Revue de la semaine du 12 au 16 avril
Inde : Le droit à l'éducation inscrit dans la loi
En 2002, l'Inde adoptait le 86ème amendement de sa Constitution, qui affirmait le caractère "fondamental" du droit à l'éducation. Mais il a fallu attendre le 1er avril dernier pour qu'une loi inspirée de ce principe entre en application. Elle oblige les pouvoirs locaux à pourvoir gratuitement à l'éducation de tous les enfants de 6 à 14 ans de leur juridiction, dans une école de proximité. Les écoles primaires, par exemple, devront se trouver à moins de trois kilomètres de marche depuis le quartier de résidence. Des enquêtes de terrain permettront d'établir une carte scolaire pour les affectations, et d'ouvrir de nouvelles écoles au besoin. D'après le ministère indien de l'éducation, 4,6% de la classe d'âge concernée (soit environ 9 200 000 enfants) sont actuellement en dehors du système éducatif. Les autorités locales devront répertorier tous ces enfants qui n'ont jamais été en contact avec l'enseignement public, ou qui l'ont quitté trop tôt. Ils seront intégrés dans les classes après une période de remise à niveau. Une aide gouvernementale globale de 250 milliards de roupies (quelque 4,2 milliards d'euros) sera accordée aux institutions régionales pour initier le processus. Le gouvernement estime qu'il lui faudra débloquer 1 710 milliards de roupies (quelque 28,8 milliards d'euros) sur les cinq ans à venir, pour la réalisation de tous les objectifs de la loi. Elle stipule également que les établissements privés devront réserver un quart de leurs places à des enfants issus des couches sociales les plus défavorisées. Cette disposition est qualifiée d'anticonstitutionnelle par un collectif de l'enseignement privé, qui tente un recours auprès de la Cour suprême de justice. Des décrets prévoient par ailleurs l'obligation de non-discrimination (aucune école ne pourra refuser d'élèves), la formation de tous les enseignants non qualifiés d'ici trois ans, la conformité des infrastructures à de nouvelles normes, ou encore l'existence d'un terrain de jeux dans chaque école... Enfin, les pouvoirs locaux et fédéraux devront veiller à ce qu'aucun enfant ne soit maltraité en classe pour des raisons de sexe, de caste ou de religion. Un spot télévisé gouvernemental sera diffusé pour sensibiliser la population à la nouvelle réglementation.
Source : The Times of India — 1er avril
Québec : mieux connaître les spécialistes de l'éducation
Un sondage récent indique que 42 % des Québécois sont incapables de nommer des "professionnels du milieu de l'éducation" de leur province. Parmi eux, les psychoéducateurs, un corps de métier inconnu en France. La psychoéducation a vu le jour au Québec au milieu des années cinquante, en réponse au besoin croissant d'intervenir auprès des enfants placés en foyer, ou présentant des troubles émotionnels graves, des jeunes incarcérés en prison... Ses domaines d'intervention sont très diversifiés : le milieu scolaire ne représente aujourd'hui que 36 % du champ d'activité des quelques 3 200 psychoéducateurs québécois. Depuis 2000, ils sont rattachés à l'ordre des conseillers d'orientation. Pour exercer l'un de ces deux métiers, il faut obtenir un master spécifique (en "psychoéducation" ou "orientation et counseling") qui comprend plusieurs mois de stages pratiques. Les spécialistes travaillant comme eux à limiter l'échec scolaire et l'exclusion sont nombreux au Québec : orthophonistes, orthopédagogues, psychologues scolaires... Pour les faire sortir de l'ombre, une campagne d'affichage autour du slogan "Ne lâche pas! Une équipe de professionnels est là pour t'aider à l'école" a été mise en place début mars au bord des autoroutes, dans la région de Montréal.
Sources : La Presse — 1er mars, OCCOPPQ
Serbie : 85% des élèves du primaire victimes de violence
Le passé troublé de la Serbie agite aujourd'hui ses cours de récréation. Pas moins de 85 % des élèves en dernière année du primaire avouent ainsi avoir subi des violences de la part de leurs camarades ! La police patrouille auprès de certains établissements depuis plusieurs années, mais les agressions se multiplient. Les enseignants ne sont pas épargnés : l'an dernier, un professeur de chimie de 61 ans a été battu par un élève. Il n'a pas porté plainte, comme la plupart des victimes, et c'est une vidéo en ligne qui a rendu l'incident public. Les facteurs de cette violence sont nombreux. A commencer par l'histoire récente du pays. Une dizaine d'années seulement est passée depuis la guerre au Kosovo (province serbe à forte proportion d'Albanais, qui s'est déclarée autonome), et le procès du président serbe Slobodan Miloević pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Dans ce pays pauvre, la plupart des criminels sont riches et bien portants, ce qui les désigne malheureusement aux jeunes comme des modèles à suivre. Une culture patriarcale, une forte discrimination envers les Roms, les homosexuels et les ethnies minoritaires renforcent le phénomène. Par manque de moyens, seules 10 % des écoles primaires ont intégré des programmes de lutte contre la violence et la discrimination, alors que la secrétaire d'État à l'Éducation Tinde Kovacs-Cerovic souhaiterait la mise en place d'une équipe de prévention dans chaque établissement.
Sources : Transitions Online — 18 mars, Helsinki Committee for Human Rights in Serbia
Angleterre : abandon d'un programme de soutien aux élèves surdoués
Les réactions sont mitigées après l'annonce de la disparition du programme national "Gifted and Talented", qui offrait un soutien particulier aux élèves du public supérieurement doués, ou à fort potentiel. Il développait les aptitudes remarquables de certains enfants, dans des matières dites théoriques (mathématiques, langues...) ou plus pratiques (musique, arts plastiques, sport...) L'aide matérielle de l'État et l'implication de professeurs spécialisés permettaient d'offrir à ces élèves un réel plus par rapport à l'offre de base de l'école : suivi personnalisé, sorties éducatives particulières, cours supplémentaires avec des défis adaptés à leur niveau... Certains membres du corps enseignant regrettent la disparition de ce programme, qui favorisait l'ascension sociale. Ils craignent que les écoles publiques ne perdent avec lui un de leurs rares atouts face aux écoles privées, et qu'une politique d'éducation publique moins différenciée ne se traduise par un nivellement par le bas. D'autres voient partir avec soulagement cette initiative parfois perçue comme élitiste, qui plaçait les parents dans une logique de compétition, et bénéficiait trop rarement aux élèves issus de milieux défavorisés. Certains chefs d'établissement trouvaient absurde de "technocratiser" ainsi le rapport aux élèves talentueux, mais dans le contexte de coupes budgétaires dans le secteur public, la disparition d'un soutien financier de plus les préoccupe.
Sources : The Guardian — 2 février, Directgov
Etats-Unis : beaucoup d'étudiants trichent sans le savoir
Les étudiants américains seraient de moins en moins conscients de la définition du plagiat. Pour Tracy Mitrano, responsable de la charte informatique de l'université Cornell (état de New York), il faut absolument rappeler aux étudiants les attentes en matière de réflexion personnelle dans leur travail. Les codes de bonne conduite informatique ne signifient plus grand chose, car les technologies de l'information ont trop changé au cours des vingt dernières années. Des sites web comme CourseHero mettent ainsi à la disposition de leurs usagers des résumés de cours, et des sujets de devoirs ou d'examens déjà donnés dans différentes universités du pays, accompagnés de copies notées ou de plans-types. Les étudiants ne se rendent souvent pas compte que l'utilisation de ces services est assimilable à de la tricherie. Le partage de connaissances sur ces sites est tolérable, mais pas la recherche de réponses spécifiques dans leurs annales. La frontière est malheureusement floue — comme dans le cas des étudiants ingénieurs, qui prennent de plus en plus l'habitude de résoudre les séries de problèmes qu'on leur soumet à l'aide de manuels recensant les formules-clés. Ou encore, le problème que posent les cours d'informatique : les travaux pratiques des années précédentes sont facilement accessibles, car réutilisés d'année en année pour éliminer un maximum de "bugs".
Source : UWIRE — 1er avril


