18.06.2010
13 réactions

Philippe Meirieu : « Très inquiet pour le service public de l'Éducation nationale »

Professeur des uni­ver­si­tés en sciences de l'éducation, Philippe Meirieu connaît par­fai­te­ment le monde éduca­tif. Pour VousNousIls, le plus célèbre des péda­gogues fran­çais dresse l'état des lieux sans com­plai­sance d'un sys­tème qu'il juge menacé.

Quel regard portez-vous sur l'année sco­laire qui s'achève ?

Ce fut une année extrê­me­ment chao­tique, qui débouche sur des pers­pec­tives très pré­oc­cu­pantes dans tous les domaines. Quelques ini­tia­tives ponc­tuelles, comme les états géné­raux sur la sécu­rité à l'école ou la réflexion sur les rythmes sco­laires, auraient pu lais­ser augu­rer d'intéressantes pos­si­bi­li­tés. J'ai même eu l'impression que le ministre avait entendu cer­tains des pro­blèmes des ensei­gnants et du sys­tème sco­laire. Mais la réa­lité de la ges­tion quo­ti­dienne est en déca­lage com­plet avec des pro­pos qui relèvent de lieux com­muns. Au point que je m'interroge : est-ce bien le même homme qui parle dans les confé­rences de presse et qui donne les ordres à son ministère ?

Que vous ins­pire la réforme de la for­ma­tion des enseignants ?

De très grandes inquié­tudes, en par­ti­cu­lier pour les futurs ensei­gnants du secon­daire. Elles sont un peu moins vives pour le pro­fes­so­rat des écoles dans la mesure où, dans cer­taines aca­dé­mies, nous pou­vons abou­tir à des ini­tia­tives inté­res­santes et des Master plu­tôt bien montés.

Il y aura cepen­dant doré­na­vant une grande inéga­lité de trai­te­ment sur les ter­ri­toires, voire entre les uni­ver­si­tés dans un même ter­ri­toire. Il y aura égale­ment une alter­nance moins struc­tu­rée, moins orga­ni­sée, un recru­te­ment effec­tué sans avoir pu obser­ver la per­sonne en situa­tion devant des élèves...

En quoi cette réforme est-elle plus pré­oc­cu­pante pour le secondaire ?

La for­ma­tion péda­go­gique des ensei­gnants du second degré est tota­le­ment sacri­fiée dans la mise en place des Master ; cela relève, à mes yeux, d'un sabo­tage. On peut ima­gi­ner que les choses pour­ront se faire de façon un peu plus accep­table, quoique déjà dis­cu­table, au niveau du lycée. Mais on se pré­pare à envoyer dans les col­lèges, en par­ti­cu­lier dans les plus dif­fi­ciles, des ensei­gnants qui n'auront qu'un choix : celui de la répres­sion ou de la dépres­sion ! Le moins que l'on puisse dire, en effet, est qu'ils ne seront abso­lu­ment pas armés pour faire face aux situa­tions qu'ils vont y rencontrer.

Enfin, je vou­drais sou­li­gner un point qui ne l'est pas suf­fi­sam­ment à mes yeux : cette for­ma­tion ini­tiale ampu­tée arrive dans un pay­sage où la for­ma­tion conti­nue du corps ensei­gnant est déjà com­plè­te­ment sinistrée.

La réforme du lycée entrera pro­gres­si­ve­ment en vigueur à par­tir de la ren­trée pro­chaine. Qu'en pensez-vous ?

Là encore, elle com­porte un cer­tain nombre de points, comme le tronc com­mun en seconde, qui peuvent consti­tuer des éléments posi­tifs. Mais je l'aurais sou­hai­tée plus har­die, à la hau­teur des enjeux du lycée, avec une vraie seconde de déter­mi­na­tion, la mise en place véri­table d'une éduca­tion au choix chez les élèves...

Or, on assiste à des ajus­te­ments tech­niques et cos­mé­tiques, à peine lisibles, dont l'application relè­vera de la stricte bonne volonté des indi­vi­dus ou des équipes qui pour­ront, ici ou là, s'en empa­rer pour réa­li­ser des choses inté­res­santes. La réforme ne me paraît donc pas consti­tuer en elle-même un outil sus­cep­tible de faire pro­gres­ser signi­fi­ca­ti­ve­ment le sys­tème scolaire.

D'autant qu'elle inter­vient dans le contexte extrê­me­ment pré­oc­cu­pant de la dimi­nu­tion dras­tique des postes, qui pèse comme une chape de plomb sur le moral de l'Éducation natio­nale. J'aurais, par ailleurs, voulu qu'on pense l'évolution en inté­grant les lycées géné­raux, tech­no­lo­giques et pro­fes­sion­nels. Or la voie pro­fes­sion­nelle a été trai­tée sépa­ré­ment, et cette réforme du bac pro me paraît avoir été très mal­adroi­te­ment gérée.

Vous évoquiez une année chao­tique. Elle s'est pour­tant dérou­lée beau­coup plus cal­me­ment que la pré­cé­dente. Les ensei­gnants seraient-ils résignés ?

Je ne le crois pas. Je pense que l'immense majo­rité d'entre eux a le sen­ti­ment d'être tenue pour quan­tité négli­geable, consi­dé­rée comme une simple variable d'ajustement et par­fois vili­pen­dée ou jetée en pâture à l'opinion publique.

De plus, la hié­rar­chie semble arc-boutée sur le « pilo­tage par les résul­tats » et le confor­misme péda­go­gique... Beaucoup de ceux qui vou­draient mieux faire sont décou­ra­gés... Une par­tie des ensei­gnants s'est peut-être rési­gnée à une érosion pro­gres­sive du ser­vice public et à un renie­ment des ambi­tions de l'école républicaine.

Mais je crois sur­tout qu'ils sont en quête d'une nou­velle forme d'action, comme il en émerge ici ou là : créa­tion de comi­tés asso­ciant les parents et les élèves, mou­ve­ment des déso­béis­seurs... Tout cela tâtonne et bal­bu­tie, mais démontre que si le moral est mau­vais, de nou­velles formes d'action demeurent pos­sibles. Il faut les inventer.

Patrick Lallemant


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Vos réactions :

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Jean Chol POIVRESSELLE
le 18 juin 2010

Ce mon­sieur n'a pas le droit de s'exprimer ainsi vu les résul­tats de sa poli­tique désas­treuse qu'il nous a fait subir pen­dant 20 ans. Je consi­dère donc qu'il est vrai­ment très mal placé pour s'exprimer sur ce sujet : il dre­vrait avoir honte et arrê­trde se tar­guer d'être une expert !
Des géné­ra­tions d'élèves ont raté leur sco­la­rité à cause de lui : je suis même étonné qu'il n'ait pas eu de pro­blèmes judi­ciaires avec des parents d'élèves !

Jean-Chol POIVRESSELLE

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Secotine
le 18 juin 2010

à M; Poivreselle
Vous m'avez oté les mots de la bouche. Ce Monsieur a été l'initiateur de la situa­tion catas­tro­phique dans laquelle se trouve l'enseignement aujourd'hui.

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dafrac
le 19 juin 2010

De la théo­rie et encore de la théo­rie c'est de la poli­tique éduca­tive, et nous savons bien que la poli­tique est décon­nec­tée de la réa­lité du ter­rain et de la vie quo­ti­dienne de l'enseignant, il y a bien long­temps que Monsieur Meirieu à quit­ter le navire en per­di­tion et de loin fait des com­men­taires c'est facile. Ceci étant j'apprécie son ana­lyse et son parlé. Un ancien pro­fes­seur du secon­daire en dis­po­ni­bi­lité. dF

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libellule
le 19 juin 2010

Les idéees de M.Meirieu sont nobles mais elles ont été mises en pra­tique par des petits esprits qui n'ont pas su en faire vivre l'esprit, qui les ont appli­quées sans recul et sans réflexion ...et le résul­tat est désas­treux ...: des élèves dont la seule auto­no­mie consiste à refu­ser tout effort qu'on demande, des élèves qui ne sont plus for­més à ana­ly­ser et syn­thé­ti­ser puisqu'il paraît qu'ils découvrent tout tout seuls, des élèves deve­nus aujourd'hui pour la plu­part "inen­sei­gnables" des élèves dont la langue mater­nelle est en lam­beaux et qui ne sont plus capables d'apprendre une langue étran­gère!!! Qui va nous sor­tir de ce bourbier?????

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sophie
le 20 juin 2010

Merci mon­sieur Meirieu pour votre ana­lyse . L'enseignement public est mis à mal par l'actuel gou­ver­ne­ment .Les ensei­gnants, dont je fais par­tie, ont effec­ti­ve­ment le sen­ti­ment de n'être que des variables d'ajustement et sont très inquiets pour leurs élèves !
Je suis conster­née lorsque je lis des pro­pos tels que ceux publiés par JC Poivresselle, qui ne doit sans doute pas connaître de près le sys­tème éduca­tif actuel.

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kvadrocikl
le 21 juin 2010

Thank you very much for that great article

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gama
le 21 juin 2010

M .MEIRIEU a été un moteur pour les ensei­gnants pas­sion­nés par leur métier, je suis de cette géné­ra­tion et mes élèves sont aujourd'hui a l'université...Pour répondre à libel­lule, je dirais qu'il est naïf de pen­ser que les pro­blèmes de niveau viennent de l'Education Nationale qui ne reçoit en fait que les enfants que la société lui envoie...Il faut faire avec... et la péda­go­gie est un maître mot pour tous les enfants..

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Gama
le 21 juin 2010

M.MEIRIEU a été un moteur pen­dant ces der­nières années pour tous les ensei­gnants pas­sion­nés par leur métier. Je n'ai pas à rou­gir de la péda­go­gie dis­pen­sée dans mes classes, mes élèves sont aujourd'hui à l'université... Pour répondre à Libellule, il est naïf de pen­ser que l'Education Nationale peut résoudre tous les pro­blèmes de notre société. L'Education com­mence à la mai­son et tout se joue avant 6 ans!!!

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gento
le 22 juin 2010

De quelle poli­tique désas­treuse parlez-vous? Pensez-vous qu'il suf­fit de vou­loir orien­ter une poli­tique pour que les acteurs de ter­rain s'en emparent réel­le­ment ?
J'aimerai vrai­ment com­prendre qu'elles sont les points de la "poli­tique" de mon­sieur Meirieu que vous trou­vez désas­treux. Celà me per­met­tra de répondre non pas dans l'absolu mais sur des exemples pré­cis sur les­quels on pourra argu­men­ter solidement!

J'en ai marre de ces slo­gans creux et de la dési­gna­tion facile de bouc-émissaires. Ce manque d'argumentation n'est-il pas une vraie rai­son de la déli­ques­cence de notre société et de son école? On sou­haite déve­lop­per à l'école un esprit cri­tique, une écoute posi­tive des pro­pos d'autrui, une argu­men­ta­tion solide et réflé­chie sans néga­tion d'autrui ... et la société en géné­ral, la télé­vi­sion en par­ti­cu­lier et votre com­men­taire en très très par­ti­cu­lier s'appuient sur le déni­gre­ment, l'accusation sim­pliste confor­tée par les peurs et dif­fi­cul­tés rencontrées!

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marypoppins
le 22 juin 2010

Je suis pro­fon­dé­ment déso­lée de voir tous ces mes­sages où les gens se jettent fautes et insultes à la figure quand on voit le nombre de mesures mins­té­rielles qui sont pon­dues chaque année : nou­veaux pro­grammes, PPAP, puis PPRE, puis nou­veaux pro­grammes, semaine de 4 jours puis semaine de 9 demi-journées, aide per­son­na­li­sée à faire loger dans une semaine char­gée, puis jour­nées à allé­ger, stage de remise à niveau pen­dant les vacances base élèves, affle­net, décla­ra­tion d'intention de grève, ser­vice mini­mum (qui exis­tait déjà) et je ne men­tionne même pas les postes dont on a besoin et qui sont mena­cés de dis­pa­raitre, comme les RASED, ou les coupes franches dans les bud­gets de l'Education Nationale (for­ma­tion ini­tiale, for­ma­tion conti­nue). Dans les classes, les gens essaient de répondre au mieux mais se sentent débor­dés, épui­sés, mal­me­nés et risquent, eux aussi d'aller à l'économie...

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Jean Chol POIVRESSELLE
le 23 juin 2010

Mais enfin êtes –vous amné­siques ? Vous rappelez-vous que M. MEIRIEU est l'inventeur de la fameuse for­mule sem­pi­ter­nelle enten­due pen­dant 10 années "L'ELEVE AU CENTRE ..." ! Souvenez-vous du "réfé­rern­tiel bon­dis­sant" : ça aussi c'est du MEIRIEU ou plu­tôt de la nov­langue de Monsieur l'EXPERT PEDAGOGUE. Si vous en avez encore envie eh bien moi plus de ce lax­cisme arro­gant et pro­fon­demm­ment infuste socia­le­ment et intel­lec­tuel­le­ment.
Jean Chol POIVRESSELLE

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gama
le 24 juin 2010

En quoi "l'élève au centre du sys­tème" vous dérange-t-il?
Avez-vous déjà entendu paler de la "zone proxi­male de déve­lop­pe­ment" de VYGOTSKI, Seule une péda­go­gie dif­fé­ren­tiée au sein d'une classe peut répondre aux besoins de cha­cun afin que tous pro­gressent à leur rythme...Cela me paraît hon­nête INTELLECTUELLEMENT ET SOCIALEMENT.

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Jean Chol POIVRESSELLE
le 28 juin 2010

L'élève au centre ça me dérange car c'est un concept laxiste qui n'a aucune vali­dité, preuve en est de l'échec de cette poli­tique désas­treuse durant 30 années . Socialement et cultu­rel­le­ment c'est une catas­trophe com­plète. Quand à votre ver­biage péda­go­giste il n'y a que vous qui vous com­pre­nez face à votre miroir : la péda­go­gie est une science molle et en ce sens il faut savoir adop­ter une atti­tude plus humble et sur­tout, en l'état, essayer de trou­ver d'autres argu­ments, d'autres voies pos­sibles pour mieux trans­mettre à nos enfants qui n'ont pas for­cém­ment envie "d'être ô centre" avec Vigotsky comme faire-valoir "pseudo-scientifique" . L'important c'est autre chose c'est nos enfants : c'est pour­quoi je réutère Ras le bol de MEIRIEU et de tous ces "péda­go­gistes" ires­pon­sables !
Jean Chol POIVRESSELLE

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