21.05.2010
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Rencontre : « Construire l'autorité : comment se faire entendre ? »

Mercredi 19 mai se dérou­lait à l'UTT de Troyes une ren­contre inti­tu­lée « Construire l'autorité : com­ment se faire entendre ? », orga­ni­sée par l'IUFM Champagne-Ardenne*. Elle fut l'occasion d'un riche débat entre Pierre Villepreux, Patrick Delaroche et Karine Saporta.

Comment l'autorité se construit-elle ? Une ques­tion qui inté­resse au plus haut point les ensei­gnants. Pour ten­ter de répondre à cette ques­tion, la ren­contre orga­ni­sée à l'UTT (Université de tech­no­lo­gie de Troyes) a per­mis d'entendre des points de vue un peu inha­bi­tuels. Un spor­tif, une cho­ré­graphe et un pédo­psy­chiatre étaient en effet conviés pour débattre de cette ques­tion, au tra­vers de leur expé­rience, sous la hou­lette de Géraldine Rabier, jour­na­liste spé­cia­li­sée en éduca­tion. Pour Pierre Villepreux, un des plus grands rug­by­men du monde, ancien entraî­neur du Stade Toulousain et de l'équipe de France, agrégé d'EPS, aujourd'hui à la tête de la Direction tech­nique natio­nale et conseiller de l'International rugby board, l'autorité se construit par la repré­sen­ta­tion de l'activité qu'on pro­pose. Si l'activité est ludique, mais en même temps basée sur des règles très pré­cises, alors les jeunes la réa­lisent avec sérieux et plai­sir. Pour Karine Saporta, dan­seuse et cho­ré­graphe mon­dia­le­ment connue, à la tête du Dansoir, la construc­tion de l'autorité passe par une cer­taine façon d'appréhender le regard de l'autre, auquel il ne faut pas être sus­pendu. Il ne faut pas avoir peur de ne pas faire l'unanimité, oser assu­mer ses choix et mon­trer que l'on peut être ferme sans être mal­heu­reux. Patrick Delaroche, pédo­psy­chiatre et psy­cha­na­lyste, res­pon­sable de l'unité de psy­cho­drame indi­vi­duel à l'hôpital de la Salpêtrière, explique de son côté com­bien le recours au psy­cho­drame** peut être pré­cieux pour lut­ter contre la vio­lence sco­laire et les pro­blèmes d'autorité.
Il a donné aussi une défi­ni­tion impor­tante : l'autorité, c'est la pos­si­bi­lité d'agir sur l'autre sans que celui-ci ne réagisse, alors qu'il pour­rait le faire. La per­sonne est en droit de refu­ser, mais elle ne le fait pas. C'est donc tout le contraire de la force et de l'autoritarisme.

Construire une auto­rité de groupe

Le débat a conduit aussi à sou­li­gner que l'autorité de l'enseignant est avant tout de fait : elle est ins­ti­tu­tion­nelle. Or aujourd'hui, cette auto­rité ne s'impose plus d'elle-même. Il faut donc en construire une autre : une auto­rité de groupe. Celle-ci ne s'impose pas d'emblée, elle se construit peu à peu et elle vient après le savoir. Karine Saporta remarque ensuite que construire l'autorité est assez facile quand on est face à des gens qui ont choisi d'être là, comme c'est le cas dans la troupe de danse ou dans l'équipe de rugby. La situa­tion est bien plus dif­fi­cile pour l'enseignant. Alors quelle pistes lui pro­po­ser ? Il faut réus­sir à créer une moti­va­tion : Pierre Villepreux raconte qu'à l'école, il était un cancre en anglais. Cette matière ne l'intéressait pas du tout. Puis un jour, il s'est rendu compte que pour voya­ger, il était indis­pen­sable de par­ler l'anglais. Passionné de voyages, il a donc appris par lui-même, et il parle aujourd'hui cou­ram­ment la langue. Parce qu'il a eu une moti­va­tion que ses pro­fes­seurs n'ont pas su créer. Il a pro­posé aussi de fixer des objec­tifs attei­gnables par les élèves : il ne sert à rien de les décou­ra­ger. Karine Saporta a pro­posé de tra­vailler le rap­port à l'espace de l'enseignant : la façon d'arriver en classe, la pos­ture, peuvent jouer énor­mé­ment sur la façon dont on est perçu. Patrick Delaroche a insisté sur la sanc­tion : elle doit abso­lu­ment être réparatrice. Et l'enseignant ne doit pas confondre savoir et réus­site : l'élève a le droit au savoir et ne doit pas être jugé uni­que­ment dans un rap­port à la réus­site sco­laire et aux bonnes notes. Dans une société où l'autorité est décriée, voire vue comme injuste ou sadique, il est plus que jamais indis­pen­sable de la faire repo­ser sur le savoir. Et la jus­tice. Le dia­logue s'impose aussi pour gérer les conflits, avec les élèves et avec les parents. Il est un des meilleurs outils pour construire et conser­ver son auto­rité sur un groupe.
En conclu­sion, le direc­teur de l'IUFM Champagne-Ardenne a réaf­firmé l'importance de l'autorité sur le groupe, l'autorité de fait ayant dis­paru pour l'enseignant. Pour la construire, plu­sieurs éléments sont néces­saires : croire en sa force, pré­sen­ter son pro­jet péda­go­gique de façon convain­cante, fixer des objec­tifs rai­son­nables, prendre le temps du dia­logue. Et dans une société où l'autorité est si mal­me­née, l'enseignant ne peut plus l'incarner à lui seul. D'où la néces­site abso­lue d'un tra­vail d'équipe.


*Inscrite dans le cadre des Rencontres ensei­gne­ment et contexte cultu­rel, conçues par Milan Presse, la Ligue de l'enseignement, avec le sou­tien entre autres de la CASDEN

**dans le psy­cho­drame, le patient joue un rôle proche de la situa­tion qu'il vit. Un ensei­gnant qui a des dif­fi­cul­tés avec ses élèves va par exemple jouer le rôle de l'élève. A l'inverse, un élève agres­sif avec son ensei­gnant, va jouer le rôle de son pro­fes­seur etc.


Sandra Ktourza

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