carac­té­ri­sée par un mou­ve­ment sans pré­cé­dent par son ampleur et sa durée dans l'enseignement supé­rieur, qui a d'ailleurs été cou­ronné de suc­cès : les enseignants-chercheurs ont obtenu des garan­ties sur leur sta­tut ou leurs effec­tifs. Même sur la mas­te­ri­sa­tion, un cer­tain nombre de suc­cès ont été engran­gés, dont la pro­messe du tiers de temps de ser­vice consa­cré à la for­ma­tion. Les pre­miers mois de celle qui s'achève ont été vécus dans une rai­son­nable espé­rance. Puis, pro­gres­si­ve­ment, une forme de fata­lisme, un sen­ti­ment d'impuissance se sont ins­tal­lés devant l'avalanche de mesures d'économie, de réduc­tion de moyens, de dis­po­si­tifs amai­gris alors qu'ils visaient au déve­lop­pe­ment de la réus­site sco­laire… J'évoquerai par exemple la fin de l'éducation prio­ri­taire que laisse des­si­ner en creux le dis­po­si­tif Clair [Collège et lycée pour l'ambition, l'innovation et la réus­site ndlr] que vient de pré­sen­ter Monsieur Chatel.


Patrick Lallemant


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pilou
le 1 août 2010

Bonjour,

Je suis mal­heu­reu­se­ment tota­le­ment d'accord avec ce constat et, parent de 5 enfants en zone rurale, je constate cette dégra­da­tion depuis de nom­breuses années : effec­tifs crois­sants, rem­pla­ce­ments très lacu­naires (même s'ils sont pro­gram­més), vacance des postes du RASED depuis 8 ans, mais défi­ni­ti­ve­ment clos depuis l'an der­nier, etc… Inutile de par­ler des effec­tifs la méde­cine sco­laire , sim­ple­ment de consta­ter que 3 de mes enfants n'ont vu qu'une fis l'infirmière, et un n'a jamais vu per­sonne…
Pour les effec­tifs, un simple coup d'œil aux sta­tis­tiques d'eurostat per­met de balayer tous les argu­ments du minis­tère :
Ratio élèves/enseignant dans l'enseignement pri­maire ( http://epp.eurostat.ec.europa.eu/portal/page/portal/education/data/main_tables )Nous sommes majors de promo avec l'Angleterre, avec 19.9 en 2009 (contre 19.6 en 1999) et les seuls en aug­men­ta­tion. La moyenne de l'EU est aux alen­tour de 16, et il faut aller en Turquie pour pas­ser les 20.

caroudel
le 7 août 2010

Bonjour,

Parfaitement d'accord. Que peut signi­fier une moyenne pour un maître qui se trouve devant 30 élèves ? La déci­sion ne devrait-elle pas être : aucun maître ne se retrouve devant plus de 25 élèves, sinon on dédouble. Ainsi aucun élève ne serait dans une classe sur­char­gée, n'est-ce pas un objec­tif répu­bli­cain ? Jusqu'ici per­sonne n'a songé à sup­pri­mer les classes à effec­tif léger en mon­tagne, mais ça vien­dra, on ins­crira les élèves au CNED !
Et com­ment expli­quer cette annonce de la baisse des effec­tifs en pri­maire ? Comment un Ministre ne peut pas être au cou­rant de l'augmentation des effec­tifs ? Et il paraît que l'enseignement pri­maire est élémen­taire, à la base de toute une vie intel­lec­tuelle… Mais ce n'est pas un pro­blème semble-t-il, conti­nuons à tondre la bête.

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