09.07.2010
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Alain Bourgarel : un pionnier de l'éducation prioritaire

Confronté très tôt à la misère sociale, Alain Bourgarel a milité pour que l'Education natio­nale tienne compte des dif­fi­cul­tés de cer­tains ter­ri­toires. Un com­bat qui a abouti à la créa­tion des ZEP.

L'histoire de l'éducation prio­ri­taire, il la connaît par cœur. Alain Bourgarel est comme toutes ces per­sonnes pas­sion­nées et enga­gées : inta­ris­sable. Les déci­sions poli­tiques, les ini­tia­tives prises à l'étranger, les recherches péda­go­giques sur le sujet, il les suit depuis tou­jours, d'un regard tan­tôt cri­tique tan­tôt encourageant.

Instit en cité d'urgence

Cet ancien ins­ti­tu­teur a tourné tout son par­cours vers les enfants défa­vo­ri­sés. Pourtant, l'enseignement n'était pas une voca­tion. S'il a choisi cette voie, c'est un peu par hasard ... « Au début des années 60, on man­quait cruel­le­ment d'enseignants. L'Education natio­nale recru­tait lar­ge­ment. Au len­de­main des résul­tats du bac, je me suis donc ins­crit comme sup­pléant. »

Une mati­née de for­ma­tion plus tard, Alain Bourgarel fait face à ses pre­miers élèves, et com­mence une série de rem­pla­ce­ments. Rapidement, il obtient un poste fixe, dans une école per­due au milieu d'une cité d'urgence de ban­lieue pari­sienne : « C'était un ensemble de baraques de bois, en voie de pour­ris­se­ment. Tout tom­bait en ruine. La cité datait de 1954 et ne devait, au départ, être uti­li­sée qu'une seule année. »

A son arri­vée, le jeune ensei­gnant n'a que 19 ans : « Je me suis retrouvé dans une situa­tion tota­le­ment inat­ten­due pour moi » raconte-t-il pudi­que­ment. « Le plus cho­quant c'est que ces condi­tions de vie ne déran­geaient per­sonne. Les auto­ri­tés ne s'en pré­oc­cu­paient pas. Les habi­tants étaient aban­don­nés. »

Une expé­rience pilote

Cette expé­rience marque le début de son enga­ge­ment. L'équipe péda­go­gique en place dresse un bilan des 10 années écou­lées : « Seul un quart des enfants avaient réussi leur sco­la­rité tan­dis qu'un autre quart sor­tait du sys­tème sco­laire sans même savoir lire. »

Engagé au sein d'un réseau d'enseignants, Alain Bourgarel cherche des pistes pour mieux tenir compte des dif­fi­cul­tés de ces ter­ri­toires. Il expé­ri­mente le prin­cipe de pro­jet de zone dans un groupe sco­laire de Gennevilliers. « L'idée des zones d'éducation prio­ri­taire est de repé­rer les ter­ri­toires les plus en dif­fi­culté et de mettre en place un dis­po­si­tif par­ti­cu­lier. Pour ces ter­ri­toires, une inter­ven­tion sur un point pré­cis ne sert à rien. Le tra­vail pour la réus­site sco­laire doit s'accompagner d'une amé­lio­ra­tion des condi­tions de vie. »

Le prin­cipe d'éducation prio­ri­taire fait son che­min. En 1981, Alain Savary, alors ministre de l'Education natio­nale, crée les Zones d'éducation prio­ri­taire. L'organisation des ZEP est pré­ci­sée dix ans plus tard par Lionel Jospin.

En 1990, Alain Bourgarel par­ti­cipe à la créa­tion de l'Observatoire des zones prio­ri­taires : « Nous vou­lions pro­po­ser un lieu de concer­ta­tion et d'échange entre les acteurs de l'éducation prio­ri­taire. »

Bien qu'il ait désor­mais quitté l'association, Alain Bourgarel conti­nue de suivre les débats sur l'éducation prio­ri­taire. « Mon com­bat visait à sor­tir cer­tains ter­ri­toires d'une spi­rale néga­tive afin que l'exclusion ne se repro­duise pas de géné­ra­tion en géné­ra­tion. Et ce combat-là n'est pas ter­miné. »

L'ancien pro­fes­seur regrette la mul­ti­pli­ca­tion des ZEP qui ont, selon lui, perdu leur signi­fi­ca­tion ini­tiale : « Les ZEP sont deve­nues syno­nymes d'immigration et de vio­lence pour les parents, et de moyens sup­plé­men­taires pour les ensei­gnants. L'idée d'éducation prio­ri­taire se déman­tèle pro­gres­si­ve­ment au pro­fit d'un pro­gramme de lutte contre la vio­lence. »


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