06.04.2010
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Eric Debarbieux : «Les écoles ne doivent pas se transformer en bunkers»

Sociologue, auteur de plu­sieurs livres, président-fondateur de l'Observatoire inter­na­tio­nal de la vio­lence sco­laire, Eric Debarbieux est pro­fes­seur en sciences de l'éducation à l'université Bordeaux-II. Il a été choisi pour pré­si­der le conseil scien­ti­fique des états géné­raux de la sécu­rité à l'école, les 7 et 8 avril.

Vous nous accor­diez déjà une inter­view sur la vio­lence à l'école il y a un peu plus de quatre ans. Comment la situa­tion a-t-elle évolué depuis ?

J'aurais même pu vous accor­der l'interview il y a vingt ans, car le pro­blème se pose depuis bien plus long­temps qu'on ne l'imagine. Les grandes ten­dances sont les mêmes depuis une quin­zaine d'années : vio­lence plus col­lec­tive, qui s'exerce désor­mais davan­tage dans la salle de classe et touche plus les ensei­gnants... Reste tout de même une nou­veauté qui me semble méri­ter de faire l'objet de recherches, l'augmentation des vio­lences par ce que nous appe­lons le « cyber-harcèlement » : mails inju­rieux, SMS envoyés dans la classe, rumeurs col­por­tées sur Internet...

Observez-vous une spé­ci­fi­cité française ?

Tout indique que le cyber-harcèlement se déve­loppe de la même façon ailleurs en Europe. Plus glo­ba­le­ment, le pro­blème de la vio­lence sco­laire concerne tous les pays de l'OCDE. Mais il y a quand même, en effet, quelques par­ti­cu­la­ri­tés fran­çaises, et la mon­tée d'une vio­lence anti-scolaire semble effec­ti­ve­ment plus forte chez nous. Je ne crois cepen­dant pas à une aug­men­ta­tion moyenne de ce type de vio­lence par­tout. Il s'agit plus d'une aggra­va­tion dans cer­tains endroits où l'exclusion est très forte. Une autre de nos spé­ci­fi­ci­tés réside dans l'extraordinaire empi­le­ment des mesures des­ti­nées à trai­ter les pro­blèmes de l'enfance en dan­ger et/ou délinquante.

Que préconisez-vous ?

Une ini­tia­tive qué­bé­coise me semble inté­res­sante : des centres jeu­nesse pro­posent un gui­chet unique, regrou­pant tous les ser­vices psy­cho­so­ciaux et de réadap­ta­tion. Ainsi, quand un pro­fes­seur, un enfant ou un parent ren­contre un pro­blème, il sait où s'adresser. Mais, au-delà des cas indi­vi­duels, tout ce qui peut ame­ner à une amé­lio­ra­tion du cli­mat sco­laire lui-même me paraît impor­tant. On ne peut pas résoudre le pro­blème de la vio­lence à l'école sans que les jeunes aient en face d'eux des équipes sou­dées, des adultes qui réagissent col­lec­ti­ve­ment. Or, chez nous, le mode de nomi­na­tion des ensei­gnants du second degré entraîne une rota­tion impor­tante des ensei­gnants dans cer­tains établis­se­ments. Par ailleurs, beau­coup de pro­fes­seurs ne s'identifient qu'à la mis­sion de trans­mis­sion du savoir dans leur seule dis­ci­pline, au détri­ment de l'aspect col­lec­tif de la péda­go­gie. Cela tient à la manière de conce­voir l'école, mais c'est aussi et avant tout, à mon avis, une ques­tion de for­ma­tion. Car le tra­vail en équipe n'est pas natu­rel, il s'apprend.

Justement, jugez-vous la réforme en cours de nature à amé­lio­rer les choses ?

L'insuffisance de la for­ma­tion n'est pas criante depuis long­temps, elle l'est depuis tou­jours ! Or, toutes les recherches montrent qu'un ensei­gnant formé à la conduite de classe, à la ges­tion des conflits et du stress ou à la dyna­mique de groupe est beau­coup moins vic­time de vio­lence, ainsi que ses élèves, d'ailleurs. L'avantage de la période actuelle est qu'elle per­met de mettre les pro­blèmes sur la table, et de se dire que la for­ma­tion doit être plus pro­fes­sion­na­li­sante. Personnellement, j'aimerais tou­te­fois que l'on ne se contente pas d'un petit module en der­nière année du mas­ter. Il faut intro­duire des modules obli­ga­toires de for­ma­tion pro­fes­sion­nelle dès la licence, et ne pas se conten­ter de cours magis­traux ou de conférences !

Que vous ins­pire la « sanc­tua­ri­sa­tion » d'établissements sco­laires trans­for­més en « forteresses » ?

Tout ce qui contri­bue à pro­té­ger un établis­se­ment sco­laire est néces­saire. Mais cela ne doit pas le cou­per com­plè­te­ment de son quar­tier, et presque le trans­for­mer en cible obli­ga­toire. Il y a donc un équi­libre à trou­ver : cette pro­tec­tion doit se dou­bler d'un véri­table pro­gramme humain, de lien avec les parents, d'ouverture réelle et rai­son­née. L'idée des « com­mu­nity schools » en Angleterre est très inté­res­sante : la biblio­thèque de l'école est aussi celle du quar­tier, les parents d'élèves pro­fitent le soir des ate­liers infor­ma­tiques, la salle de sport ou la pis­cine, quand il y en a une, est aussi acces­sible aux gens du voi­si­nage... Transformer un établis­se­ment en bun­ker ne consti­tue jamais une solu­tion. J'attends donc de ces états géné­raux qu'ils per­mettent de dire les choses, de les poser scien­ti­fi­que­ment, et qu'ils pro­voquent un mou­ve­ment d'opinion, une recherche de consen­sus à long terme. Arriver à mon­trer que le pro­blème est un peu plus com­plexe que ce que l'on veut bien en dire d'habitude et qu'il mérite autre chose que des solu­tions sim­plistes est important.

Propos recueillis par Patrick Lallemant 
  
(Crédit photo : Editions Odile Jacob)


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fanfan
le 27 août 2010

merci Eric Debarbieux...j'ai eu le plai­sir de tra­vailler avec vous au centre Alain Savary de l'INRP..la démarche qua­lité dans le collège,la dyna­mique de groupe,la média­tion, le théâtre-forum ..e sur­tout la convi­via­lité qui don­nait à chaque per­sonne une exis­tence au sein de la com­mu­nauté éducative..la venue de chaque famille au conseil de classe individualisé..la média­tion ,ges­tion des conflits, les ate­liers d'écriture...etc..autant d'actions et sur­tout la per­ti­nence des méthodes pour une acqui­si­tion de connais­sances et de com­pé­tences, recon­nues par les autorités...lourde tâche,mais ô com­bien valo­ri­sante pour tous et fai­sant taire ceux qui croient qu'en ban­lieue "on ne peut pas ensei­gner le SAVOIR"....des sui­vis d'élèves ont prouvé le contraire!!
Françoise Pasquis-Dumont (col­lège Robespierre de Saint-Etienne du Rouvray...) voir "la Barrière Bleue"

segolu
le 28 août 2010

Observateur de sys­tème éduca­tif de trois pays, après avoir exercé dans tous les postes...formation des maîtres...enseignement direct 1er et second degrés...direction d'établlissement secondaire...je vous trouve quelque peu timoré quant à votre ana­lyse:
– de ce qu'il fau­drait réa­li­ser au titre de la proxi­mité des établis­se­ments et des quar­tiers. Quel est le 1er frein: le recru­te­ment des chefs d'établissement le second: la fri­lo­sité légen­daire des admi­nis­tra­teurs départementaux...inspecteurs d'académie, et bien sûr le type de formation-recrutement des pro­fes­seurs que vous citez
– vous évoquez de façon trop brêve la nou­velle "for­ma­tion" sur le tas, car les freins cités ci-dessus ne vont sur­tout pas amé­lio­rer l'engagement des pro­fes­seurs de col­lège et lycée.
Bien à vous je conti­nue­rai à vous lire

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