21.05.2010
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Alexandre Jardin : «La société doit venir en aide au système scolaire»

Le gou­ver­ne­ment vient de décré­ter la « mobi­li­sa­tion géné­rale » contre l'illettrisme, qua­li­fié de « fléau inac­cep­table ». Et va venir en aide à l'association « Lire et faire lire », créée voici dix ans par le roman­cier Alexandre Jardin. Le point avec l'écrivain.

Après 10 ans d'engagement, que vous ins­pire cette guerre décla­rée à l'illettrisme ?

Elle m'inspire que, face aux évidences, les citoyens ont le devoir de com­men­cer à construire les solu­tions, et ne pas croire que l'État va se char­ger de nos pro­blèmes. Il faut sor­tir de cette logique infan­tile consis­tant à pen­ser que papa va s'occuper de tout. Mon envie d'agir avait été pro­vo­quée par la mon­tée du Front natio­nal. Au-delà du choc, je m'étais dit que, pour qu'un pays se mette à voter pour une absence de solu­tion, il fal­lait que les gens soient réel­le­ment au bout du rou­leau. Je me suis donc demandé ce que nous, citoyens sans fonc­tion élec­tive, pou­vions faire pour trai­ter les vrais dys­fonc­tion­ne­ments : l'exclusion, la pau­pé­ri­sa­tion, notre fai­blesse écono­mique, la vio­lence invrai­sem­blable qui se répand dans les quar­tiers dif­fi­ciles... Et le fond de tout cela, c'était évidem­ment l'échec scolaire.

Vous en vou­lez aux ensei­gnants et au sys­tème éducatif ?

Bien sûr que non ! C'est idiot de pen­ser que les gens n'essaient pas de faire ce qu'ils peuvent là où ils sont. Bien sûr, on trou­vera tou­jours un prof imbé­cile dans un coin, mais c'est aussi valable pour les den­tistes, ou pour les écri­vains ! Il y a donc sur­tout une machine éduca­tive à qui l'on demande des choses hors de sa por­tée, des résul­tats qu'elle ne peut pas atteindre et qui a besoin de se faire aider par la société. Tout le monde sait très bien que la rela­tion au mot, le champ lexi­cal d'un petit, sont abso­lu­ment déter­mi­nants pour la suite. Or, cha­cun connaît aussi l'importance de la famille dans ce domaine. On peut faire tous les efforts du monde à l'école, les ensei­gnants ne pour­ront jamais entiè­re­ment pal­lier les défi­ciences fami­liales, d'autant que le tissu fami­lial est extrê­me­ment déchiré et épar­pillé géographiquement.

D'où vous est venue l'idée de « Lire et faire lire » ?

A l'époque, en foui­nant, j'étais tombé sur une expé­rience menée par l'Office des retrai­tés de Brest. Depuis quinze ans, ils fai­saient déjà du « Lire et faire lire », et refor­maient autour de l'école un lien inter­gé­né­ra­tion­nel natu­rel. Car il n'est pas nor­mal d'élever des petits sans les mettre au contact des anciens. Je me suis alors dit qu'il y avait une grande intel­li­gence de la vie der­rière leur pra­tique, et qu'en la géné­ra­li­sant par­tout en France, on aide­rait le sys­tème sco­laire. C'est un sou­tien objec­tif, tendre, cha­leu­reux, très gai... Et tout le monde y trouve son petit béné­fice, car les gens qui agissent avec moi ne le font pas par pure vertu. Ils y prennent eux-mêmes beau­coup de plai­sir ! Il y a donc quelque chose d'extrêmement équi­li­bré, car, pour moi, un bon pro­gramme citoyen n'est pas un pro­gramme vertueux.

Concrètement com­ment faites-vous, avec vos 12.000 béné­voles, pour don­ner envie de lire aux enfants ?

Nous essayons de refor­mer un vrai lien qui entraîne les petits vers le plai­sir de l'écrit et de la lec­ture. Concrètement, sur tout le ter­ri­toire, les réseaux de la Ligue de l'enseignement et de l'Union des asso­cia­tions fami­liales consti­tuent notre arma­ture. Nos struc­tures dépar­te­men­tales prennent contact avec les écoles, par­fois c'est l'inverse, et nous leur envoyons des per­sonnes de plus de cin­quante ans béné­voles. En accord avec le pro­jet d'école, elles inter­viennent une fois par semaine, tout au long de l'année, hors temps sco­laire, pour des séances qui durent entre vingt minutes et une demi-heure, selon l'âge des petits. Elles sont orga­ni­sées par tout petits groupes, en géné­ral cinq enfants au maxi­mum, pour que tout le monde puisse voir les images et que la ques­tion de l'autorité ne vienne pas per­tur­ber la trans­mis­sion du plai­sir. Car nous ne sommes pas du tout là pour ensei­gner, mais pour faire ce que n'importe quel grand-père ou grand-mère fait avec ses propres petits-enfants.

Votre asso­cia­tion fête ses dix ans cette année. Quels voeux formulez-vous pour dans dix ans ?

J'aimerais que l'on ait, bien avant dix ans, les moyens de tou­cher un mil­lion d'enfants plu­tôt que 250.000, que de plus en plus d'écoles par­ti­cipent au pro­gramme et que cette pra­tique se nor­ma­lise. Coopérer doit deve­nir natu­rel pour nos écoles, nos quar­tiers et nos retrai­tés. Je vou­drais que la France devienne un pays de lec­teurs. C'est le meilleur moyen de ne pas conser­ver plus de trois mil­lions d'adultes en situa­tion d'illettrisme dans vingt ans.

Propos recueillis par Patrick Lallemant

Crédits photo : Bertini


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madeleine khalifa
le 6 août 2010

Bonjour à tous,
Je suis psy­cho­pé­da­gogue et auteure du livre"De l'échec sco­laire au bon­heur d'apprendre" pré­facé par SERGE BOIMARE et édité chez L'Harmattan.Je mène depuis si long­temps un com­bat contre l'échec sco­laire qu'il m'a sem­blé natu­rel de me tour­ner vers "LIRE ET FAIRE LIRE".
Depuis l'année 2008, je forme les béné­voles de l'association et je vous assure que c'est un vrai régal !
Bonnes vacances!

MADELEINE KHALIFA

modapa
le 6 août 2010

il est indis­cu­table qu'il faut don­ner le goût de la lec­tue sur­tout dans notre société de sur­con­som­ma­tion, où les enfants sont ins­tal­lés devant des vidéos sans sur­veillance ou si peu.. ce n'est pas uni­que­ment le fait de l'école !
solu­tion de faci­lité pour des parents débor­dés fatigués..

achka
le 8 août 2010

Enseignant en Afrique dans un établis­se­ment fran­çais, mais résident en France habi­tuel­le­ment, je vou­drais mettre en place une" iden­tique struc­ture, afin de sen­si­bi­li­ser mes élèves, fran­çais ou d'autres natio­na­li­tés à la pra­tique de la lec­ture, garant de la meilleur appren­tis­sage de l' écrirure.

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