Revue de la semaine du 10 au 16 mai

12.05.2010

Finlande : La politique sécuritaire française à l'école surprend

La secré­taire d'Etat fin­lan­daise à l'éducation, Heljä Misukka, était en visite à Paris le 4 mai der­nier. A la veille du dis­cours de Nicolas Sarkozy sur la vio­lence sco­laire et l'absentéisme, elle a reçu la presse fran­çaise à l'ambassade fin­lan­daise, sans se voir pro­po­ser d'invitation rue Grenelle. La Finlande est par­ti­cu­liè­re­ment bien pla­cée dans les com­pa­rai­sons sco­laires inter­na­tio­nales, loin devant la France, notam­ment d'après le clas­se­ment Pisa dont les résul­tats 2009 seront connus à l'automne pro­chain. Ce pays nor­dique qui compte à peine cinq mil­lions d'habitants n'est pas épar­gné par la vio­lence sco­laire : il a connu deux tue­ries à l'arme à feu dans des écoles, en 2007 puis en 2008. Malgré tout, le pays n'a pas voulu s'orienter vers une poli­tique sécu­ri­taire. Au lieu de se lan­cer dans la répres­sion, les écoles ont lancé des pro­grammes de "Bien vivre ensemble", et rajouté des acti­vi­tés pra­tiques à leurs pro­grammes, pour ne pas lais­ser les élèves inac­tifs l'après-midi. "La société fin­lan­daise est tom­bée d'accord pour que les écoles res­tent des lieux ouverts", explique Heljä Misukka. Elle est très éton­née par le choix récent de la France de "sup­pri­mer les allo­ca­tions fami­liales lorsqu'un élève est absen­téiste". "En Finlande, nous essayons plu­tôt de pré­ve­nir le pro­blème," explique-t-elle. "Souvent, [les parents] croient à l'importance de l'école. Mais il y a des pro­blèmes d'alcoolisme, de santé men­tale, etc. Peut-être est-ce une vision nor­dique. Mais les puni­tions et les mesures finan­cières, nous n'y croyons pas." Par ailleurs, la secré­taire d'Etat a rap­pelé que la for­ma­tion des ensei­gnants fin­lan­daise était très axée sur la péda­go­gie — une for­ma­tion qui, pour elle, "est à la fois un droit et un devoir".
Sources : Libération — 7 mai, Cahiers péda­go­giques

12.05.2010

Etats-Unis : bilan mitigé pour les écoles à charte

Les "char­ter schools" amé­ri­caines (ou "écoles à charte") sont des établis­se­ments sco­laires pri­maires et/ou secon­daires, finan­cés par des fonds publics et gérés par des fon­da­tions pri­vées, qui sont libres d'y réa­li­ser des expé­ri­men­ta­tions péda­go­giques. On en compte envi­ron 5.000 actuel­le­ment aux Etats-Unis. La créa­tion de ces établis­se­ments, à la fron­tière entre public et privé, est for­te­ment encou­ra­gée par l'administration Obama et son secré­taire d'Etat à l'éducation, Arne Duncan. Elle est du reste faci­li­tée par l'implication gran­dis­sante de mil­liar­daires phi­lan­thropes tels que Bill et Melinda Gates, ou encore la famille Walton, pro­prié­taire de la chaîne d'hypermarchés Wal-Mart. Mais les efforts de ces réfor­ma­teurs de l'éducation amé­ri­caine peinent à por­ter leur fruits. Les études sur le sujet se recoupent. L'enquête la plus ambi­tieuse à ce jour, réa­li­sée l'an der­nier par des cher­cheurs de l'université de Stanford, pointe que seul un cin­quième de ces char­ter schools réa­lise de meilleures per­for­mances à des tests stan­dar­di­sés que les écoles publiques locales; elles sont même plus d'un tiers à obte­nir des résul­tats "signi­fi­ca­ti­ve­ment plus faibles". Ces établis­se­ments, très mal per­çus par les syn­di­cats ensei­gnants qui les voient comme un encou­ra­ge­ment à la pri­va­ti­sa­tion de l'éducation, ont encore beau­coup de che­min à par­cou­rir avant de s'imposer comme des modèles à suivre.
Source : New York Times — 1er mai

12.05.2010

Angleterre : la bureaucratie contrarie les sorties scolaires

Un récent rap­port gou­ver­ne­men­tal, inti­tulé "Transforming Education Outside the Classroom", met en évidence un déclin sans pré­cé­dent du nombre de sor­ties sco­laires. Pourtant, un fonds de déve­lop­pe­ment des sor­ties éduca­tives dans les écoles publiques avait été voté en 2005. Mais les 4,5 mil­lions de livres accor­dées n'ont pas suffi à inten­si­fier les sor­ties à la décou­verte de la nature ou des musées du pays. L'année der­nière, un rap­port de l'association Countryside Alliance obser­vait que seuls 46% d'un panel de 2 127 élèves âgés de 6 à 15 ans, avaient eu l'occasion de sor­tir de l'enceinte de leur établis­se­ment avec un pro­fes­seur. Le col­lec­tif Natural England affirme, quand à lui, que la pro­ba­bi­lité qu'un enfant fasse une visite orga­ni­sée d'un espace vert a dimi­nué de moi­tié en une géné­ra­tion. Les syn­di­cats de l'enseignement anglais expliquent le recul des sor­ties par la com­plexi­fi­ca­tion des pro­cé­dures : cer­tains pro­fes­seurs ont jusqu'à 16 for­mu­laires dif­fé­rents à rem­plir pour orga­ni­ser un seul dépla­ce­ment. Par ailleurs, les nou­veaux pro­fes­seurs ne sont pas for­més à l'enseignement en exté­rieur. Enfin, beau­coup d'enseignants craignent d'enfreindre de nou­velles régu­la­tions plus contrai­gnantes sur la santé et la sécu­rité, ou d'encourir des pour­suites judi­ciaires, en cas d'incident. Le comité en charge du rap­port conclut que les sor­ties éduca­tives pour­raient bien deve­nir l'apanage de l'enseignement privé, si aucune mesure minis­té­rielle d'encouragement n'est prise.
Source : The Guardian — 1er avril

12.05.2010

Inde : le développement de l'apprentissage en langue anglaise est trop lent

Le nombre d'enfants enrô­lés dans des écoles élémen­taires où l'enseignement est dis­pensé en langue anglaise est passé de 6,1 mil­lions à 15 mil­lions entre 2003 et 2008. Alors qu'en 2003, l'anglais était la qua­trième langue d'enseignement en Inde (der­rière l'Hindi, le Bengali et le Marathi), elle est main­te­nant en deuxième posi­tion der­rière l'Hindi. Les classes sociales les plus défa­vo­ri­sées du pays optent de plus en plus pour un ensei­gne­ment en anglais pour leurs enfants, afin qu'ils béné­fi­cient de l'ouverture au mar­ché pro­fes­sion­nel mon­dial. Toutefois les écoles élémen­taires qui offrent cette pos­si­bi­lité sont en géné­ral pri­vées, et une pro­por­tion non-négligeable d'entre elles (de l'ordre de 85%!) ne sont pas recon­nues par l'Etat. Malgré la pro­gres­sion du nombre d'élèves appre­nant en langue anglaise, cette réus­site est miti­gée par une pro­gres­sion encore plus rapide de la Chine, notam­ment, qui menace de détrô­ner pro­chai­ne­ment l'Inde comme pays à plus grande majo­rité anglo­phone. Par ailleurs, le niveau moyen de maî­trise de la langue anglaise est encore jugé trop faible par le British Council.
Source : The Times of India — 27 mars

12.05.2010

Turquie : les enfants encouragés à rêvasser pour leur développement

L'expert amé­ri­cain Tim Burns, de l'université d'Harvard, a donné pour ses col­lègues ensei­gnants expa­triés en Turquie une confé­rence de 90 minutes sur le déve­lop­pe­ment du cer­veau des enfants. D'après une étude récente, le déno­mi­na­teur com­mun observé sur des enfants de 2 à 6 ans par­ti­cu­liè­re­ment intel­li­gents et épanouis, est la place accor­dée à la rêve­rie. En effet, les enfants se met­traient régu­liè­re­ment en "veille" (immo­biles, regard fixe) pour per­mettre le déve­lop­pe­ment de connec­tions neu­ro­nales dans les par­ties du cer­veau consa­crées à la réso­lu­tion de pro­blèmes com­plexes. Cette par­tie essen­tielle du déve­lop­pe­ment du sys­tème lim­bique des jeunes est évidem­ment contra­riée si les parents mul­ti­plient les acti­vi­tés trop ciblées, ou si l'enfant passe trop de temps devant la télé­vi­sion. A l'âge de 6 ans, la plu­part des enfants ont passé envi­ron 6.000 heures devant le poste de télé­vi­sion, soit à peu près autant d'heures qu'il en faut pour obte­nir un diplôme uni­ver­si­taire. Mais si l'enfant est laissé à lui-même et a l'opportunité de jouer, sans but, des études cli­niques ont observé un plus grand déve­lop­pe­ment de son lobe fron­tal, ce qui lui donne une plus grande maî­trise émotion­nelle et des facul­tés logiques accrues. Soit un QI plus élevé, et un risque dimi­nué de tout com­por­te­ment violent.
Source : Hürriyet Daily News — 1er avril