Revue du 9 juin 2010

09.06.2010

Australie : Les déçus de la révolution de l'éducation

Drapeau australien

Depuis 2008 et les pre­miers signes de réces­sion, l'Australie a pré­féré un pro­gramme de relance écono­mique à l'austérité. Un bud­get de 42 mil­liards de dol­lars aus­tra­liens (29 mil­liards d'euros) a été voté en 2009 par le par­le­ment, pour relan­cer l'économie et créer des emplois. L'aide finan­cière a été répar­tie sur des ques­tions aussi diverses que les consé­quences de la séche­resse parmi les fer­miers, le finan­ce­ment de cer­tains foyers en équi­pe­ments à basse consom­ma­tion éner­gé­tique, des avan­tages fis­caux pour les PME... L'essentiel de ce plan concer­nait tou­te­fois les établis­se­ments sco­laires pri­maires et secon­daires, dans le cadre d'un sous-programme spé­ci­fique nommé "Building the Education Revolution". Ce pro­gramme est sous la res­pon­sa­bi­lité du vice-premier ministre Julia Gillard, égale­ment ministre de l'Éducation et des rela­tions sociales. Pour un mon­tant total de 16,2 mil­liards de dol­lars aus­tra­liens (11,2 mil­liards d'euros), il doit per­mettre la réno­va­tion de cer­tains locaux spé­cia­li­sés (labo­ra­toires, biblio­thèques, centres d'apprentissage de langues...) et la construc­tion de nou­veaux bâti­ments (can­tines, salles de sport...) dans tout le pays.

Ce pro­gramme a été vive­ment cri­ti­qué. L'approche micro-économique, au lieu d'une vaste réforme natio­nale, ne pou­vait déjà pas plaire à tout le monde. Mais la coor­di­na­tion à tous les niveaux n'a pas tou­jours été efficace. Les der­niers pro­jets du pro­gramme devaient être fina­li­sés au 30 juin de cette année : en rai­son de len­teurs administratives, il est aujourd'hui envi­sagé de conti­nuer la dis­tri­bu­tion au moins jusqu'en mars prochain. Des abus ont été dénon­cés par les médias locaux. Par exemple, la construc­tion d'une can­tine de 24 m² a été fac­tu­rée 550.000$ à Tottenham Central School, petite école rurale. Ces détour­ne­ments ont notam­ment été ren­dus pos­sibles par le faible nombre d'entrepreneurs sol­li­ci­tés, et une approche trop cen­tra­li­sée des demandes, qui n'a pas tou­jours tenu compte des dif­fé­rences entre les établissements. L'opposition parle de gas­pillage d'argent public, et demande la sus­pen­sion immé­diate du pro­gramme. Des mani­fes­ta­tions de pro­fes­seurs ont eu lieu récem­ment à proxi­mité du Parlement pour les mêmes rai­sons. Tout en affir­mant devant les dépu­tés que le pro­gramme a per­mis de sau­ver 200.000 emplois, le pre­mier ministre aus­tra­lien Kevin Rudd a reconnu cer­taines erreurs et a affecté un ges­tion­naire au pro­gramme, pour contrô­ler qu'il y a bien un retour sur inves­tis­se­ment. En atten­dant son rap­port, les écono­mistes notent mal­gré tout que le plan a pro­ba­ble­ment sauvé l'Australie de la réces­sion : le PNB aus­tra­lien enre­gistre une légère hausse régu­lière depuis le lan­ce­ment du pro­gramme début 2009, encore confir­mée au pre­mier tri­mestre 2010, mal­gré une baisse sub­stan­tielle des inves­tis­se­ments privés.

09.06.2010

Suède : Des milliers de prêts étudiants suspendus par erreur

L'autorité sué­doise de ges­tion des prêts étudiants (Centrala stu­diestöd­snämn­den, ou CSN) a récem­ment voulu connaître le nombre de frau­deurs dans ses fichiers. Près d'un tiers des emprun­teurs étaient appa­rem­ment en situa­tion irré­gu­lière. Notamment parce qu'un étudiant qui reçoit moins de 30 cré­dits ECTS en un semestre n'est pas consi­déré par l'autorité comme étudiant à plein temps, ce qui le rend inéli­gible à un prêt. Mais cette défi­ni­tion n'est pas tou­jours per­ti­nente. En effet, cer­taines uni­ver­si­tés sué­doises tel que le Royal Institute of Technology accordent 40 cré­dits ECTS au pre­mier semestre, puis seule­ment 20 au second, pour par­ve­nir à un total de 60 cré­dits ECTS sur l'année. A cause de cette spé­ci­fi­cité, 400 des quelque 12.000 étudiants de cette uni­ver­sité ont reçu des demandes de rem­bour­se­ment immé­diat de leurs prêts. Il ne s'agissait pas d'un cas isolé. Malgré l'absurdité de la situa­tion, l'autorité refuse de reve­nir sur sa défi­ni­tion et menace de pré­ve­nir la police en cas de non-remboursement. Les uni­ver­si­tés regrettent que plu­sieurs cen­taines d'étudiants hon­nêtes fassent ainsi les frais d'un "piège bureaucratique".

09.06.2010

Etats-Unis : Fin de carrière anticipée pour les jeunes enseignants de New York

Prises dans la vague natio­nale de licen­cie­ments dans l'éducation, les écoles new-yorkaises connaissent un souci sup­plé­men­taire : les accords syn­di­caux locaux pré­voient que les ren­vois de pro­fes­seurs s'effectuent en fonc­tion de l'ancienneté. Ce sont les plus jeunes pro­fes­seurs qui seront licen­ciés en prio­rité. Or, depuis 2002, Joel Klein super­vise le dépar­te­ment d'éducation publique de la ville de New York. Il a for­te­ment encou­ragé la pra­tique consis­tant à fer­mer de grandes écoles peu per­for­mantes, pour en ouvrir de plus petites à la place, dans l'espoir qu'un cadre plus intime faci­lite la réus­site des élèves. Les direc­teurs de ces écoles récem­ment créées ont sou­vent pré­féré recru­ter des jeunes pro­fes­seurs prêts à tra­vailler sans comp­ter leurs heures, au ser­vice de nou­velles pra­tiques péda­go­giques. Aujourd'hui, ces établis­se­ments expé­ri­men­taux du pri­maire et du secon­daire risquent de perdre plus de la moi­tié d'équipes péda­go­giques déjà réduites. Les direc­teurs vont se retrou­ver face aux pro­blème sui­vant : ils vont être obli­gés d'engager des pro­fes­seurs plus âgés –pro­ba­ble­ment moins moti­vés– et de sup­pri­mer des classes et filières entières. De source offi­cielle, 4.400 licen­cie­ments sont pré­vus dans la ville, en rai­son des pro­blèmes bud­gé­taires de l'état, et tous les pro­fes­seurs recru­tés depuis 2007 pour­raient perdre leur tra­vail. Il s'agit de la pre­mière coupe majeure dans les effec­tifs ensei­gnants depuis trois décennies.

09.06.2010

Kirghizistan : Les écoles russes prises d'assaut

Le Kirghizistan est un Etat de l'ex-URSS, qui s'est consti­tué en répu­blique depuis son acces­sion à l'indépendance en 1991. Il reste plus démo­cra­tique que la majo­rité de ses voi­sins d'Asie cen­trale, mal­gré les dérives auto­ri­taires des deux der­niers pré­si­dents, Askar Akaïev (1991–2005) et Kourmanbek Bakiev (2005–2010), contraint à l'exil par un sou­lè­ve­ment popu­laire en avril. De nom­breuses réformes pour un régime plus juste sont atten­dues par le peuple kir­ghiz depuis des années. Aujourd'hui, alors que les caisses de l'Etat sont presque vides, de plus en plus d'habitants jugent que les écoles russes du pays offrent de meilleures pers­pec­tives d'avenir à leurs enfants et sont prêts à les faire chan­ger de langue pour cela. Le russe est une des deux langues offi­cielles du pays (12% des habi­tants sont russes), avec le kir­ghiz, mais l'enseignement se fait égale­ment en ouz­bek (14% de la popu­la­tion). Toutefois la Russie est pra­ti­que­ment la seule des­ti­na­tion des émigrants. Il était déjà fré­quent pour les enfants de chan­ger de langue d'enseignement pour le russe au secon­daire, car les manuels sco­laires en langue ouz­bek ou kir­ghiz souf­fraient de l'inexpérience des éditeurs, en rai­son de la rela­tive jeu­nesse du pays. Aujourd'hui, ce phé­no­mène s'accélère. Les écoles russes accueillent plus de 5.000 nou­veaux élèves par an, ce qui sur­charge les classes et dimi­nue la qua­lité d'enseignement.

Source(s) :
09.06.2010

Angleterre : Les ‘academies' sèment la zizanie

Le pre­mier pro­jet de loi du nou­veau secré­taire d'Etat anglais à l'éducation, Michael Gove, pré­voit que des mil­liers d'établissements publics jugés 'très per­for­mants' par l'organisme d'inspection Ofsted puissent accé­der au sta­tut envié d'academies dès la ren­trée pro­chaine. Cette idée est loin de faire l'unanimité parmi les asso­cia­tions de parents et d'enseignants, et les experts jugent l'idée "anti-démocratique". Au début du pro­gramme 'aca­demy', sous Tony Blair, il s'agissait de sau­ver cer­taines écoles de l'échec péda­go­gique en leur trou­vant de nou­veaux locaux, plus de finan­ce­ment grâce au sou­tien de spon­sors, et en leur accor­dant une plus grande liberté péda­go­gique. Le pro­gramme n'a pas tou­jours pro­duit les résul­tats espé­rés, mais les aca­de­mies amé­liorent géné­ra­le­ment leurs résul­tats plus vite que l'école publique moyenne. Grâce à la ges­tion de leurs bud­gets, elles peuvent notam­ment se per­mettre de mieux payer leurs pro­fes­seurs que les établis­se­ments publics, sou­mis à des barèmes offi­ciels. Enfin, les aca­de­mies ne sont pas sou­mises au contrôle des auto­ri­tés éduca­tives locales et ont peu de comptes à rendre. Accorder ces pri­vi­lèges à des écoles déjà très per­for­mantes risque de créer un sys­tème éduca­tif public for­te­ment inégalitaire.