Revue de la semaine du 29 mars au 2 avril
Etats-Unis : L'abus de stimulants intellectuels se généralise
Aux Etats-Unis, les antidépresseurs figurent en tête des types de médicaments les plus prescrits. Les drogues psychotropes font ainsi partie du quotidien. C'est pourquoi dès l'école primaire, de nombreux enfants jugés trop turbulents sont mis sous traitement par leurs parents. Pour lutter en particulier contre l'"ADHD", ou attention deficit hyperactivity disorder (en français : TDAH, "Trouble de déficit de l'attention / hyperactivité"), des stimulants sont prescrits dans près de 60 % des cas diagnostiqués. En 2008, 2,5 millions d'enfants âgés de 4 à 17 ans (près d'un enfant sur vingt) ont été mis sous Adderall (à base de sels d'amphétamines), Ritalin (à base de méthylphénidate), ou encore Dexedrine (à base de dexamphétamine). Ces médicaments gardent les enfants concentrés, éveillés... ce que leurs aînés n'ont pas mis longtemps à exploiter. Selon les sources, entre 10 et 25 % des étudiants américains avouent avoir déjà consommé de tels dopants intellectuels (smart drugs). Dans les années 1990, ces médicaments étaient utilisés avant tout pour "booster" occasionnellement les performances scolaires. Si l'action anti-fatigue et d'aide à la concentration reste la première motivation des consommateurs, les études les plus récentes mettent en évidence des utilisations nouvelles, toujours plus préoccupantes. Ces produits seraient de plus en plus usités lors des soirées de fêtes, et 'sniffés' dans 40 % des cas de consommation illégale. Certains étudiants les utilisent désormais comme coupe-faim, ou juste pour se changer les idées. Tous ces médicaments comportent un risque élevé de dépendance. Ils figurent sur la liste fédérale des drogues les plus dures pour lesquelles il est possible d'obtenir une ordonnance (classifiées Schedule II drugs, une catégorie de substances dangereuses qui inclut aussi la cocaïne !) Leur diffusion est donc théoriquement très encadrée. Mais les études démontrent aussi l'inefficacité des discours de prévention, tandis que les autorités ont du mal à intervenir. Sur les campus, il est courant de se procurer sa dose auprès d'amis sous traitement, et les pilules circulent très facilement au sein des confréries d'étudiants. Les prix de revente oscillent généralement entre 2 et 10 dollars, le prix maximum étant atteint lors des sessions d'examens, quand la demande est la plus forte.
Sources : Journal of American College Health, Journal of Drug Issues, US Federal News Service, The San Diego Union-Tribune — 15 février
Suisse : les risques de la course aux grandes écoles
La construction des grandes écoles, ou "universités de rang mondial", est très en vogue actuellement. Ainsi du Rolex Learning Center, ouvert le 22 février dernier, oeuvre de l'agence japonaise d'architecture SANAA pour agrandir l'École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). Coût : 110 millions de francs suisses (environ 77 millions d'euros). Cette tendance est internationale, et ne va pas sans susciter quelques inquiétudes. La Banque mondiale a récemment publié un rapport de quelque 140 pages qui s'efforce de faire le tour de la question. Aujourd'hui, il est notamment impensable de créer une telle université sans l'aide de l'Etat. Or, de la Suisse à la Chine, les programmes de redynamisation économique pour contrer la crise ont favorisé les constructions académiques et largement financé les projets d'extension des grandes universités. Mais ce développement artificiel de la recherche de pointe pourrait se faire au détriment des universités ordinaires. Les coûts d'entretien d'un campus capable de rivaliser du jour au lendemain avec les meilleures universités anglo-saxonnes sont en effet dissuasifs. De plus, ces grandes écoles sont conçues avant tout pour accueillir des étudiants de troisième cycle universitaire. Mais si les étudiants acquièrent peu de bases solides en premier cycle, les complexes de recherche sophistiqués seront sous-utilisés. Ces universités deviennent aussi la vitrine des performances du pays, et l'exigence de résultats rapides pourrait se faire au détriment de projets novateurs à long terme.
Sources : Le Temps — 5 mars, Banque Mondiale
Angleterre : hausse sans précédent des candidatures à l'enseignement
La récession conduit des milliers d'employés du secteur privé à rechercher la sécurité de l'emploi, ainsi que plus d'épanouissement personnel au travail. L'Angleterre enregistre ainsi pour l'année passée un doublement du nombre de personnes cherchant à changer de carrière, et 35 % de hausse pour les candidatures à une position d'enseignant. Il existe de nombreuses façons de devenir enseignant en Angleterre, de la licence en éducation (Bachelor of education) à la validation d'expérience, et de nombreuses passerelles existent pour les personnes déjà diplômées. Mais l'afflux inattendu de ces candidats parfois surqualifiés à l'enseignement public rend soudain l'accès à la profession tout aussi compétitif et incertain que dans d'autres secteurs d'activité. Toutefois la TDA (Training and Development Agency for Schools), agence gouvernementale responsable entre autres de la formation initiale et continue des enseignants anglais, juge que cet afflux est encore insuffisant. Elle rappelle que les avantages du métier [beaucoup plus importants qu'en France ndlr] sont trop souvent sous-évalués. Par exemple, la progression de carrière rivalise avec ce que l'on peut observer dans le journalisme ou les ressources humaines. Tandis qu'un enseignant qui ferait ses débuts à Londres est en moyenne mieux payé (avec 26 000 livres annuelles, soit environ 29 000 euros) qu'un ingénieur ou un architecte.
Source : The Guardian — 7 mars
Québec : la ministre de l'Education accusée de gaspillage
La ministre de l'Éducation du Québec, Michelle Courchesne, a lancé le 21 janvier dernier un appel d'offres visant à faire corriger l'épreuve nationale de français, en dernière année de secondaire, par le secteur privé. Ce choix contrarie les deux principaux syndicats des employés du gouvernement : le Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ) et le Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ), représentant quelque 58 000 personnes à eux deux. Ils demandent l'annulation de cette décision, qui devrait se traduire par un coût supplémentaire d'un million de dollars canadiens (quelque 725 000 euros) pour les contribuables sur les trois ans à venir. Le ministère québécois de l'Éducation, du Loisir et du Sport continuera à assurer la conception des examens, de leurs grilles de correction et trouvera des superviseurs pour les correcteurs privés. Jusque-là, 150 "employés occasionnels" (c'est-à-dire, travaillant moins de 90 jours ouvrables par an pour le ministère) se chargeaient de la tâche en interne. Les syndicats dénoncent la volonté affirmée du gouvernement de Jean Charest, premier ministre du Québec depuis 2003, de réduire les effectifs de la fonction publique, alors que celle-ci peut assurer le même travail que le privé à moindre coût (Charest s'étant aussi engagé à réduire les dépenses publiques et les impôts).
Source : La Presse — 2 mars
Ukraine : le libre choix de la langue d'enseignement
Depuis son accession à l'indépendance le 24 août 1991, l'Ukraine s'était efforcée de couper ses liens historiques avec la Russie, malgré une proportion importante de citoyens russophones. Mais l'accession au pouvoir d'un nouveau président, après le "souverainiste" Viktor Iouchtchenko, change désormais la donne. Le nouveau ministre ukrainien de l'Education et de la Recherche, Dmitri Tabatchnik, va notamment convoquer les directeurs des 500 écoles de la capitale, Kiev, pour discuter avec eux de l'application de la loi ukrainienne. Elle affirme le droit des parents de choisir la langue d'éducation de leurs enfants. En réalité, seuls six établissements secondaires dispensent des cours en russe dans la ville. Outre la capitale, pratiquement tout l'enseignement supérieur et secondaire du pays est aujourd'hui dispensé en ukrainien, bien que le russe soit la langue maternelle dominante dans plusieurs régions (Sud, Est, Crimée, centre...) Pour le gouvernement, il ne s'agit donc pas d'une "russification", mais d'un simple respect des droits. La maîtrise de l'ukrainien, langue officielle, restera obligatoire, comme c'était du reste déjà le cas du temps de l'URSS.
Source : Ria Novosti — 23 mars


