Revue de la semaine du 29 mars au 2 avril

31.03.2010

Etats-Unis : L'abus de stimulants intellectuels se généralise

Aux Etats-Unis, les anti­dé­pres­seurs figurent en tête des types de médi­ca­ments les plus pres­crits. Les drogues psy­cho­tropes font ainsi par­tie du quo­ti­dien. C'est pour­quoi dès l'école pri­maire, de nom­breux enfants jugés trop tur­bu­lents sont mis sous trai­te­ment par leurs parents. Pour lut­ter en par­ti­cu­lier contre l'"ADHD", ou atten­tion defi­cit hyper­ac­ti­vity disor­der (en fran­çais : TDAH, "Trouble de défi­cit de l'attention / hyper­ac­ti­vité"), des sti­mu­lants sont pres­crits dans près de 60 % des cas diag­nos­ti­qués. En 2008, 2,5 mil­lions d'enfants âgés de 4 à 17 ans (près d'un enfant sur vingt) ont été mis sous Adderall (à base de sels d'amphétamines), Ritalin (à base de méthyl­phé­ni­date), ou encore Dexedrine (à base de dexam­phé­ta­mine). Ces médi­ca­ments gardent les enfants concen­trés, éveillés... ce que leurs aînés n'ont pas mis long­temps à exploi­ter. Selon les sources, entre 10 et 25 % des étudiants amé­ri­cains avouent avoir déjà consommé de tels dopants intel­lec­tuels (smart drugs). Dans les années 1990, ces médi­ca­ments étaient uti­li­sés avant tout pour "boos­ter" occa­sion­nel­le­ment les per­for­mances sco­laires. Si l'action anti-fatigue et d'aide à la concen­tra­tion reste la pre­mière moti­va­tion des consom­ma­teurs, les études les plus récentes mettent en évidence des uti­li­sa­tions nou­velles, tou­jours plus pré­oc­cu­pantes. Ces pro­duits seraient de plus en plus usi­tés lors des soi­rées de fêtes, et 'snif­fés' dans 40 % des cas de consom­ma­tion illé­gale. Certains étudiants les uti­lisent désor­mais comme coupe-faim, ou juste pour se chan­ger les idées. Tous ces médi­ca­ments com­portent un risque élevé de dépen­dance. Ils figurent sur la liste fédé­rale des drogues les plus dures pour les­quelles il est pos­sible d'obtenir une ordon­nance (clas­si­fiées Schedule II drugs, une caté­go­rie de sub­stances dan­ge­reuses qui inclut aussi la cocaïne !) Leur dif­fu­sion est donc théo­ri­que­ment très enca­drée. Mais les études démontrent aussi l'inefficacité des dis­cours de pré­ven­tion, tan­dis que les auto­ri­tés ont du mal à inter­ve­nir. Sur les cam­pus, il est cou­rant de se pro­cu­rer sa dose auprès d'amis sous trai­te­ment, et les pilules cir­culent très faci­le­ment au sein des confré­ries d'étudiants. Les prix de revente oscil­lent géné­ra­le­ment entre 2 et 10 dol­lars, le prix maxi­mum étant atteint lors des ses­sions d'examens, quand la demande est la plus forte.


Sources : Journal of American College Health, Journal of Drug Issues, US Federal News Service, The San Diego Union-Tribune — 15 février

31.03.2010

Suisse : les risques de la course aux grandes écoles

La construc­tion des grandes écoles, ou "uni­ver­si­tés de rang mon­dial", est très en vogue actuel­le­ment. Ainsi du Rolex Learning Center, ouvert le 22 février der­nier, oeuvre de l'agence japo­naise d'architecture SANAA pour agran­dir l'École poly­tech­nique fédé­rale de Lausanne (EPFL). Coût : 110 mil­lions de francs suisses (envi­ron 77 mil­lions d'euros). Cette ten­dance est inter­na­tio­nale, et ne va pas sans sus­ci­ter quelques inquié­tudes. La Banque mon­diale a récem­ment publié un rap­port de quelque 140 pages qui s'efforce de faire le tour de la ques­tion. Aujourd'hui, il est notam­ment impen­sable de créer une telle uni­ver­sité sans l'aide de l'Etat. Or, de la Suisse à la Chine, les pro­grammes de redy­na­mi­sa­tion écono­mique pour contrer la crise ont favo­risé les construc­tions aca­dé­miques et lar­ge­ment financé les pro­jets d'extension des grandes uni­ver­si­tés. Mais ce déve­lop­pe­ment arti­fi­ciel de la recherche de pointe pour­rait se faire au détri­ment des uni­ver­si­tés ordi­naires. Les coûts d'entretien d'un cam­pus capable de riva­li­ser du jour au len­de­main avec les meilleures uni­ver­si­tés anglo-saxonnes sont en effet dis­sua­sifs. De plus, ces grandes écoles sont conçues avant tout pour accueillir des étudiants de troi­sième cycle uni­ver­si­taire. Mais si les étudiants acquièrent peu de bases solides en pre­mier cycle, les com­plexes de recherche sophis­ti­qués seront sous-utilisés. Ces uni­ver­si­tés deviennent aussi la vitrine des per­for­mances du pays, et l'exigence de résul­tats rapides pour­rait se faire au détri­ment de pro­jets nova­teurs à long terme.


Sources : Le Temps — 5 mars, Banque Mondiale

31.03.2010

Angleterre : hausse sans précédent des candidatures à l'enseignement

La réces­sion conduit des mil­liers d'employés du sec­teur privé à recher­cher la sécu­rité de l'emploi, ainsi que plus d'épanouissement per­son­nel au tra­vail. L'Angleterre enre­gistre ainsi pour l'année pas­sée un dou­ble­ment du nombre de per­sonnes cher­chant à chan­ger de car­rière, et 35 % de hausse pour les can­di­da­tures à une posi­tion d'enseignant. Il existe de nom­breuses façons de deve­nir ensei­gnant en Angleterre, de la licence en éduca­tion (Bachelor of edu­ca­tion) à la vali­da­tion d'expérience, et de nom­breuses pas­se­relles existent pour les per­sonnes déjà diplô­mées. Mais l'afflux inat­tendu de ces can­di­dats par­fois sur­qua­li­fiés à l'enseignement public rend sou­dain l'accès à la pro­fes­sion tout aussi com­pé­ti­tif et incer­tain que dans d'autres sec­teurs d'activité. Toutefois la TDA (Training and Development Agency for Schools), agence gou­ver­ne­men­tale res­pon­sable entre autres de la for­ma­tion ini­tiale et conti­nue des ensei­gnants anglais, juge que cet afflux est encore insuf­fi­sant. Elle rap­pelle que les avan­tages du métier [beau­coup plus impor­tants qu'en France ndlr] sont trop sou­vent sous-évalués. Par exemple, la pro­gres­sion de car­rière riva­lise avec ce que l'on peut obser­ver dans le jour­na­lisme ou les res­sources humaines. Tandis qu'un ensei­gnant qui ferait ses débuts à Londres est en moyenne mieux payé (avec 26 000 livres annuelles, soit envi­ron 29 000 euros) qu'un ingé­nieur ou un archi­tecte.
Source : The Guardian — 7 mars

31.03.2010

Québec : la ministre de l'Education accusée de gaspillage

La ministre de l'Éducation du Québec, Michelle Courchesne, a lancé le 21 jan­vier der­nier un appel d'offres visant à faire cor­ri­ger l'épreuve natio­nale de fran­çais, en der­nière année de secon­daire, par le sec­teur privé. Ce choix contra­rie les deux prin­ci­paux syn­di­cats des employés du gou­ver­ne­ment : le Syndicat de la fonc­tion publique du Québec (SFPQ) et le Syndicat de pro­fes­sion­nelles et pro­fes­sion­nels du gou­ver­ne­ment du Québec (SPGQ), repré­sen­tant quelque 58 000 per­sonnes à eux deux. Ils demandent l'annulation de cette déci­sion, qui devrait se tra­duire par un coût sup­plé­men­taire d'un mil­lion de dol­lars cana­diens (quelque 725 000 euros) pour les contri­buables sur les trois ans à venir. Le minis­tère qué­bé­cois de l'Éducation, du Loisir et du Sport conti­nuera à assu­rer la concep­tion des exa­mens, de leurs grilles de cor­rec­tion et trou­vera des super­vi­seurs pour les cor­rec­teurs pri­vés. Jusque-là, 150 "employés occa­sion­nels" (c'est-à-dire, tra­vaillant moins de 90 jours ouvrables par an pour le minis­tère) se char­geaient de la tâche en interne. Les syn­di­cats dénoncent la volonté affir­mée du gou­ver­ne­ment de Jean Charest, pre­mier ministre du Québec depuis 2003, de réduire les effec­tifs de la fonc­tion publique, alors que celle-ci peut assu­rer le même tra­vail que le privé à moindre coût (Charest s'étant aussi engagé à réduire les dépenses publiques et les impôts).

Source : La Presse — 2 mars

31.03.2010

Ukraine : le libre choix de la langue d'enseignement

Depuis son acces­sion à l'indépendance le 24 août 1991, l'Ukraine s'était effor­cée de cou­per ses liens his­to­riques avec la Russie, mal­gré une pro­por­tion impor­tante de citoyens rus­so­phones. Mais l'accession au pou­voir d'un nou­veau pré­sident, après le "sou­ve­rai­niste" Viktor Iouchtchenko, change désor­mais la donne. Le nou­veau ministre ukrai­nien de l'Education et de la Recherche, Dmitri Tabatchnik, va notam­ment convo­quer les direc­teurs des 500 écoles de la capi­tale, Kiev, pour dis­cu­ter avec eux de l'application de la loi ukrai­nienne. Elle affirme le droit des parents de choi­sir la langue d'éducation de leurs enfants. En réa­lité, seuls six établis­se­ments secon­daires dis­pensent des cours en russe dans la ville. Outre la capi­tale, pra­ti­que­ment tout l'enseignement supé­rieur et secon­daire du pays est aujourd'hui dis­pensé en ukrai­nien, bien que le russe soit la langue mater­nelle domi­nante dans plu­sieurs régions (Sud, Est, Crimée, centre...) Pour le gou­ver­ne­ment, il ne s'agit donc pas d'une "rus­si­fi­ca­tion", mais d'un simple res­pect des droits. La maî­trise de l'ukrainien, langue offi­cielle, res­tera obli­ga­toire, comme c'était du reste déjà le cas du temps de l'URSS.


Source : Ria Novosti — 23 mars