11.06.2010
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Eric Debarbieux : “Il y a une montée probable des violences”

Eric Debarbieux(1) est président-fondateur de l'Observatoire inter­na­tio­nal de la vio­lence sco­laire et pré­sident du comité scien­ti­fique des états géné­raux de la sécu­rité à l'école. Il a récem­ment lancé une enquête natio­nale sur la vic­ti­ma­tion des per­son­nels de direction.
Portrait d'Eric Debarbieux

Comment est né ce pro­jet d'enquête ?

L'Observatoire International de la Violence à l'Ecole réa­lise depuis des années des enquêtes sur la vic­ti­ma­tion des élèves. Nous avions égale­ment tra­vaillé sur les per­son­nels, mais d'une manière moins sys­té­ma­tique, pour des rai­sons de fai­sa­bi­lité et de moyens. Nous savons mal­gré tout, d'après ces enquêtes par­tielles et les chiffres de l'Education natio­nale, qu'il y a eu une aug­men­ta­tion de la vic­ti­ma­tion – autre­ment dit, des agres­sions – contre tous les per­son­nels depuis 1998/99. Il y a vrai­ment une bas­cule à ce moment-là. Pour établir des ten­dances, nous avons décidé de com­men­cer une grande enquête sur les per­son­nels de direc­tion du secon­daire, avec l'objectif d'élargir pro­gres­si­ve­ment cette enquête aux per­son­nels en général.

Les vic­ti­ma­tions regroupent toutes les atteintes, phy­siques ou psy­chiques, qu'on peut subir dans l'exercice de son métier ?

En théo­rie. Pour l'enquête, nous avons fait des choix. C'est-à-dire que nous avons laissé de côté un cer­tain nombre de vio­lences extrêmes, qui res­tent fort heu­reu­se­ment rares ! Nous avons pri­vi­lé­gié des choses rela­ti­ve­ment basiques. Des caté­go­ries bien connues de la vio­lence ver­bale : des types d'insultes qui vont aussi bien de l'antisémitisme à l'homophobie, par exemple. Des atteintes phy­siques : coups et bles­sures, bous­cu­lades... Mais aussi les menaces, les craintes. Les dom­mages aux biens : vols, vols dans les véhi­cules, dégra­da­tions, etc. Ainsi que quelques phé­no­mènes par­ti­cu­liers comme le har­cè­le­ment, de la part d'élèves comme de col­lègues. Nous recen­sons tous les pro­fils d'agresseurs possibles.

Cette enquête est réa­li­sée conjoin­te­ment avec George Fotinos, auteur de plu­sieurs enquêtes sur le cli­mat sco­laire dans les établis­se­ments. Comment se tra­duit votre collaboration ?

Aujourd'hui, nous cher­chons vrai­ment à étudier le rap­port entre vic­ti­ma­tion et cli­mat sco­laire. Des éléments de nos pré­cé­dentes enquêtes seront uti­li­sés, ce qui nous per­met­tra d'obtenir plus qu'une photo à un moment donné mais bien plu­tôt d'avoir le film. L'évolution. Confirmer ou infir­mer cette aug­men­ta­tion de la vic­ti­ma­tion des per­son­nels. Je dirais donc que nous joi­gnons nos forces.

Comment allez-vous vous y prendre, concrè­te­ment, pour don­ner la parole aux per­son­nels de direction ?

C'est très simple : nous avons un mai­ling com­plet des per­son­nels de direc­tion du secon­daire en France. Tous ont reçu un e-mail fin mai(2), com­por­tant une brève pré­sen­ta­tion de notre démarche, avec une adresse url où ils peuvent répondre direc­te­ment au ques­tion­naire que nous avons élaboré. Nous ferons des rap­pels à peu près tous les quinze jours. Cette enquête sera close au plus tard le 14 juillet, de manière à ce que nous puis­sions sor­tir des résul­tats dès le mois de sep­tembre. Notre but est de redis­tri­buer rapi­de­ment les éléments prin­ci­paux à l'ensemble des par­ti­ci­pants, ainsi qu'à la presse, au ministère...

Avez-vous des attentes par rap­port à ces résultats ?

Nous avons des hypo­thèses. Nous vou­lons sur­tout savoir où est-ce que nous en sommes exac­te­ment dans la fré­quence des vic­ti­ma­tions. Il y a une mon­tée pro­bable des vio­lences, mais de là à pen­ser que nous sommes dans un phé­no­mène qui est répandu abso­lu­ment par­tout, sur lequel on observe une souf­france énorme, de tout le monde... Nous ne vou­lons être ni dans l'exagération, ni dans la néga­tion. C'est aussi l'occasion de véri­fier si des vic­ti­ma­tions par­ti­cu­lières sont asso­ciées à des groupes de répon­dants. Et d'explorer les liens entre la vic­ti­ma­tion des per­son­nels de direc­tion, et les rela­tions entre les adultes dans les établis­se­ments sco­laires. Nous savons que ça compte beau­coup : le sen­ti­ment de soli­tude, par exemple, ou encore le stress lié à la vie en équipe, qui peut être un fac­teur aggra­vant de la vio­lence à l'école... Nous espé­rons en tirer des leçons sur le mana­ge­ment des établis­se­ments. L'idée n'est pas de stig­ma­ti­ser qui que ce soit ou de faire peser une quel­conque res­pon­sa­bi­lité sur l'école, mais de décou­vrir où nous en sommes vrai­ment, plu­tôt que de fantasmer.

En fonc­tion des résul­tats, y a-t-il des actions que vous comp­tez mettre en place ?

Nous comp­tons déjà mettre en place un cer­tain nombre de pré­co­ni­sa­tions. Nous vou­lons conti­nuer à mettre en avant les recom­man­da­tions du conseil scien­ti­fique inter­na­tio­nal des récents états géné­raux de la sécu­rité à l'école, pour essayer de chan­ger la situa­tion. Nous vou­lons pous­ser un petit peu plus les poli­tiques publiques, sur le plan des for­ma­tions néces­saires, par exemple. C'est pour­quoi nous avons prévu des ques­tions sur la qua­lité de la for­ma­tion qu'estime avoir reçue le chef d'établissement. Nous allons sur­tout avoir une action de sen­si­bi­li­sa­tion, en dif­fu­sant nos résul­tats sur le terrain.


Quentin Duverger

Note(s) :
  • (1) Il est également auteur de nombreux livres, dont 'Les 10 commandements contre la violence à l'école', éd. Odile Jacob.
  • (2) Si un personnel de direction du secondaire n’a pas été contacté par mail, il peut joindre l’Observatoire international de la violence à l’école, à l’adresse suivante : obsviolence.international@u-bordeaux2.fr .

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